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01/11/2009
 

Une Empreinte de la vie de Yves Gervais et Nathalie Meyer

En de bonnes mains
La station de métro Lemonnier, décorée en 1998 des « mains de l’espoir » imaginées par l’artiste algérien Hamsi Boubeker avait grand besoin d’une rénovation. C’est chose faite aujourd’hui, et c’est l’aventure collective de dizaines de corps de métier que nous font partager Yves Gervais et Stéphanie Meyer, avec leur documentaire 
Une Empreinte de la vie. Le Centre Vidéo de Bruxelles a choisi de produire ce projet qui interroge à la fois la question artistique et la question sociale. Un film à l’image de cet atelier de production qui souhaite, avant tout, donner la parole aux citoyens.

Une emprunte de la vie

Dans la presse quotidienne, « le quartier Lemonnier » s’assortit bien souvent des mots « vol », « agression », « rixe »… Ce quartier du centre de Bruxelles, situé près de la gare du Midi, n’est pas, à proprement parlé, du genre à figurer en première place des pages culture. Le métro du même nom, comme nombre de stations bruxelloises, ne s’est heureusement pas vu écarté d’une volonté de faire descendre l’art dans la rue, et c’est en 1998, que les murs se sont recouverts de grandes mains ouvertes et décorées de motifs abstraits comme un signe de bienvenue pour les nouveaux arrivants.
Les mains sont le fil qu’Yves Gervais et Nathalie Meyer vont tisser tout au long des 42 minutes de Une empreinte de la vie. Premières images de voyageurs embarqués vers un ailleurs que l’on ignore, images focalisées sur des mains qui, déjà, nous racontent un bout de leur histoire : mains sagement posées sur les genoux, main noueuse et crispée sur un attaché-case, mains nourries de rides profondes qui s’agitent, vérifient l’heure, s’impatientent, s’imbriquent l’une dans l’autre… Autour d’elles, les grandes mains bleues sur les panneaux de bois attendent patiemment d’être décrochées et remplacées. Dix ans ont passé, et s’il est vrai que le temps les a ternies, flétries, le vandalisme quotidien les a étrangement épargnées comme si quelque chose de sacré émanait d’elles. La main de Fatma n’orne t-elle pas encore aujourd’hui les lieux sacrés et les maisons pour conjurer le mauvais sort dans les pays nord-africains ? Hamsi Boubeker promène son regard sur les oeuvres qu’il a imaginées il y a dix ans, remarque quelques inscriptions ici et là, une trace d’un passage, un mot d’amour…
Le travail de rénovation peut commencer… travail de rénovation mais plus encore de re-création. Aux panneaux de bois, se substitueront des panneaux de tôle émaillée, la composition, elle, se verra facilitée par les possibilités combinatoires qu’apporte l’informatique… les époques changent.

Rhamsi MetroLoin de vouloir s’insérer dans l’aspect conceptuel du travail, les réalisateurs se tiennent à distance, évitant ainsi tout verbiage. La parole est parfois donnée à l’artiste pour de brefs moments intimes, mais ce sont une fois encore les mains qui racontent cette histoire, celles qui déroulent les plans, animent les discussions sur les quais, se posent sur les fronts pour un instant de réflexion : première étape qui débouche ensuite sur les gestes méticuleux des techniciens de « Polyvision » chargés de reproduire les motifs dessinés, ceux des ouvriers sur le chantier. Au simple portrait d’artiste, se substituent peu à peu des portraits d’artisans.

Ainsi, la question du statut d’artiste et de l’exécution personnelle se pose d’une jolie façon et Yves Gervais et Stéphanie Meyer, en montrant la nécessité de l’énergie collective, se place au cœur même de ce qu’est la création contemporaine.
On regrettera sans doute la personnification de la station de métro qui emprunte sa voix à Stéphanie Meyer et parle à la première personne, procédé quelque peu vieillot, mais qui ne gâche pas le regard tendre et respectueux que pose la caméra d’Yves Gervais sur les hommes au travail.

Une Empreinte de la vie – Yves Gervais et Stéphanie Meyer – 42’ – 2009
DVD disponible au Centre Vidéo de Bruxelles - Rue de la Poste 111 – 1030 Bruxelles

S. P.
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