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Wadjda de Haifaa Al Mansour

Fille de poète, Haifaa Al Mansour peut se targuer d’être l’unique réalisatrice saoudienne. Elle étudie la littérature au Caire et réalise trois courts métrages : Who ?, The Bitter Journey et The Only Way Out ainsi que Women without shadows en 2005, un documentaire sur des femmes progressistes qui lui a valu des menaces de mort. Après avoir étudié le cinéma à Sydney, elle se lance dans la réalisation de Wadjda, premier long métrage saoudien, entièrement tourné à Riyad. Wadjda est une fillette de 12 ans qui affiche son non-conformisme dès le premier plan du film. Au milieu de petits souliers noirs bien cirés, bien alignés, surgit une paire de baskets…

jaquette dvd wadjdaSur le chemin de l’école, Wadjda se fait voler son voile par un gamin à vélo, Abdullah, neveu d’un éminent homme politique. Elle n’a plus qu’une idée en tête : s’acheter son propre vélo pour battre Abdullah à la course. Sauf que Wadjda n’a pas d’argent et qu’en Arabie saoudite, les petites filles ne roulent pas à vélo. Détails insignifiants pour cette véritable tête brûlée. Pour parvenir à ses fins, elle bafoue les règles établies en se lançant dans le commerce clandestin de bracelets au sein de son école coranique, en s’inscrivant à un concours psalmodique de textes sacrés dans le but de gagner le grand prix. La liberté se paie dans ce monde où le conservatisme règne en maître absolu.

Avec Wadjda, Haifaa Al Mansour s’immisce intimement au cœur de la société saoudienne, cette société qui se trouve souvent à mille lieues de nos réalités occidentales. Difficile de s’identifier à ces femmes, êtres fantomatiques qui ne se dévoilent jamais. Le personnage de la mère, incarné par l’actrice Reem Abdullah, représente l’archétype de la femme saoudienne. Recluse à la maison, bafouée par son mari qui s’affaire à trouver une autre épouse qui pourra lui donner le fils qu’il n’a jamais eu. Elle attend. Désespérément. Triste beauté bafouée qui provoque chez le spectateur un profond sentiment d’injustice.

Même si les apparitions des hommes sont épisodiques, ils sont omniprésents, vénérés et adulés par ces femmes évoluant dans cette société où la soumission est de mise. Ils trônent dans les foyers à travers des portraits démesurément caricaturaux, voire ridicules. Ils s’occupent de leurs affaires politiques sans se préoccuper de leurs épouses serviles, et en deviennent détestables.

L’intelligence du film réside dans sa simplicité et dans son honnêteté. L’idée n’étant pas de se lancer dans une entreprise stylistique, Haifaa Al Mansour fait preuve d’objectivité dans la manière de traiter son propos. Le film est criant de réalisme et cela n’est pas sans compter le naturel de la jeune protagoniste. La réalisatrice n’hésite pas à citer ses références parmi lesquelles se trouve la Rosetta des frères Dardenne. Ce personnage féminin marginalisé qui mène son combat en gardant toujours la tête haute. Comme Wadjda. Haifaa Al Mansour cite également le film Hors-Jeu de l’iranien Jafar Panahi. En parlant du cinéma iranien, la petite Wadjda partage certains traits avec la petite Marjane Satrapi dans Persepolis. Même si le support est différent, on retrouve les mêmes insubordinations des deux fillettes face à un régime qu’elles ne veulent pas accepter, deux récits initiatiques racontés de manière objective et didactique.

Dans cette société patriarcale qui semble repliée sur elle-même, Haifaa Al Mansour parvient à insérer une touche d’espoir à travers les deux héros : Wadjda et son ami Abdullah. Deux jeunes qui transgressent les règles établies qu’ils ne comprennent tout simplement pas. Affranchis, empreints de vrais sentiments, ils sont les représentants d’une société plus libre où hommes et femmes peuvent se parler, où hommes et femmes ont les mêmes droits, même celui de rouler à vélo…
ATTENTION : CONCOURS

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