Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2009
 

Un Havre de paix de Léo Médard

Dormir pour toujours
Si les films des étudiants du MASTER cinéma de l’Insas proposaient, pour la plupart, une réelle narration et une véritable cohérence formelle, certains films de troisième année se sont aussi avérés prometteurs. Un Havre de paix de Léo Médard, a touché juste avec simplicité et profondeur.

Difficile souvent d’expliquer la mort aux enfants. Les parents maladroits, ne sachant trop comment exprimer ce qui est, pour eux-mêmes, inexplicable lancent souvent un « il est au ciel » ou bien encore « c’est comme s’il dormait pour toujours ». Mais « toujours » qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? Toujours, c’est le mot que devra apprendre le petit garçon du court métrage de Léo Médard, Un Havre de paix.

Un havre de paixPierre, 4 ans, passe quelques jours chez Anne-Marie (l’excellente Jeanine Godinas), sa grand-tante âgée qui beurre ses tartines, et lui explique comment donner à manger au poisson rouge dans l’aquarium, avec patience et gentillesse. Pierre, un matin pas comme les autres, trouve Anne-Marie couchée dans la salle de bain. Anne-Marie dort. Anne-Marie dort longtemps et Pierre a faim. Sans drame, l’enfant remédie à ses besoins et ses envies, beurre lui-même ses tartines, regarde des dessins animés, attendant patiemment que sa grand-tante se décide à se lever. Seul, le petit garçon enfermé dans la maison, va comprendre, à son rythme, qu’Anne-Marie ne se réveillera pas.
L’apprentissage de l’irréversibilité de la mort se fera de deux manières près de l’aquarium, sorte de microcosme autour duquel tout se joue, fenêtre à travers laquelle Pierre, en observateur attentif pourra, seul, découvrir la vérité. Dans ce monde en miniature, placé à sa portée, l’enfant va, autour du jeu, accomplir les rituels nécessaires qui lui permettront d’ouvrir les yeux autrement sur le corps inerte allongé sur le sol.
Récit d’initiation sans pathos ni surenchère, Léo Médard relève ici le difficile pari de rendre compte de l’indicible sur un rythme délicat où la peine se joue dans le calme et la douceur. L'humanisme qui se dégage du film repose autant sur le scénario que sur la mise en scène d'une sobriété exemplaire.

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