Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2004
01/02/2004
Mots-clés : rencontre, sortie en DVD,
 

Une liaison pornographique et Max & Bobo de Frédéric Fonteyne

           


Il y a deux genres de DVD. Le premier se contente de joindre, en bonus, un making of le plus souvent promotionnel et la bande annonce du film. Le second accompagne le film d'un encadrement permettant au spectateur d'acquérir une connaissance approfondie du film tant dans sa genèse que dans sa polysémie. Une liaison pornographique et Max & Bobo font un excellent double DVD.
C'est un superbe cadeau que la production, Artémis, et Cinéart ont offert à Frédéric Fonteyne et à son scénariste, Philippe Blasband, un cadeau d'autant plus précieux qu'il est partagé avec les spectateurs, en créant ce double DVD. Deux longs métrages, quatre courts, des making of, des bandes annonces, les affiches des films, assurent la quantité. Mais, ce qui donne la richesse de ce DVD ce sont les entrevues de chacun, du réalisateur, Frédéric Fonteyne, du scénariste, Philippe Blasband, du producteur, Patrick Quinet, de chacun des comédiens, Nathalie Baye et Sergi Lopez, Alfredo Pea et Jan Hammenecker, permettant au spectateur d'être touché par la grâce et la magie qui sont de toute évidence omniprésentes sur les plateaux de Frédéric Fonteyne. Ajoutons que dans le making of d'Une liaison pornographique, « l'aura » qui couvre ce film dès son tournage est pratiquement palpable par le spectateur. On y verra pas de « scoop », ni le démantèlement d'une scène avec explications de A à Z de son tournage. Par contre on y voit l'entente, le dialogue et la connivence qui y ont régné.
Ainsi dans ce coffret, il y a un DVD pour le plaisir de (re)voir deux beaux films et un DVD pour le plaisir de connaître un grand réalisateur. Le spectateur assiste à son cheminement, à sa maturation qui atteindra, nous pouvons l'affirmer sans risque de nous tromper, aux vues de l'extrait du premier montage, un cran plus haut avec La Femme de Gilles, son troisième long métrage en cours de finition.
Frédéric Fonteyne qualifie Max & Bobo de film fait d'irruptions tandis qu'il a utilisé le terme interactif pour Une liaison pornographique. Immersion serait-ce l'adjectif de La Femme de Gilles ? En attendant la prochaine oeuvre du chef, il y a ce DVD, à consommer comme une révélation, avec délicatesse.

Autour de Frédéric Fonteyne
Un making of sobre (si, si, cela existe) où l'on découvre les acteurs d'Une liaison pornographique répétant leur texte dans une brasserie parisienne. Frédéric Fonteyne à qui rien n'échappe, surtout pas le cadre, plongeant avant chaque plan le regard sur l'oeilleton de la caméra pour vérifier la composition de l'image. Manu Kamanda, en assistant efficace, gère le plateau. Virginie Saint-Martin, chef op. observe la lumière et Rémon Fromont, au cadre, surveille l'espace découpé. Les images extraites du film respectent son format (scope) les autres sont en 16X9, donnant à ce reportage un rythme particulier d'autant qu'aucun commentaire off ne vient perturber le spectateur.
Suit un entretien passionnant avec Nathalie Baye balayant les clichés du genre nous offre un portrait de Frédéric Fonteyne, «  un réalisateur qui fonctionne à l'émotion, lorsqu'il l'obtient, il rayonne. » Elle nous révèle avoir accepté le rôle tout de suite, dès la lecture de scénario suivie de la vision des films précédents réalisés par Frédéric. Elle ajoute avoir été prise par la magie qui régnait sur le plateau. « On est porté. Il y a une parfaite osmose entre les acteurs et le metteur en scène ».
Enfin Sergi Lopez affirme, dans une interview, qu'il adore le titre (contrairement à Nathalie Baye) et ajoute que ce qui lui plaisait était ne rien connaître du personnage et que, cependant, il existait et on avait l'impression du contraire. Sur son côté « latin lover », nous vous laissons le soin de découvrir ses propos. Par ailleurs, plusieurs scènes sont commentées par Frédéric Fonteyne, Philippe Blasband et Patrick Quinet.
Cerise sur le gâteau, l'édition des courts métrages de Frédéric Fonteyne vous est proposée. Ce ne sont plus des suppléments mais des compléments ! De Sergent Bob (1988) à Bob le déplorable en passant par La Modestie (l'un des sketches des Sept péchés Capitaux, 1991) et Vloems (1989).

Entretien avec le réalisateur 

Cinergie : Pensez-vous que l'édition en DVD de votre film lui offre une seconde vie après sa sortie en salles ?
Frédéric Fonteyne :
Bien sûr, et surtout en ce qui concerne  Max & Bobo. Peu de gens à l'époque ont eu l'occasion de le voir et donc ce DVD lui permet non seulement une seconde vie, mais peut-être une vraie vie... D'autant plus que je ne sais pas pourquoi mais il passe plutôt bien en DVD, presque mieux qu'en salles, au niveau de l'image, du son. Je trouvais que pour la salle, il y avait trop de gros plan, mais sur un écran de télévision ça passe très bien.

C. : .Pensez-vous atteindre, avec ce support, un public différent de celui qui fréquente les salles ?
F.F. : Oui, je pense qu'un DVD tel que celui-ci est non seulement destiné au public qui a pu voir le film en salle, mais aussi et surtout aux aficionados, aux cinéphiles qui ont envie d'en savoir un peu plus par le moyen des bonus et autres suppléments.

C. : Que pensez-vous du découpage en chapitres. Y avez-vous participé ?
F.F :
Je n'y ai pas participé, j'étais en train de préparer mon troisième film  La Femme de Gilles, et j'avais assez peu de temps à consacrer au DVD. Je me suis donc concentré sur les interviews et les scènes commentées et j'ai fait entièrement confiance à ceux qui l'ont développé.

C. : Le bonus permet d'offrir au spectateur le contexte dans lequel le film s'est fait. Etes-vous pour la diffusion d'un making of, d'entretiens avec les réalisateurs ou acteurs. Ce qui permet de revenir au film après-coup?
F.F. :
Je ne suis pas contre. Encore une fois, c'est surtout destiné aux gens que ça intéresse vraiment. L'intérêt principal reste avant tout le ou les films. Ceci dit, pour ceux que ça intéresse d'en savoir un peu plus sur la fabrication d'un film, ou sur la personnalité du réalisateur, ce sont des plus.

C. : Le bonus permet d'insérer des scènes inédites, coupées au montage. Cela vous parait-il intéressant ?
F.F. :
Oui, ça permet après coup, une fois que le film a trouvé sa forme définitive, de voir d'autres éléments qui semblaient essentiels lors de l'écriture du scénario ou au tournage et de voir comment les informations et les émotions contenues dans ces scènes ont pu se déplacer ailleurs dans le film, d'où leur abandon au montage. Ce qu'on a enlevé dit
aussi beaucoup sur le film, sur le pourquoi il est comme ça et pas autrement.

C. : Avez-vous joué sur l'interactivité que permet le support (façon Agnès Varda dans Les Glaneurs qui renvoie du premier film au second) ?
F.F. 
: Non. Je n'ai pas encore vu le DVD d'Agnès Varda. Si interactivité il y a c'est dans l'esprit du spectateur qui peut lui-même faire différents recoupements entre les films, et ce, y compris, à travers les courts-métrages, mais aussi entre les anecdotes ou les scènes commentées qui le sont par différentes personnes. Il y a aussi un étrange sentiment qui se dégage à la vue de toutes ces interviews, de gens qui se souviennent d'un événement qu'ils ont vécu, ça me fait penser aux interviews dans Une liaison pornographique, où ils se souviennent, racontent etc. C'est d'ailleurs pour moi assez troublant de voir Nathalie Baye ou Sergi Lopez se souvenir du film, chercher, raconter des anecdotes... L'interactivité pour moi est là.

 

Jean-Michel Vlaeminckx et Dimitra Bouras
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