Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/02/2011
 

Vision de Hildegard Von Bingen

Dans les années quatre-vingt, le grand public découvrait la musique baroque. Bach ne jouait pas sur un piano, mais sur un clavecin et un clavicorde, un tout autre son. Nikolaus Harnoncourt fait hurler le public de la musique classique en interprétant Les Quatre saisons de Vilvadi, comme à l'époque du maître vénitien, et donc sans les vingt minutes supplémentaires que les romantiques avaient ajoutées pour satisfaire leur amour du vibrato. Cela provoque des crises cardiaques chez certains auditeurs, mais le public marche et découvre une musique qui n'est pas uniquement destinée aux supermarchés et au métro.
Quinze ans plus tard, le public international découvre, avec la même fièvre, Ordo Vitatum et Canticles of ectasy interprétés par l'ensemble vocal féminin Sequentia. Nouveau « buzz » dans le monde musical allemand et anglo-saxon (Prix Edison, Oscar de la musique). On découvre les communautés des assemblées de vierges. « Au secours », hurlent les médisants qui ignorent qu'il s'agit non pas de femmes n'ayant jamais connu d'hommes, mais de femmes qui décident un jour de se donner corps et âme à l'Esprit dans une collectivité : en somme, des lectrices de Platon et des évangiles.

Les historiens considèrent que le parcours d'Hildegarde de Bingen, par son rayonnement et sa productivité artistique, est le début de la renaissance des arts et de la pensée en Allemagne. La « sibylle » du Rhin (13ème siècle) ne pouvait pas laisser insensible Margarethe Von Trotta. La réalisatrice allemande des Années de plomb (Lion d'Or à Venise en 1981) ne l'a pas ignorée.Elle en a fait un film Vision, From the life of Hildegard von Bingen sorti sur les écrans en Allemagne, il y a six mois, et, sans doute chez nous, mais de façon tellement confidentielle que personne ne s'en souvient. Avouons que la sobriété de la mise en scène ressemble plus à un documentaire sur Hildegard qu'à une fiction stylisée.

La sortie belge du DVD nous permet de le découvrir. Vision démarre au premier millénaire. Une époque où l'on croyait à la fin du monde avec comme dogme la jouissance dans la mortification de la chair, la flagellation du corps. Au second millénaire, nous avons hérité de la jouissance dans le spectacle du corps performant. Un autre semblant du corps. Entre les deux, il y a Hildegard von Bingen, une abbesse d'une intelligence subtile. Son mantra : « Il faut d'abord guérir l'âme et puis le corps suit » et la nature se retourne contre nous si on ne la respecte pas. Est-elle Grecque ? Non point, elle vient du fin fond de l'Allemagne, mais a l'audace de lire la Physis d'Aristote, et surtout d'être créative, à partir de révélations mystiques proches du monde des idées que souhaitait Platon. Elle adopte le pari Pascalien de l'intelligence. Ni plus, ni moins.

Hildegard comme précurseur du féminisme et de l'écologie ? Sans doute, mais pas seulement puisque Dante et Leonardo de Vinci se sont inspirés des écrits de ses « visions ».

Pas de bonus malheureusement.

Vision. From the life of Hildegard von Bingen de Margarethe von Trotta, édité par Home vidéo et distribué par Twin Pics.

Les variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, interprété non plus au piano par le fabuleux Glenn Gould (trois versions différentes en CD), mais par Gustav Leonard au clavecin. Un instrument ancien qu'utilisait Bach au XVIIIe siècle. Jordi Savall va magnifier les instruments du passé via la viole de gambe dans Tous les matins du monde (1980), film réalisé par Alain Corneau d'après le roman de Pascal Quignard. Un énorme succès, un buzz, comme l'on dit aujourd'hui, aussi bien en salles qu'en CD.

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