Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
18/05/2011
 

Une vie de chat de Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol

Face au modèle anglo-saxon, organisé autour de quelques structures lourdes, l’animation française contemporaine se construit plutôt à l’aide d’un maillage serré de petites maisons de production indépendantes. La formule a ses avantages. La variété des collaborations, la richesse des coproductions permettent de coordonner, dans la souplesse, le savoir-faire d’artisans à la technique éprouvée. Cela rend possible, pour un coût relativement modeste, la création d’œuvres de qualité, artistiquement riches et au potentiel de plus en plus évident. Parmi les exemples de cette réussite, on peut citer en 2010 L’illusioniste de Sylvain Chomet, et Une vie de chat d’Alain Gagnol et Jean-Loup Félicioli. Ce dernier est particulièrement emblématique de cette façon de travailler, puisqu’il associe, autour de Folimage, société initiatrice du projet et important producteur d’animations en France, une galaxie de compagnies plus modestes, dont les Flamands de LunanimeDigit Anima, la maison tournaisienne de l’ami Arnaud Demuynck, ou encore son pendant français Les films du Nord.

Le savoir-faire belge a donc également contribué à la réussite de cette coproduction. En Flandre, en Wallonie, à Bruxelles, de nombreuses forces vives s’y sont impliquées comme les quatre animateurs du Studio L’enclume : Rémy Durin, Paul Jadoul, Constantin Beine et Jérémie Mazurek. On citera aussi les animateurs flamands Pascal Vermeersch et Pieter Samyn. Le résultat est un superbe film d’atmosphère, au graphisme original et à l’ambiance sonore particulièrement soignée qui nous emmène sur les toits de Paris en compagnie de Dino le chat, Nico le monte-en-l’air et la petite Zoé, opposés à une bande d’affreux sous les ordres de l’ennemi public n°1, le sinistre Victor Costa.
Après une très honorable carrière en salles où il a ravi les petits et les grands qui ont eu la bonne idée d’aller le voir, le film sort aujourd’hui en DVD, distribué par Lumière, l’un des coproducteurs du film par le biais de sa société Lunanime.

une vie de chat

Après La prophétie des grenouilles et Mia et le Migou, Une vie de chat est le troisième long métrage produit par Jacques-Rémy Girerd pour Folimage Features, et aussi le premier dont il n’est pas l’auteur. Place cette fois, en effet, à deux autres habitués de Folimage. Depuis 1995, ils réalisent pour le studio des courts métrages comme L’égoïste, Le couloir, ou des productions TV comme Mauvais temps ou encore la série des Tragédies minuscules. En une quinzaine d’années de collaboration, ils ont imposé un style graphique inhabituel, où l’on retrouve l’influence de grands peintres du début du siècle dernier : Picasso, Modigliani ou encore Juan Miro. Ici, cette influence est également présente, mais moins caractérisée et mâtinée de réminiscences d’artistes plus actuels, comme l’Italien Lorenzo Mattoti.

Une vie de chat est un conte pour enfants à l’ambiance de film noir. Une ambiance que soigne particulièrement la musique jazzy de Serge Besset et Stéphane Cortial, hantée par le Miles Davis d’Ascenseur pour l’échafaud. Cette petite touche désuète confère un charme très spécial à cette histoire où un matou au caractère bien trempé fait le lien entre une petite fille, un cambrioleur acrobate, une commissaire de police un peu dépassée, un affreux vraiment pas beau et sa bande de malfrats, une traîtresse des faubourgs, un colosse de Nairobi… on vous en passe, et des meilleures. C’est qu’il y en a des choses, dans une vie de chat, la nuit, sur les toits de Paris. Une ville lumière au panorama superbement rendu par un impressionnant travail sur les décors. De fait, si le graphisme des personnages pourra sans doute diviser les amateurs (de gustibus et coloribus …), les décors, eux, sont superbes, et ne souffrent aucune critique. L’animation est fluide et agréable à suivre. On notera, pour le chat Dino, que si l’adoption d’un graphisme plutôt carré déconcerte, son animation témoigne d’une observation aigue des félins et leur manière de se déplacer. La scène où, rentrant d’une virée nocturne, le matou se glisse dans les bras de la petite Zoé, endormie, est craquante de réalisme. Enfin, quelques touches d’humour bien réussies achèveront de charmer les spectateurs adultes (Monsieur Grenouille, le comparse de Victor Costa, auquel Patrick Ridremont prête sa voix, est particulièrement savoureux).

Si vous avez raté en salle ce petit bijou d’animation franco-belge, le DVD proposé par Lumière vous offre une excellente occasion de vous rattraper. Le transfert est sans bavure, le film est proposé dans un format 16/9, 1.85 :1 mieux adapté aux diagonales des télés actuelles. Le film est en version française ou néerlandaise, dans un dolby 5.1 bien spatialisé. En bonus, un making of plein d’informations intéressantes (Les différentes vies du chat) et le casting des voix complètent la présentation.

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