Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Une chambre en ville de Jacques Demy, Raphaël Lefèvre

L’an Demy

Cette année 2012 s’est déroulée sur les accents enchanteurs et les couleurs sardanapalesques du grand Jacques Demy. Rétrospectives, édition DVD de l’œuvre intégrale, restauration de films, exposition à la Cinémathèque française. Dans cet élan remarquable, le printemps a vu fleurir un livre consacré à un film qui ne fait pas l’unanimité : Une chambre en ville, mélodrame chanté réaliste autant qu’artificiel, trivial autant que lyrique.

couverture du livre Une chambre en villeEn 1964, avec Les Parapluies de Cherbourg, Demy osait le premier film intégralement chanté, avec pour slogan : « En musique, en couleurs, en-chanté ».

Près de vingt ans plus tard, le cinéaste décide de porter à l’écran un deuxième film en-chanté, projet de longue date, initié dans les années 50 sous la forme d'un roman, et envisagé une première fois en 1976 avec Deneuve et Depardieu pour les rôles principaux :Une chambre en ville. Finalement, ce n’est qu’en 1982 que le projet se concrétise, Demy donnant à ses amants malheureux les visages de Richard Berry et Dominique Sanda.

Avec son ton résolument épique et tragique, ce deuxième film intégralement chanté se démarque plus encore de la comédie musicale que ne le faisait Les Parapluies qui connut un immense succès populaire et critique - devenant rapidement un film culte. Une chambre en ville, de son côté, créa une vive polémique, polémique alimentée par les critiques qui, pour la première fois, firent paraître collectivement une tribune dans la presse louant le film de Demy contre l’As des as de Gérard Oury, sorti au même moment. Belmondo (l’as des as donc), furieux, publia une réponse à ceux qu’il appela alors « les coupeurs de têtes ».

Si cette controverse opposant l’« intelligentsia » et le « peuple » fit sans nul doute du mal au film, le marginalisant à coup sûr, le sujet du film lui-même et son traitement n’ont certainement pas été étranger à cet échec public. Sombre et suffocant, Une chambre en ville coud et découd son histoire d’amour sur fond de grèves, de conflits sociaux et de classe, à Nantes, en 1955. Le métallurgiste François (Richard Berry) loge chez une baronne désœuvrée (Danielle Darrieux) dont la fille, Edith (Dominique Sanda), est mariée à un petit bourgeois radin et impuissant (Piccoli !). La passion qui les pousse l’un vers l’autre n’aura d’autre issue que de les conduire à la mort.

Raphaël Lefèvre, monteur et ancien rédacteur à Critikat a donc eu la bonne idée de revenir sur ce film plutôt fragile et mal aimé. Déjà, on se surprend à rêver d’entrer dans les coulisses de la fabrication du film, dans sa préparation et son tournage, les secrets de son écriture, ceux de sa sortie et sa réception et, bien évidemment, aux cœurs des nombreuses raisons qui font de ce film ce qu’il est : un « presque » chef-d’œuvre. Pas grand-chose de tout cela, hélas, ce qui ne signifie nullement que l’opus de 125 pages soit dépourvu d’intérêt. Mais on y parle presque exclusivement de musique, convoquant même de petits passages historiques et instructifs sur l’opéra, la tragédie, le mélodrame, l’opera buffa et la comédie musicale. De la musique avant tout choses donc en 10 chapitres explorant les genres et leur spécificités montant ainsi qu’Une chambre en ville n’appartient à aucun : bien trop grave pour être une comédie musicale ou une opérette, pas assez pour être un opéra ou alors un opéra prosaïque « en chanson de variétés ».

Si c’est bien la musique et le chant qui intéressent le plus l’auteur de cet essai, c’est bien pour nous la partition musicale de Colombier qui constitue le gros problème du film. Voulant (et on le comprend), se démarquer des accents mélodiques jazzy de Michel Legrand, Colombier signe là une partition sévère et dissonante qui, la plupart du temps, tombe à côté. Lefèvre, au contraire, se pose ici en fervent défenseur de Colombier jugeant que la nécessaire adéquation entre paroles et musique est une idée fixe, voire réactionnaire, qui conduit à la platitude, l’académisme et n’offre aucun ironie. Un point de vue bien argumenté et solide que l’on est en droit de partager… ou pas !

Iconographie

Instructif montage d’images des autres films de Demy et d’autres cinéastes comme Eisenstein, Melville, Pabst, Murnau, Carné. Le montage met en lumière les inspirations et hommages évidents du réalisateur à d’autres œuvres, mais fait aussi le lien entre les films de sa propre filmographie.

Une chambre en ville de Jacques Demy, Raphaël Lefèvre, Yellow Now.

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