Février 2001
Entrevue
Critique
- Bollywood, The Indian Dream de Tom Coeman
- Inasmuch de Wim Vandekeybus
- Pleure pas Germaine d'Alain de Halleux
- Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders
- Thomas est amoureux de Pierre-Paul Renders
- Indépendance Cha Cha de Jean-François Bastien et Isabelle Christiaens
- Autour de Pinget d'Ursula Meier
- Verboden te Zuchten/Le Pressentiment d'Alex Stockman
- La Mission de Victor Martin
Dossier
Tournage
Le Pressentiment
-
Sortie DVD
Le pressentiment d’Alex Stockman -
Article
Le Pressentiment
Alex Stockman
-
Entrevue filmée
Pulsar, Alex Stockman et Matthias Schoenaerts -
Entrevue
Alex Stockman -
Entrevue
Alex Stockman -
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Alex Stockman, Pulsar -
Critique
Eva reste au placard les nuits de pleine lune de Alex Stockman -
Sortie DVD
Pulsar d'Alex Stockman -
Article
Alex Stockman -
Article
Alex Stockman - Cinéma Cinéaste
Verboden te Zuchten/Le Pressentiment d'Alex Stockman
Boy meets girl
" C'est dans sa forme pure qu'un art frappe fort ", écrit Robert Bresson dans Notes sur le cinématographe. Et il ajoute : " Aux tactiques de vitesse et de bruit, opposer des tactiques de lenteur, de silence ".
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Verboden te zuchten /Le Pressentiment raconte l'errance de Joris, un jeune homme en " drop out " dans Bruxelles. Alex Stockman, arrière-petit-neveu de Bresson, filme avec une économie de moyens qui contraste avec le maniérisme surchargé d'effets d'une représentation dominante où la caméra n'arrête pas de bouger ou plus exactement de s'agiter gratuitement (l'énergie de la compétition ?), confondant sensation et émotion, vitesse et précipitation, image et imagerie. |
Refusant la vie rangée d'un employé de la poste, balisée par une productivité qui mène à une consommation compulsive, Joris quitte son appartement, ses parents, ses amis, et largue son amie en lui envoyant une couronne funéraire. Au lieu de filer au Portugal, comme prévu, il s'installe dans un hôtel (" Je suis en transit ", explique-t-il au portier), en face de la gare du Midi. Tel un réfugié, il pose un regard détaché et résigné sur le monde qui l'entoure. Animé d'une passion créatrice (être un écrivain du calibre de Kafka mais pas agent d'assurance en même temps), refusant de faire semblant de vivre dans le conformisme, il affronte ce qui fait obstacle à son désir d'authenticité : le monde.
| Sa quête l'amène à rencontrer un sans-abri, Louis Hanot, un médecin anti-conformiste (interprété de façon magistrale par Senne Rouffaer que l'on a découvert au cinéma dans l'Homme au crane rasé d'André Delvaux) affublé d'une épouse conformiste, et Lucy, une jeune femme, soeur et double de lui-même qui l'entraîne dans le gouffre de l'éternité. Cette fin romantique nous a paru un cliché même si l'on peut y voir un clin d'oeil au Godard d'À bout de souffle (" Ayant à choisir entre la souffrance et le néant, je choisis le néant ", dit Michel Poiccard à Patricia) ou de Pierrot-le-fou : " La vie est ailleurs " dit Ferdinand en explosant face à la mer. |
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Le film d'Alex Stockman dont la mise en scène est réglée avec précision (l'analyse des sentiments, la géométrie des rencontres), nous renvoie à un cinéma où le temps est perçu dans toute son épaisseur, où la dérision du jeu social apparente l'existence à une survie hasardeuse, à une dérive quasi sartrienne (le romancier Emmanuel Bove, l'une des références de Stockman, a écrit un roman au titre éponyme). Joris ne se projette pas dans le futur et nous ne saurons quasi rien de son passé. Personnage lisse, il n'est pas caractérisé par sa psychologie mais par ce qui l'entoure. Son univers mental, ses contradictions sont définies par le décor dans lequel il évolue (les rares dialogues ressemblent aux répliques d'une pièce de Ionesco). Les images de Bruxelles étant le paysage intérieur de Joris (rues nocturnes et désertes, bistrots dans le brouhaha duquel personne ne communique, trains en partance vers un ailleurs indéterminé, rues diurnes aux rencontres éphémères, au hasard Balthasar, hôtel dans lequel une petite fille, tel Hermès, joue le messager entre un homme et une femme qui refusent de se parler).
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Nous découvrons un Bruxelles singulier (il s'agit pour le réalisateur d'intérioriser l'espace et de dénaturaliser les paysages), en noir et blanc (superbe photo de Michel Baudour), dont les arcanes servent de décor à un film qui fait vivre et respirer la ville à la manière du Paris de Boy meets girl ( Leos Carax) ou de Pickpocket (Robert Bresson).Verboden te zuchten/Le Pressentiment est donc aussi un documentaire sur Bruxelles que l'on n'a plus vu filmé de la sorte depuis qu'au milieu des années soixante Jerzy Skolimowski avec Le Départ (Baudour y était l'assistant de Willy Kurant) et Alain Resnais avec Je t'aime, je t'aime et la décennie suivante, Chaltal Akerman avec Toute une nuit lui avaient donné un certain cachet. |
Verboden te zuchten /Le Pressentiment est un road movie autiste, désinspiré des films de la post-modernité (sortes de catalogues d'images d'une extrême virtuosité dans lesquels s'agitent des personnages avec des poses de nunuche lyophilisée ou grimaçante). Verboden te zuchten est l'antidote des spots publicitaires qui saturent notre imaginaire de clichés et vendent un monde clean comme un produit à consommer.
Jean-Michel Vlaeminckx




