Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Novembre 2003
01/11/2003
 

Un couple épatant, Cavale, Après la vie de Lucas Belvaux

Nous vous avons dit tout le bien que nous pensions d' Un couple épatant, Cavale, Après la vie, lors de la sortie des films de Lucas Belvaux en salles. Profitons de leur sortie en DVD pour redire le pari réussi de cette trilogie à nulle autre pareille.
Récit global qui se passe dans un même laps de temps (d'un mercredi soir à un samedi soir, pour être précis) et dans le même espace (Grenoble et ses environs). Chacun des trois films représente un récit autonome ayant ses protagonistes principaux propres (même si on les retrouve - et c'est là un des intérêts de la démarche de Belvaux - en personnages secondaires dans les deux autres films.
Démarche Balzacienne que l'on a souligné avec pertinence qui permet au réalisateur de réaliser un vieux fantasme : traiter les personnages secondaires comme des personnages principaux et vice-versa. 

1,2,3

Le point de vue sur le récit change à chaque film traité selon un genre différent : 1. La Comédie (Un couple épatant), 2. Le polar (Cavale) 3. Le mélodrame (Après la vie). Bien que la frontière entre les genres ne soit guère aussi définie, l'habileté de Belvaux consistant à faire en sorte que les frontières entre les genres soient poreuses.

La comédie est pleine d'angoisse et de suspense, le thriller ne manque pas d'humour et de quiproquos.
Et le mélo est tranchant et se termine de manière peu équivoque. Le grand intérêt de cette édition DVD est de remettre à plat (les pendules à l'heure, si l'on ose dire) les trois films dans une chronologie qui, séquence après séquence, retrace le parcours de la narration.

Trois fois racontée, l'histoire peut être découverte ici dans sa continuité.
Ainsi dans les suppléments qui forment le quatrième disque du coffret la journée du samedi, l'overdose et la scène du chalet sont reconstituées bout-à-bout : ce sont des actions simultanées dans un temps et dans un espace parallèle vues sous des angles différents. Ces trois moments sont commentés (ou pas si vous ne le désirez pas par Lucas Belvaux, himself) et reconstituent une logique chronologique plutôt que dramatique.
Il est rare que les DVD offrent des suppléments aussi intelligents et ingénieux, fourmillants d'informations que ce quatrième disque qui vous donne les clés de la logique chronologique. A vous de refaire le film dans sa continuité.

Bonus

-Un temps universel : la journée du samedi dans les trois films.
-Un temps relatit : scènes communes aux trois films : les scènes de l'overdose, les scènes du chalet.
-Un temps rythmé : l'importance de la musique à travers la scène du porche, commentée par Lucas Belvaux et Ricardo del Fra.
Celui-ci que les amateurs de jazz connaissent bien (ne fut-ce que parce qu'il a joué de la contrebasse avec Chet Baker ne fait pas qu'apparaître (le quinquagénaire aux grosses lunettes) dans la scène de la fête d'anniversaire d'Un couple épatant, il a composé la musique de la trilogie ainsi que de Pour rire, le second film de Lucas Belvaux. La complicité entre le musicien et le réalisateur est totale d'autant qu'ils partagent la même passion pour la musique et le ...silence ! (petite anecdote : Lucas a joué de la trompette dans une fanfare et regrette de ne pas être musicien).
Chaque climat musical est différent pour chacun des films de la trilogie : des vents pour Un couple épatant, la contrebasse seule pour Cavale,et le quatuor à cordes pour Après la vie.
Ne vous étonnez donc pas si Lucas Belvaux considère la musique comme un contrepoint, un contrechant de la trilogie. La bande son qui a été éditée par Universal fait l'objet d'un dialogue passionant entre del Fra et Belvaux, de l'emploi de la guitare sans vibrato aux trois fois trois notes (mi-ré-do dièse) dans les trois films.
-Une autre fin

1,2,3 : Un couple épatant, Cavale, Après la vie. Trois films de Lucas Belvaux. Coffret de 4 DVD, Studio Canal, diffusion Boomerang.

Questions de Cinergie au réalisateur

1. Pensez-vous que l'édition en DVD de votre film lui offre une seconde vie après sa sortie en salles ?
Oui, comme pour tous les films. Dans ce cas-ci, c'est encore plus flagrant. S'agissant d'une trilogie, il était important que chaque spectateur puisse voir les films dans l'ordre et à la fréquence qu'il veut, c'est évidemment le cas avec ces DVD.

2. Pensez-vous atteindre, avec ce support, un public différent de celui qui fréquente les salles ?
Bien sûr pour des raisons géographiques déjà, tout le monde n'habitant pas près d'un cinéma qui programmait les films. Pour des raisons d'ordre pratique aussi, ce n'est pas toujours évident d'aller voir trois films en une ou deux semaines. Surtout si on a des enfants, ou si il faut se déplacer loin. Avec le DVD, les films viennent chez vous.

3. Que pensez-vous du découpage en chapîtres. Y avez-vous participé ?
Bien évidemment. C'est un plaisir de trouver des titres à des séquences ! Je trouve que le « chapitrage » est un des avantages du DVD sur la cassette vidéo car il permet de voir et revoir facilement une séquence que l'on aime particulièrement ou qu'on veut analyser.

4. Le bonus permet d'offrir au spectateur le contexte dans lequel le film s'est fait. Etes-vous pour la diffusion d'un making off, d'entretiens avec les réalisateurs ou acteurs ? Ce qui permet de revenir au film après-coup?
Je suis pour tout ce qui peut répondre à des questions qu'un spectateur se pose, si c'est fait d'une façon intéressante. Je n'aime pas beaucoup les interviews où chacun vient dire du bien de tout le monde. Le seul intérêt c'est de parler du travail. Comment tel film se fabrique ? Pourquoi telle séquence a été tournée de cette façon etc...

5. Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous parait-il intéressant ?
Encore une fois, tout dépend de l'intérêt de ces scènes. Souvent, on coupe une scène parce qu'elle est ratée ou qu'elle s'inscrit mal dans le film, si on rajoute une scène coupée, ce qui est intéressant n'est plus la scène en soi maisons le commentaire qui l'accompagne, l'explication du pourquoi elle a été coupée. Dans les bonus de la Trilogie, il n'y a qu'une scène coupée. Je l'ai mise parce qu'elle représentait une alternative au film tel qu'il existe et que cette scène (ces scènes car c'est un enchaînement) se trouve dans les scénarios tels qu'ils ont été publiés. Dans le commentaire, j'explique pourquoi j'ai modifié cette partie de Cavale et ce que ça impliquait.

6. Avez-vous joué sur l'interactivité que permet le support (façon Agnès Varda dans « Les Glaneurs » qui renvoie du premier film au second) ?
Non, on a préféré proposer des montages simultanés, parallèles ou chronologiquement différents. Tout est organisé sur une logique de temps, qui est un élément important de la Trilogie. Un commentaire accompagne chacun de ces montages, ce qui permet d'aller à l'essentiel.

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