Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
juillet - août 2009
09/07/2009
 

Vinyan, de Fabrice du Welz

Allumez le feu !

VinyanCalvaire, le premier long de Fabrice du Welz, nous avait épatés par son jusqu'au-boutisme et son côté radical. Quand notre homme nous avait appris qu'il emmenait Emmanuelle Béart et Rufus Sewell au plus profond de la jungle thaïlandaise, à la frontière birmane, pour un voyage halluciné aux confins de la folie et de la mort, toutes nos antennes de critiques, de cinéphiles et de passionnés se sont braquées sur son Vinyan. On brûlait d'impatience, et la découverte avait été à la mesure du plaisir de l'attente. L'ami Gregory Cavinato pouvait parler de « pur cinéma ».
Le cinéma qui va au bout de sa logique et restitue un sentiment, une atmosphère, provoque des sensations, des émotions d'une manière impossible à transcrire autrement que dans son langage propre, c'est passionnant.
Et c'est cela Vinyan ! Lumières, couleurs, images, mise en plans, montage, musique,… tout ici est mobilisé pour faire ressentir au plus profond ce voyage d’un couple vers la folie, l’autodestruction, la mort et, qui sait, la renaissance à "autre chose". Révolutionnaire ? Non, certes. Le sujet a déjà été traité de manière fort proche, et le film est hanté par les mânes des grands maîtres. On ne reviendra pas sur ces références et filiations, mises en lumière par de multiples critiques et dont Fabrice joue avec délectation. Le film n’est pas davantage parfait ou abouti, mais ses failles (narratives) et ses déséquilibres (formels) en font tout l’intérêt, dans la mesure où ils sont le reflet de choix assumés du maître d'œuvre. Celui, par exemple, de sacrifier le potentiel d'histoire et d'action offert par le sujet, pour se focaliser sur la sensation. C'est à prendre ou à laisser. Pas de compromis ni de demi-mesures. Beaucoup le lui reprocheront, sans le suivre dans son expérience hallucinatoire. Dommage pour eux, tant mieux pour nous. Le réalisateur a mis tout son art et sa passion dans cette aventure, mobilisant les énergies autour de lui jusqu'à l'épuisement. Cette intensité imprègne la pellicule comme les pluies de mousson. Elle dégringole sur nous. Parfois naïf, parfois maladroit, souvent brutal, toujours sincère, Vinyan emporte son spectateur qui n’a plus que la ressource de s’accrocher à lui jusqu’à la fin, sans pouvoir l’abandonner au risque de se perdre.
Le DVD, distribué en Belgique par Melimedias, devait restituer cette atmosphère trouble, cette tornade de sons et d'images hypnotiques… Pas évident. Un transfert sur support digital est peu propice aux basses lumières et n’aime guère les images où coexistent zones bien exposées et plages de pénombre. Or, c’est précisément ce genre d’ambiance qu’affectionne Benoît de Bie, le chef op’ de Vinyan, et dans laquelle il excelle. Heureusement, le transfert réalisé pour les Français de Wild Side est aussi bon qu’on peut l’espérer. Il ménage les demi-lumières sans trop sacrifier la profondeur des noirs, et met un point d’honneur à respecter le chromatisme voulu par du Welz. Ce jeu des dominantes est un des supports du cheminement des personnages dans la folie. La bande-son est tout aussi primordiale dans ce film d’atmosphère. Elle est fort bien spatialisée par un dolby 5.1 à la hauteur.
Malheureusement, les bonus proposés en complément de ce DVD d'un excellent niveau technique nous laissent sur notre faim.Le disque que Wild Side distribue pour le marché français propose des compléments passionnants, et tout à fait éclairants sur la genèse du film : l'introduction de Fabrice du Welz qui explique, en deux minutes, le pourquoi de ses choix "à prendre ou à laisser" vers un film sensoriel ; Un superbe Making of sous forme de journal de tournage qui restitue avec intensité la folie de la création, mais aussi les bons moments d'amitié et de chaleur humaine ; Un entretien croisé entre le réalisateur et son directeur photo, Benoît De Bie, passionnant car éclairant parfaitement tout le travail de composition d'image ; Des dessins de Fabrice, une galerie photos etc…
Un panel parfait dont quasiment tout a disparu du DVD belge. Ne reste que le Making of, morceau de choix, sans doute, mais maigre moisson par rapport à un film aussi singulier. On comprendra les raisons économiques qui poussent l'éditeur belge à chercher un équilibre entre les droits à payer à son homologue français et le rendement attendu de cette sortie sur notre petit marché, mais qu'il ne s'étonne pas de voir une grande partie de son public potentiel, constitué des vrais fans du film, chercher à se procurer, via la France, le DVD de Wild Side, autrement plus complet. Quel que soit votre choix, il n'en reste pas moins que Vinyan est une expérience envoûtante, à découvrir et redécouvrir.

Vinyan, distribué par Mélimédias et édité par Imagine.
Les 5 exemplaires pour le concours sont offerts par Mélimédias/imagine.

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