Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
17/05/2011
 

Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun

Un homme crie

Prix du jury lors du Festival de Cannes de 2010, Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun nous relance dans un cinéma d'Afrique dont nous ne connaissons que les films de cinéastes comme Sembene Ousmane, Abderrhamane Sissako et Souleymane Cissé.

Le titre s'inspire d'Aimé Césaire : «Car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse ». 
Le film se passe au Tchad, à N'Djamena. Adam, ancien champion de natation est le maître-nageur de la piscine d'un grand hôtel international dirigé par une Chinoise et fréquenté par des soldats de l'ONU. Adam essaie de ne pas entendre les rumeurs d'un monde déchiré par la guerre. Un jour, sa patronne le déchoit de son poste de maître-nageur et le confie à Abdel, son fils. Désormais, Adam déprime comme garde-barrière de cet hôtel de luxe ; Il est alors approché par les « patriotes » qui exigent soit de l'argent soit qu’il confie son fils unique à l'armée gouvernementale afin de combattre les rebelles. La guerre civile devient omniprésente et omnipotente. Les rues de la ville se vident de leurs habitants.  Adam peut-il devenir un père défaillant ?

Ce beau film nous parle, avec intelligence, de la guerre en Afrique sans en montrer les héros ou les guerriers, mais aussi d'une croissance économique inégalitaire qui est le versant moins connu de la globalisation actuelle. Enfin et surtout le cinéma africain avec Mahamat Saleh Haroun continue à nous raconter son histoire grâce à ses propres images.

Bonus

Le réalisateur est lui-même un rescapé d'un épisode d'une guerre civile qui, au Tchad, dure depuis 45 ans. Il nous signale qu'il nous parle d'une force prédatrice qu'il ne nous montre pas (la guerre). Le monde est en train de s 'effondrer autour d'Adam sauf un espace cadre autour d'une piscine sans qu'il y ait vraiment de vagues. Adam, grâce à son travail de maître-nageur porte un regard d'observateur à la marge d'un monde dans lequel il ne sent pas invité (les pays étrangers) et dans lequel on l'oblige à se définir (la guerre civile, dans son propre pays). Pour Mahamat Saleh Haroun, le corps d'Adam est son outil de travail.

Un homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun, DVD édité par Cinéart et diffusé par Twin Pics.

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