Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2005
 

Une clé pour deux de Delphine Noëls

 « Il faut que ce soit des sentiments qui amènent les événements et non l’inverse ». Robert Bresson

« La nuit est déjà bien avancée. Epuisés par un long voyage et chargés de leurs valises, Catherine et Fabrice sont de retour de vacances, ils ont hâte de réintégrer leur appartement. Mais un petit problème les attend : ils ont oublié leurs clés…»

Catherine Salé et Fabrice Rodriguez, Une clé pour 2 de Delphine Noëls

Dans la même veine que Folie privée  de Joachim Lafosse, Delphine Noëls pousse les acteurs et la situation jusque dans leurs derniers retranchements... au bord de la crise de nerfs. L’histoire bascule rapidement dans un dialogue de sourds frôlant l’absurde. On a l’impression d’assister à une partie de ping-pong où les deux adversaires se renvoient la balle jusqu’à mettre l’autre par terre. Comme des enfants, c’est à celui qui aura le dernier mot. Et pour cela, ils sont prêts à tout, à blesser, à s’injurier, à s’humilier. Après, on se relève et on se dit pourquoi se faire tant de mal ?

Delphine Noëls “s’amuse” de cette guerre enfantine où la situation et les rôles de chacun sont vite clairement définis comme sur un terrain de jeu. Tout va très vite, l’engueulade, les mots, les gestes, le cadrage. La caméra traque le moindre geste. Comme dans un tableau de Picasso, parfois on essaye de distinguer les différentes parties du corps. Où est la main, où est le pied ? Tout est mélangé à l’image de la dispute. Elle nous invite à prendre la clé pour trouver la serrure correspondante qui nous permettra d’entrer en nous, dans notre propre lecture du film et d’en découvrir toute la dimension. Delphine Noëls a le sens du rythme et de la répartie. Elle a su viscéralement lier la parole au corps. Souhaitons lui le meilleur, car elle a vraiment du talent.

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