Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2005
 

Viva Laldjérie de Nadir Moknèche

Rares sont les films qui nous font entrer dans l’Histoire, qui nous font percevoir un moment clé de l’Histoire d’un pays et de ses habitants. Viva Laldjérie est de ceux-là. Avec ce film, Nadir Moknèche ne nous raconte pas uniquement l’histoire personnelle de quelques individus mais l’histoire d’un pays, d’une ville, en pleine mutation.
C’est une dissection dans un noeud ; un moment charnière de ce pays en quête de lui-même.
Nadir Moknèche est un homme amoureux d’Alger ; comme il l’avoue, ce film est le prétexte pour « filmer la ville, filmer ses habitants, ses architectures, le style Napoléon III, l’Algéroture, l’architecture socialiste, filmer cette ville en amphithéâtre, avec ses escaliers interminables. »
Que Biyouna, l’Algéroise par excellence, qui parle avec l’accent d’Alger et qui a son humour, soit une des protagonistes du film, n’est que justice. Nadir Moknèche est de ces artistes qui aiment montrer la vie dans l’image ; il ne pouvait imaginer montrer une ville sans ses habitants, mus par leurs quêtes, leurs doutes, leurs désirs.
Malgré toute la difficulté de filmer dans une ville où plus aucun tournage n’avait eu lieu depuis la décennie de la violence des années 1990, ou peut-être à cause de cette difficulté, ce film est un témoignage magique de la réalité, ni blanche ni noire, de femmes et d’hommes, de vieux et de jeunes en quête d’identité.

Le DVD Suppléments

Où l’on apprend le comment et le pourquoi des scènes, le décor, le travail de la scripte, etc. Mais surtout, l’entrevue avec l’historien Benjamin Sora. Cette entrevue est une leçon d’Histoire qui rend à Viva Laldjérie sa dimension de film phare.
L’historien, spécialisé sur la question Algérienne, qui est né et a vécu à Alger, parle de son émotion de retrouver cette ville dans le film de Nadir Moknèche, de la voir de l’intérieur avec ses habitants déambulant dans une ville, non pas écrasée par le soleil mais sous le ciel gris de l’hiver.
Ce film, d’après Benjamin Sora, marque une bascule, un moment charnière de l’histoire après la fin de la période de violence. L’Algérie n’est pas encore un pays démocratique mais est sorti des turbulences de violences dans lesquelles elle était plongée jusqu’il y a peu.
L’historien, qui a essayé de comprendre la structure de la société algéroise, voit en ce film l’expression d’une société qui a ses recherches, ses doutes et ses désirs et qui tend à se trouver une identité. Le passé de l’Algérie est profondément marqué par la violence, tant la violence des guerres, que celle du déracinement. Le pays a été violenté, la population a été arrachée à sa terre, l’exil et l’immigration ont été le fait de toute la population algérienne. Dans ces conditions, où l’errance est devenue mode de vie, l’être humain porte en lui le passé et sa nostalgie. La culture algéroise est une culture de l’exil.
L’entrevue de Benjamin Sora mérite à elle seule le double DVD de Viva Laldjérie. Mais, ne vous privez pas du plaisir de (re)voir le film ; Lubna Azabal vaut également la peine d’être vue et Biyouna entendue, sans oublier l’énigmatique Nadia Kaci, peut-être bientôt sur nos écrans dans Les Suspects, le film de Kamal Dehane.

Viva Laldjérie, double DVD, distribué par Boomerang Pictures.

commentaires propulsé par Disqus