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Vous n'avez encore rien vu d’Alain Resnais

Décidément toujours aventureux, le cinéma de Resnais n'en finit pas d'étonner et d'offrir des propositions inédites et généreuses. Présenté au dernier Festival de Cannes, Vous n'avez encore rien vu est une lettre d'amour, joyeuse et mélancolique, au cinéma et au théâtre où l'artifice, pleinement assumé, est zébré de réel. 

jaquette dvd Vous n'avez encore rien vu d'Alain ResnaisAdapté de deux pièces de Jean Anouilh, Eurydice et Cher Antoine ou l'amour raté, ce petit bijou inclassable débute par une série de coups de téléphone par laquelle les acteurs, jouant des acteurs ayant leur propre nom, apprennent le décès de leur ami, auteur dramatique. En guise de testament, celui-ci les convie dans sa dernière demeure, et les invite à juger, par écran interposé, les répétitions par une jeune compagnie théâtrale, d’Eurydice d’Anouilh qu'ils ont toutes et tous interprétée dans le passé. Commence alors un étrange dialogue et trialogue où ces comédiens-spectateurs reprennent les mots expirés de l'écran, la pièce les habitant, les hantant comme jadis.Le choix du mythe d'Orphée est bien entendu révélateur de cette mise en abyme où théâtre et cinéma, vie et mort, communiquent par écrans et portes, passages entre réalité et représentation.
Le décor, personnage central de l'œuvre, tout autant mausolée radieux que temple d'un temps révolu, fait l'objet d'un bonus passionnant où Jacques Saulnier, décorateur, explique avec une simplicité, voire une belle naïveté (« On explique pas toujours pourquoi telle ou telle forme, telle ou telle nuance »), la conception des différentes pièces, du choix du rouge Roch, vibrant, suivant les désirs du réalisateur, aux décors annexes évoquant tantôt les gares fantastiques de Delvaux, tantôt les atmosphères des films noirs de Duvivier.

Dans une longue interview réalisée par Michel Ciment, Resnais revient sur la genèse du film, démontant la machinerie du cinéma, à la fois industrie, où l'on doit « booker » les comédiens plusieurs mois à l'avance, et artisanat pur où les problèmes financiers poussent à toujours plus d'inventivité. La parole de Resnais a ceci d'exceptionnel qu'elle est toujours portée vers une optique de travail, de pratique où les questions théoriques, jamais prétentieuses, sont toujours intimement liées à une pratique concrète.
À côté de ces deux morceaux, l'entretien avec Hippolyte Girardot, terrifiant en personnage de mac impresario, paraît un peu consensuel, abondant sur le talent du maître, aujourd'hui vieux sage du cinéma français. Peu importe, en effet, l'âge de Resnais, argument jeuniste d'une critique qui n'en revient toujours pas qu'il ne soit pas encore en maison de retraite, sa maîtrise de la mise en scène est toujours ludique et précise, de quoi donner, de fait, une leçon, l'air de rien dont on ne connaît pas la chanson, à certains « jeunes » cinéastes frimeurs qui n'ont de fait « encore rien vu ». 

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