Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2000
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Un autre monde de Stacis Stoupis

L'impuissance du constatUn autre monde de Stacis Stoupis
Avec Un autre monde, Stacis Stoupis cherche à nous faire partager le sort de quelques petits entrepreneurs de la vallée de la Semois, confrontés au rouleau compresseur de la mondialisation. En une succession de portraits sensibles, il nous fait pénétrer dans ce monde rural en plein bouleversement où agriculteurs et artisans ne connaissent plus qu'une seule alternative, s'adapter aux nouvelles règles économiques ou disparaître.
Mêlant avec sobriété interviews et images de la vie quotidienne, il s'attache à comprendre comment chacun réagit quand, aux prises avec les impératifs de la rentabilité, il doit suivre les lois d'un marché dont les intérêts lui sont devenus étrangers.
L'approche feutrée de Stacis Stoupis suggère plus qu'elle n'explique. Ainsi elle nous laisse deviner les angoisses de ce paysan qui croit pouvoir mener à bien la transformation de sa ferme en vue de la faire correspondre aux critères d'une agriculture industrielle. De même, elle nous fait entrevoir les espoirs fragiles de cet autre cultivateur qui se lançant dans la culture bio, parie sur la qualité de ses produits pour survivre en marge des grosses exploitations. Sans sensiblerie, elle nous confronte aux problèmes de ce forgeron qui espère tenir le coup en réalisant les quelques pièces que la production en série ne peut pas encore garantir. Et c'est avec beaucoup de pudeur qu'elle nous fait ressentir l'avenir bouché de cet entrepreneur de halage à l'ancienne qui tire le bois coupé avec ses chevaux et qui sait que ce type de travail va devoir s'arrêter dans les mois à venir faute de commandes.
Pourtant malgré ses qualités de réalisation, Un autre monde dérange et laisse sur sa faim. Ce qui trouble ici vient du fait que ces portraits s'équivalent tous, ne nous donnant du monde rural qu'une même vision crépusculaire, empreinte de nostalgie. Un autre monde est avant tout la description de la fin d'un monde et Stacis Stoupis, à trop vouloir s'identifier aux problèmes de ceux qu'il filme, ne dépasse pas le stade de ce constat, nous suggérant finalement que chaque solution individuelle ne peut déboucher à plus ou moins long terme que sur une faillite et donc sur la généralisation d'un même rapport économique.
Et ce constat est terrible car loin de poser l'éventualité d'un autre monde, il nous renvoie à cette logique de l'impuissance qui est faite d'acceptation et de résignation.

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