Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
 

Vacances/ Vakantie

L’instauration des congés payés en Belgique, en juillet 1936, constitue un des jalons importants de l’histoire des luttes ouvrières dans notre pays. Cette victoire n’est pas aussi éclatante que celle remportée par la classe ouvrière en France, après l’avènement du Front populaire, qui voit l’instauration de la semaine de 40 heures et l’octroi de 15 jours de congés payés.
En Belgique, l’année 1936 voit la montée de l’extrême droite. Les séquelles de la grande dépression économique qui suit le krach de 1929 se caractérisent par un important taux de chômage et par la tension créée par de nombreux mouvements sociaux. C’est sous la pression de cette agitation sociale que la Chambre des Représentants du gouvernement catholique Van Zeeland vote à l’unanimité l’instauration des congés payés, mais la semaine de 40 heures n’est pas accordée.

C’est pour fêter le 80e anniversaire de cet événement que Cinematek réunit, sous la forme d’un livre et d’un DVD, des documents d’archives inédits sur le thème des Vacances.
Dix films, tous de commande, nous font découvrir surtout les images des vacances ouvrières telles que les concevaient les deux principaux syndicats belges, la CSC et la FGTB. Ceux-ci s’accordent sur la nécessité d’encadrer ces périodes de loisirs afin qu’« elles ne représentent pas du temps perdu, dans des distractions onéreuses et futiles, mais qu’elles constituent au contraire un temps utile dans une perspective d’émancipation ouvrière. »

Le texte de Pierre Tilly introduit à l’histoire de cette révolution sociale, en Europe et en Belgique, de manière vivante et documentée. La naissance du tourisme social dans notre pays ne va pas de soi. Le sociologue, Léo Moulin, interrogé au journal télévisé du 29 juin 1972, constate combien ses compatriotes sont demeurés rétifs à explorer le monde et aller à la rencontre de l’autre. C’est ce qu’il qualifie être « le refus du voyage » des Belges.

À l’exception de Henri Storck, Gérard De Boe et Emile Degelin, les réalisateurs des films choisis par Daniella Vidanovski pour Cinematek ne nous sont pas connus. Storck expliquait volontiers qu’il n’avait pu poursuivre sa carrière de documentariste que grâce aux travaux de commande. Le développement de la télévision nationale et la création de la Commission de Sélection des Films ont ensuite changé la donne.

Les cinéphiles seront peut-être déçus par le ton incroyablement pesant et souvent moralisateur des commentaires de ces films. Ils portent en cela l’empreinte d’une époque révolue. Même les « Jeux d’été et de la mer » de Storck n’ont pas le charme et l’inventivité de ces Images d’Ostende et des Trains de plaisir qui firent la réputation du «  cinégraphiste officiel de la ville d’Ostende ». 

Demeure l’intérêt historique et sociologique d’archives qui nous font découvrir ce que furent les congés payés pour la classe ouvrière. Les images des centres de vacances créés par les mutualités, les syndicats, les mouvements de jeunes qui proposent aux vacanciers un autre vécu, loin des villes et une redécouverte de la nature, sont accompagnées souvent de discours préfabriqués, de clichés.

Ce qui manque sans doute à ces films de commande, c’est un regard de cinéaste porté sur le réel, celui que l’on trouve, par exemple, dans Dimanche (1962) d’Edmond Bernhard qui fut pourtant l’objet d’une commande sur les loisirs, Week-end ou la qualité de la vie (1974) de Jean-Jacques Péché.
C’est sans doute un regret que l’amateur de cinéma pourrait formuler, malgré l’intérêt de cette édition de la Cinematek. Mais cela serait se tromper de territoire et de cible.

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