Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2003
 

Valerio Caruso, responsable du site européen cineuropa.org

Dans un précédent E-Moi, Henri Ingberg, Directeur du Centre du Cinéma et Secrétaire général du Ministère de la Communauté française, s'interrogeait sur le peu de public belge se rendant en salles pour découvrir des films ayant cependant acquis une réputation internationale (webzine n°68.) Le rôle du marketing est primordial pour les majors américaines qui y consacrent la moitié du budget de leurs productions. Ce n'est guère possible en Europe, ni financièrement ni culturellement. D'où, depuis un an une initiative passionnante de Luciana Castellina, ex-présidente de la Commission Culture au Parlement européen  le projet Euronet qui a abouti à créer, il y a six mois Cineuropa.org, un site quotidien diffusant online une promotion intelligente des cinématographies qui composent l'Europe. Six mois d'existence d'un site, Cineuropa.org qui s'avère de plus en plus dynamique et avec lequel nous avons tissé des liens.
L'occasion de faire le point avec Valerio Caruso, l'un des correspondant du site à Bruxelles. Entretien.

Cinergie : Comment définiriez-vous le projet Europanet sur le cinéma ?
Valerio Caruso :
Le projet général a vu le jour en mai 2002. Il a été présenté au Festival International du Film à Cannes. On est parti d'un constat qui a été fait par Luciana Castellina, qui était présidente de la commission culture au parlement européen, constat partagé par Jacques Delmoly, Chef d'unité du programme MEDIA et Jean-Michel BAER, directeur de la Direction audiovisuelle à la Commission européenne : en Europe on réalise beaucoup plus de films qu'aux Etats-Unis (l'Europe des quinze produit 600 films environ) mais -et c'est là notre faiblesse - ces films sont peu regardés - parce que le maillon faible de la production européenne est la promotion ! C'est bien sûr, comme vous le savez, une question de budget : les américains investissent presque cinquante millions d'euros pour faire le marketing et la promotion d'un film. D'où l'idée, puisque nous n'avons pas les mêmes produits, de multiplier le bouche à oreille, de multiplier les canaux d'informations sur les films qui sont produits. Par rapport à la production trop peu de nos films sont vus. La mission du site Cineuropa.org est donc, avant tout, la promotion des (j'insiste) cinématographies. D'où le fait de le composer en quatre langues pour qu'on trouve l'ensemble des cinématographies à l'intérieur de l'Europe mais aussi pour être une fenêtre ouverte vers les autres pays, les autres continents. Pour l'espagnol : l'Amérique latine, l'anglais : les Etats-Unis , l'italien parce que le site est cofinancé en grande partie par le gouvernement italien et bien évidemment le français pour toute l'aire culturelle méditerranéenne et aussi parce que, heureusement, la France reste l'une des grosses industries cinématographiques européennes.

Valerio Caruso

C. : La structure d'informations quotidiennes online vous est apparu plus performante pour rebondir rapidement sur l'actualité de l'activité cinématographique ?

V. C. :
Nous avons décidé de la formule d'un quotidien pour fidéliser l'internaute. Soit, les productions européennes, les tournages, les sorties de films, les accords de co-productions, les nouvelles formes de financement pour le cinéma. Donc accrocher et fidéliser un public qui tous les jours puisse passer cinq à dix minutes sur le site pendant la pause café. Ceci étant il n'y a pas que des brèves, il y a des dossiers thématiques et tout l'aspect promotionnel des films : des bandes annonces, des making-off sur les lieux de tournages. De même il y a des numéros spéciaux : depuis mai, le spécial Cannes 2002, Venise et Berlin, avec des articles très complets sur la production européenne qui y sont présentés.
Il y a un côté mise à jour quotidienne et un côté approfondissement.

C : Cela fait six mois que cineuropa.org est mis sur orbite, online, avez-vous déjà des informations concernant les 15 pays de l'Union Européenne ?

V. C. 
: Nous arrivons à obtenir des informations des quinze pays parce que nous avons une structure, plus exactement un organigramme qui est une rédaction centrale de six personnes (dont deux webmaster) et nous avons un réseau de correspondants ou de navigateurs (on les appelle ainsi pour les petits pays). Nous avons une personne spécialisée dans le cinéma des pays nordiques. Pour les petits pays nous avons des personnes qui parlent la langue et qui cherchent chaque jour des informations pertinentes sur leur cinématographie. Dans les grands pays nous avons des correspondants, notamment en France, en Angleterre, en Espagne, en Allemagne et pour le Benelux.

C. : Lorsqu'on regarde le site cineuropa.org on est frappé par une utilisation générale de l'image en streaming que ce soit pour les interviews, pour les making of, ou les bandes annonces. J'imagine que c'est une volonté de votre part pour animer l'ensemble d'une information qui risquerait sans cela d'être disparate, comme certains sites où la Newsletter est illisible ?

V. C. 
: Oui. L'idée c'est d'avoir beaucoup de contenus multimédias. C'est un choix que nous avons fait dès le début d'avoir un site qui ne soit pas uniquement écrit mais avec beaucoup de documents vidéo, des photogrammes. Il y a également des Galeries photos (pour le moment il y en a trois ou quatre). On doit avoir 250 photographies. Il y a beaucoup de bandes annonces. Oui, c'est un choix d'avoir beaucoup de matériel vidéo, d'utiliser toutes les ressources du multimédia.

C. : En dehors de l'info multimédia et des dossiers, vous offrez des services ?

V. C. :
Tous les jours nous avons des news, une partie multimédia, des dossiers d'approfondissements thématiques et nous avons des bases de données des films européens, des sociétés de production et de distribution. Et en plus de cela nous avons des services actifs. L'un d'entre eux est une assistance sur les droits d'auteurs. Ce qui signifie que tout réalisateur ou producteur peut recevoir un avis sur une question liée aux droits d'auteurs --- pour un prix forfaitaire et pas du tout un prix de marché. Pour ce service nous collaborons avec l'Institut européen du droit d'auteur. C'est-à-dire avec l'équipe de l'avocat Michel Jyvory qui a fait une étude complète sur le droit d'auteur au niveau de chaque état membre, sur les législations en vigueur en Europe de l'Est et sur le copyright. Ils couvrent donc toute la matière législative sur le droit d'auteur en Europe.
L'autre service est un point de rencontre entre un scénariste et un producteur. Un scénariste ayant un projet peut déposer son scénario --- s'il est validé par un comité de lecture, ce n'est donc pas automatique - il voit son synopsis inséré en quatre langues sur le site. C'est une fenêtre qui permet aux producteurs cherchant des sujets et des scenarii de qualité. La plupart des producteurs étant noyés sous les scenarii, on leur offre une sélection de qualité. L'idée est de faire jouer les partenariats : un producteur allemand qui cherche un scénariste en Espagne peut trouver des textes de qualité et ainsi faire la promotion de certains talents européens. Pour la Belgique nous avons un accord avec l'ASA. Ce qui signifie que nous insérons des scénarios de membre de l'ASA dont nous faisons la promotion auprès des producteurs européens. Il y a beaucoup d'excellents scénaristes en Belgique, trop peu arrivent à voir leur projet se développer et a être financé. L'intérêt, pour eux, est donc de présenter leur projet au niveau européen, dans des pays plus riches au niveau de la production où ils auront plus de chances de voir aboutir leur script.
Au niveau belge vous avez d'excellents scénarios mais qui ont besoin de se faire connaître auprès de producteurs d'autres pays. Etre présent sur le site est un label de qualité pour un scénariste et induit une circulation de talents au niveau européen.

C. : Vous n'avez pas peur qu'on aboutisse à ce que certains ont appelé le « pudding européen », c'est-à-dire des films qui gomment les différences culturelles qui font la richesse de l'Europe et où plus personne ne retrouve son identité?

V. C. :
J'aime bien la formule une promotion des cinématographies européennes et pas la promotion du cinéma européen. Parce que c'est la richesse des identités nationales qui font la richesse du continent européen. C'est vrai que nous avons en Europe une manière différente de faire du cinéma que celle pratiquée par Hollywood. L'idée est de faire la promotion de toutes les cinématographies européennes et c'est pour ça que nous collaborons avec cinergie.be pour son ancrage sur le territoire. Le fait de travailler avec des professionnels, des journalistes qui connaissent bien le terrain et nous fournissent toutes les informations sur le pays est pour nous un apport d'un grande richesse parce qu'on a là une vraie promotion d'un cinéma vivant à qui l'on peut offrir une visibilité majeure. C'est ce type de collaboration que nous cherchons à multiplier avec les autres pays.

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