Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2003
Mots-clés : rencontre,
 

Vincent Bal

Paquebot Flagey. Comment joindre Vincent Bal lorsqu'on ne l'a jamais vu. Quelque part entre deux tables de la brasserie. Certes. Pas, vu ? Hé mec tu rigoles ? Nous sortons le dossier de presse de Minouche en signe de reconnaissance. Et ça marche comme dans un vieux film de Billy Wilder, en noir et blanc, datant des années cinquante revisité, par Bal genre Bloody Olive. Salut, Vincent. Bal ? Oui. Il sourit - très cool -- en rajustant ses lunettes et serre légèrement notre main tendue. Hé, dit-il, en faisant un panoramique de la cafétéria en espérant découvrir dans cet endroit bruyant, un coin calme. En vain !
Nous nous installons à une table, apprenons que, né à Gand en 1971, il a découvert le cinéma via le petit écran, regardant de vieux films américains, des comédies en noir et blanc des années quarante.  « Quand j'étais jeune je n'avais pas envie de réaliser des films plus tard. Je m'intéressais à la bande dessinée. Je ne rêvais pas de devenir Spielberg plus tard (rires). Je dessinais et je jouais au théâtre parce que ma mère a un théâtre pour les jeunes, le « Kopergietery Gent ». Via le théâtre il m'est arrivé de jouer dans des films étant enfant. J'aimais beaucoup l'atmosphère qui régnait sur le plateau. En 1985, Jaco Van Dormael a tourné De Boot, une pièce de théâtre basée sur une pièce de ma mère. Mes amis et moi avons joué dans le film. On aimait beaucoup cela. D'autant que les scènes se passant à la mer avaient été reconstituées en studio. Du coup j'ai fait quelques petits films moi-même, en super-huit. Et c'est ainsi que petit à petit je suis arrivé à l'idée que je pourrais peut-être faire du cinéma.
Parfois nous allions voir des films en salles. Pas mal de films ont retenu mon attention mais j'ai un souvenir précis des Vacances de Monsieur Hulot que nous avions été voir pendant les vacances de Pâques au cinéma. C'était un film qui tranchait par rapport aux films habituels qu'on allait voir. Le film de Jacques Tati est resté un de mes films préférés. De même que je garde un souvenir vivace de Yellow submarine, le dessin animé des Beatles.
A dix-huit ans un copain m'a annoncé qu'il allait commencer à suivre des études de cinéma. Vincent trouve l'idée intéressante, réussit l'examen d'entrée de Sint Lukas puis échoue en troisième année. Le fait de recommencer une année dope sa motivation. Il passe beaucoup de temps au Musée du Cinéma en essayant de voir un maximum de films. « A la fin de cette année j'ai réalisé Aan Zee, mon premier court métrage et, ensuite, l'année suivante, Tour de France, mon film de fin d'études.
Deux ans plus tard nous découvrons le très surprenant  The Bloody Olive , un court métrage en noir et blanc (clin d'oeil aux comédies policières américaines des années cinquante) dont la fin est sans cesse différée jusqu'à la chute finale qui met le spectateur face à la caméra. Inutile de dire que ce film a reçu une pluie de récompenses. «The Bloody Olive est basé sur  Imbroglio, une bande dessinée en noir et blanc de Lewis Trondheim, un dessinateur français dont les personnages sont des animaux habillés comme des hommes. Dans la bédé il n'y avait pas ce coté film noir mais je voyais l'adaptation dans ce style-là. La majorité des dialogues viennent de la bande dessinée, on a ajouté quelques éléments comme le fait que l'action se passe pendant les fêtes de Noël dans les années cinquante ainsi que la fin avec l'inspecteur de police. Je voulais un titre plus américain, et, un peu par hasard, en faisant des croquis pour le générique, j'ai écrit « bloody olive » sur une feuille et cela m'a paru assez chouette pour en faire le titre du film.
L'année suivante Vincent Bal tourne Jolie Môme, un court métrage basé sur la chanson de Léo Ferré. « Il y avait la chanson, la chorégraphie et la danseuse, c'était en quelque sorte, un film de commande. On avait pas beaucoup d'argent donc on faisait une prise par plan ». Lorsque nous lui demandons si la comédie est un de ses genre favori, il nous précise que ses deux premiers courts métrages ne l'étaient pas et n'a pas envie d'être catalogué dans un genre précis.
Man van de staal (L'homme d'acier)
, son premier long métrage s'il obtient un prix au Festival de Berlin ne fait pas un gros score en salles. Le film nous conte les aventures d'un garçon de 13 ans qui vient de perdre son père et qui part à la mer rejoindre son oncle et sa tante qui tiennent un petit hôtel. Il essaie de surmonter la mort de son père, découvre les premiers émois de l'amour et fantasme sur des héros inoxydables type Iron man. « Il a été promu comme film pour les enfants, alors que ce n'est pas vraiment ça. Du coup, il est tombé, comme on dit en flamand, entre deux chaises. »
Vincent Bal rebondit en travaillant sur un scénario adapté d'une autre bande dessinée de Lewis Trondheim lorsque Burny Bos, un producteur hollandais, lui propose d'adapter au cinéma Minoes (Minouche), un livre d'Annie M.G. Schmidt qu'il avait adoré lorsqu'il était enfant. « J'ai donc accepté avec enthousiasme ». Banco. Avouons-le, Minouche nous a autant surpris que The Bloody Olive. Ce que nous transmet Vincent Bal avec ce film c'est cette magie que le cinéma de notre enfance nous a communiquée. C'est un film qui vous prend par la main et vous emmène, tel Peter Pan, dans un autre univers. Bombardé d'images insolites Minouche vous livre un monde singulier et poétique, vous subjugue tant et si bien qu'il n'est guère facile de revenir dans un monde où les chats - à défaut d'être gris - ne raffolent pas de sardines, ne colportent pas les potins du monde, vous frôlent en miaulant lorsqu'ils ne dorment pas.
Depuis La Nuit américaine, le film de François Truffaut où l'on voit l'équipe d'un film bloquée par les caprices d'un chat qui refuse de laper son lait, on sait que les tournages avec les chats sont des casse-têtes que seuls les animateurs peuvent résoudre sans problème en les dessinant. « Nous avons tourné avec de vrais chats, précise Vincent Bal. Le challenge était d'y mettre de l'émotion, tout ce qui rend les chats vivants. J'avais un story board extrêmement précis, les chats avaient des entraîneurs mais ce qui était complexe était de les faire tourner ensemble ! On a essayé en live mais ce n'était pas possible les chats font ce qu'ils veulent et surtout regardent dans la direction que leur dicte leur instinct. On a donc fait des plans fixes, en tournant chat par chat et aprés on les a mis ensemble dans l' ordinateur.
Ce qui donnait l'avantage de choisir la meilleure prise pour chaque chat. Si deux chats se regardaient l'un l'autre on les filmait l'un après l'autre et on les réunissait au montage. Cela nous a permis de modifier certains dialogues de les rendre plus performants. Les chats qui parlent ce sont des effets spéciaux sur ordinateur. La technologie numérique le permet et cela donne un aspect magique à un film où les chats sont particulièrement bavards.
On a changé peu de choses par rapport au livre juste quelques petites chevilles pour resserrer l'histoire. Notamment le parcours de Tibbe qui prend de l'assurance au fur et à mesure que l'intrigue se déroule. Un film a besoin d'une narration continue qui progresse. Dans le livre, chaque chapitre forme une petite histoire en soi permettant d'être lue avant le sommeil des enfants. On a changé aussi le caractère de certains chats ainsi que quelques dialogues. Ce qui m'importait était de recréer l'atmosphère que j'avais en tête lorsque j'ai entendu l'histoire étant enfant. C'était comme si j'avais déjà vu le film lorsque ma mère me lisait le livre. C'était donc un luxe pour moi d'avoir la chance de faire partager aux autres un film que j'avais déjà vu, en imagination, étant petit.
Pour le casting, mes références de départ étaient Jack Lemmon, pour l'acteur et Audrey Hepburn, pour l'actrice. Le choix n'a pas été simple parce que le personnage de Tibbe évolue. Au départ il est timide mais il s'affirme petit à petit. Tous les acteurs hollandais que j'ai rencontrés était trop surs d'eux et lorsqu'il interprétaient un gars timide cela devenait un pauvre type, il perdait sa force. Théo Massen qui interprète Tibbe est un acteur de cabaret qui fait des numéros pour les adultes. Il a tout de suite compris le trajet que devait accomplir son personnage.
Pour les actrices je les ai toutes vues, de vingt à trente ans et, un jour quelqu'un m'a suggéré Carice Van Houten. Elle était parfaite au point que je puisse croire qu'elle avait vraiment été une chatte dans une autre vie. Elle ne marche pas, elle frôle le sol. Et elle donne au personnage un mystère et une mélancolie propres aux chats.
Minoes
est sorti en Hollande fin 2001 et début 2002 dans la partie néerlandophone du pays. Il est visible au Flagey, du 1er au 9 mars 2003

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