Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2003
Mots-clés : tournage,
 

Une fameuse journée

Séquence
Nous sommes à Brussegem. Une commune flamande qui jouxte Wemmel. Autrement dit, à une portée de flèche de Bruxelles et de ses 19 communes. En ce mois de juin, bien que le soleil soit au zénith répandant une chaleur accablante dans la campagne sereine du brabant flamand, le temps est à l'orage. Sur une route de campagne, bordée de champs de pommes de terre, quatre adultes : Suzanne (Iris Bouche) qui s'appuie sur un cabas, Louise (Circé Lethem), Jean (Serge Larivière), Robert (Jan Hammenecker) sont assis sur le bord de la route. Un vélo passe et s'arrête devant le trio. C'est un facteur ( Saïd Bahaid) qui brandit une lettre se tourne vers le champ de patates et découvre en lieu et place d'une maison une caméra Arriflex SR3 qui enregistre l'action face à lui mais surtout, derrière celle-ci, des champs qui s'étendent à l'infini. Il s'exclame, se tournant vers le quatuor : « Excusez-moi, messieurs-dames, le 26, ». Louise se lève : « C'est ici ». Le facteur qui n'a pas la berlue lui rétorque : « Mais non. ». Louise s'obstine : « Mais si ». Le facteur plus factuel que jamais : « Mais il n'y a pas de maison ici ». Louise, agacée : «Donnez-moi cette lettre ». Le facteur, un peu surpris du ton insistant de la dame : « Je suis Louise Michel, 26 Pont aux Anes ». Le facteur qui se demande si on se paye sa tête : « Mais, votre maison ? ». Robert se lève et lui annonce : « Elle vient de disparaître ». Le facteur se disant qu'il vaut mieux ne pas contrarier les cinglés surtout lorsqu'ils ont une hallucination collective : « Si c'est ainsi, je vous fais confiance », et il donne la lettre à Louise, remonte sur son vélo et s'éloigne. Suzanne s'adresse à Louise qui garde la lettre scellée à la main : « Tu ne lis pas ? ». Louise se rassoit à côté de Jean et lui répond : « A quoi bon? ». Tandis que Robert regarde mélancoliquement la campagne environnante, Suzanne fouille dans son cabas et tend de la nourriture à Louise qui soupire n'ayant pas le coeur à manger.
On ne vous en dira pas plus sur cette maison fantôme sinon que les prises se succèdent en français et en flamand sous la direction attentive de Jean-Marie Buchet qui réalise Une fameuse journée, court métrage co-produit par nos deux communautés française et flamande. Ce qui est plutôt rare mais pas si exceptionnel que ça lorsqu'on connaît le parcours de Buchet, tout à la fois monteur, preneur de son, acteur, assistant-réalisateur, réalisateur, professeur de scénario, sorte d'homme orchestre qui aime le ou les métiers du cinéma et refuse l'idée qu'on le prenne pour un « auteur ». Si nous parlons de succession de prises c'est à cause du bruit des avions survolant de manière quasi permanente cet endroit champêtre. Pince sans rire, Jean-Marie Buchet nous dit qu'il faut aller très loin pour trouver un endroit tout à fait calme en Belgique. Pour avoir une vraie campagne il faut quasiment la reconstituer en studio.

Réalisateur
« C'est un scénario que j'ai écrit sans avoir le moindre espoir qu'il soit tourné un jour », nous précise le réalisateur, lequel vérifie à l'oeilleton le cadre de la caméra placée dans le champ de patate à un mètre du sol. J'organisais mes cours pour l'ELICIT, et je lisais en même temps des scénarios pour des producteurs qui me demandaient mon avis et agacé par des erreurs de scénario que tout le monde commettait, j'ai décidé d'en écrire un. En employant systématiquement ces défauts-là. Notamment celui consistant à ce que les gens racontent toujours ce qui vient de leur arriver, ce qu'ils ont fait ou ce qu'ils vont faire. Après avoir été conçu, ce texte a traîné pendant deux trois ans jusqu'à ce que Patrice Bauduinet le découvre et me demande de le réaliser. J'ai été assez étonné qu'il choisisse le scénario d'Une fameuse journée plutôt qu'un autre. Mais, comme il n'est pas le seul à le trouver marrant, je me suis laissé faire (fin sourire du réalisateur de Mireille dans la vie des autres).
L'originalité du projet vient de ce qu'on en tourne deux versions. Je suis très curieux de voir ce que cela va donner à l'écran. Ce sont deux versions comprenant le même découpage, les mêmes répliques traduites mais adaptées, pour chacune d'entre elles à la langue utilisée, avec les mêmes acteurs. Avec quelques variations au montage puisque chaque version a sa propre monteuse afin qu'il n'y ait pas le même regard sur la matière du film. Afin qu'on ne nous offre pas deux fois le même film. J'espère que cela fera deux courts métrages différents. » Jean-Marie Buchet que le challenge amuse nous explique c'est comme au début du parlant lorsque chaque pays avait une version adaptée à sa propre langue.
« Donc le dialogue est le même mais est exprimé dans deux langues différentes ce qui permet aux acteurs de jouer avec des nuances différentes. Je ne laisse pas beaucoup de marge aux acteurs par rapport au texte écrit mais pour le jeu je leur laisse un maximum de liberté dans une direction bien définie.
L'idée est venue du fait que les deux premiers acteurs, Jan Hammenecker et Circé Lethem étaient bilingues. J'ai dit, sans mesurer les conséquences de mes paroles : « si ça continue on peut le tourner en flamand ! » Cela a donné des idées aux producteurs qui l'ont déposé au Fond Flamand qui a accepté le projet comme l'avait fait la Commission de Sélection de la Communauté française ».

Producteur
A l'origine, il y a PBC Pictures de Patrice Bauduinet qui avait lu quelques scénarios de Jean-Marie Buchet, nous précise Thierry Zamparutti, fondateur d'Ambiances. Une fameuse journée lui plaisait bien. Du coup, il a décidé de constituer un dossier de production et de le déposer à la Commission de Sélection où il a été tout de suite accepté. Ambiances, notre société de production, a suivi pour déposer le projet auprès du Fonds Audiovisuel Flamand qui l'a également accepté. L'idée étant de ne pas faire un film bilingue mais de réaliser deux versions. Et, peut-être, puisqu'on a constaté que le jeu était différent suivant les versions, que cela pourrait donner un film expérimental : la même histoire mais racontée différemment. Mais pour l'instant il est prévu de faire deux versions séparées. J'ai déjà pu constater que la version flamande était un peu plus longue que la version francophone.
On ne sait pas trop comment Jean-Marie Buchet va parvenir à gérer les deux montages. Ca risque d'être assez intéressant et à mon avis assez original. On s'est posé la question vis-à-vis des festivals qu'elle version va-t-on leur envoyer ? Peut-être qu'on enverra les deux...et qu'ils choisiront les deux ! ».

 

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