Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/03/2001
Mots-clés : tournage, rencontre,
 

Wallimage

Wallimage
La création de Wallimage, annoncée le 16 février à Mons lors d'une conférence de presse qui regroupait autour d'une même table Olivier Vanderijst, son président, Philippe Reynaert, son directeur, Serge Kubla, ministre wallon de l'Industrie, Elio Di Rupo, bourgmestre de Mons et Richard Miller, ministre de l'Audiovisuel de la Communauté française, a fait grand bruit, à juste titre. Pour la première fois, un fonds régional consacré à l'audiovisuel voyait le jour en Wallonie alors qu'ils existent presque partout en Europe et même - chose que peu de gens savent - aux États-Unis. 
Wallimage est doté d'un collège cinéma consultatif comprenant Jean-Pierre Dardenne, Benoît Mariage, Jean-Jacques Andrien, Hubert Toint, Patrick Quinet et Robert Reuchamps. Les lecteurs de notre webzine en avait eu la primeur en lisant l'entretien d'Henry Ingberg, secrétaire général de la Communauté française et directeur du Centre du cinéma et de l'audiovisuel. Désormais, le fonds est en place. Les producteurs peuvent envoyer leurs premiers dossiers qui seront examinés à la fin de ce mois. Il va de soi que le fonds Wallimage est une aide économique tandis que le fonds du Centre du cinéma et de l'audiovisuel de la Communauté française est un fonds culturel.
L'adjonction des deux n'est pas incompatible. Un producteur peut faire appel, pour un même film, aux deux fonds. Pour en savoir plus, nous avons interrogé Philippe Reynaert, directeur de Wallimage.

Entretien

Cinergie : S'agit-il d'un fonds régional, à l'instar de ce qui existe en France où les producteurs bénéficient de subventions pour autant qu'ils tournent dans la région concernée, ce qui permet d'offrir une image de marque à la région voire de la faire découvrir ?
Philippe Reynaert : Non. Ce n'est pas comparable aux fonds régionaux français. J'ai fait le tour de tous les fonds régionaux européens et, en réalité, il y a une rupture entre le Sud et le Nord de l'Europe. Dans le Sud, les fonds régionaux fonctionnent par subventions et trouvent leurs crédits budgétaires qui pourraient relever du tourisme. Curieusement, ce mode de fonctionnement est calqué sur les fonds régionaux américains. À Boston, la responsable du tourisme expliquait à l'un de nos administrateurs qu'ils ont arrêté depuis dix ans d'investir de l'argent dans les brochures administratives pour investir dans le cinéma. Parce que chaque fois qu'un film se tourne à Boston, ça génère des visites de la ville. Les gens veulent voir l'endroit qui figure dans le film qu'ils ont vu. Les Italiens et les Français fonctionnent un peu comme ça. Nous, on fonctionne davantage sur le modèle nord-européen qui est brillamment illustré par les Allemands, chez qui ce sont des incitants financiers qui sont mis en place, incitants dont on espère un effet régional - tant mieux si les sites locaux sont mis en valeur - mais dont on recherche surtout un effet structurant sur l'audiovisuel dans la région. C'est une démarche très différente. L'aspect régional, au sens touristique, est quelque chose qu'on ressentira comme un plus, comme un bonus qu'on sera content d'avoir, mais il n'est pas la clé de la démarche. L'originalité du fonds Wallimage consiste à essayer de sortir un peu de la logique d'aider une œuvre avec pour finalité que celle-ci existe et puis de reprendre tout à zéro pour aider l'œuvre suivante. Notre idée est de laisser des traces structurelles. On sera d'autant plus enclin à aider un projet s'il permet à une société de production, via une société de services, de se structurer, voire de créer de l'emploi. On est clairement dans une démarche économique conçue par la Région wallonne. Au-delà, on espère que ça va soutenir l'expression culturelle en Wallonie. Mais je dirais que c'est un effet induit, notre véritable vocation étant de travailler sur les infrastructures de production. La SRIW n'a pas pour vocation de favoriser l'expression culturelle. C'est le rôle de la Communauté française.

 C. : Le projet a donc deux volets : aider des films à se réaliser et des sociétés de service à se développer ?
Ph.R. : Oui et c'est important. Il y a vraiment deux lignes. Il y a une ligne d'investissement dans les œuvres et une ligne d'investissement dans les sociétés. La clé qui doit les faire fonctionner contient ce coefficient multiplicateur qui fait que si Wallimage donne un euro dans la coproduction d'une œuvre, il attend du producteur qu'il en dépense un et demi en région wallonne. C'est ça le moteur de l'édifice. Donc, on crée la demande.
Pour des raisons commerciales, les sociétés de service se sont créées à Bruxelles pour couvrir les deux régions. Du coup, les producteurs se sont regroupés à Bruxelles pour être près des outils de production. C'est d'une logique imparable. C'est une sorte de cercle vicieux que nous essayons de contrer par un cercle vertueux . C'est là qu'intervient la seconde ligne. Wallimage va investir dans des sociétés de service en récupérant de la main gauche ce qu'elle donne de la main droite. Si l'on veut être attentif à cette construction en deux lignes, on comprend que ce que nous essayons de faire, c'est d'induire un marché et, à la fois, l'offre et la demande. C'est ce qui a séduit la SRIW et les différents partenaires financiers qu'on va essayer de s'adjoindre dans les mois qui viennent.

C. : Vous rencontrez l'une des revendications essentielles des producteurs qui en ont assez d'être minorisés dans le montage financier par des coproducteurs majoritaires qui disposent des droits de vente du film à l'étranger ?
Ph.R. : Exact. En créant le fonds Wallimage, on renforce la part du producteur wallon dans le montage des coproductions. Au lieu d'avoir 20% de propriété d'un film qu'il a initié, il peut se trouver avec 40%. Donc avec un poids et une crédibilité accrus dans les discussions avec les coproducteurs étrangers pour imposer des techniciens, des acteurs, etc. 

C. : Certains producteurs nous ont confié que si le fonds restait un "one shot", les producteurs risquaient de revenir à Bruxelles dans quatre ans. Pensez-vous que ce sont des mauvaises langues (rires) ?
Ph.R. 
: Je réponds que les mauvaises langues ont raison. La dotation de la Région wallonne est spectaculaire puisqu'elle s'engage pour plus de cent millions - puisqu'en réalité c'est quatre tirage de cent millions. Un par an. C'est fantastique pour une région qui jusqu'ici n'avait jamais misé sur l'audiovisuel. D'un autre côté, effectivement, quand on sait que le Pacte des loups a coûté un milliard deux cent millions ou, pour rester en Communauté française, Le roi danse huit cent millions, on est en dessous du seuil minimal qu'on devrait avoir pour peser vraiment. Maintenant, pour nuancer le propos, il n'est pas question que Wallimage finance un film à cent pour cent. La Communauté française a agi pendant trente ans avec des montants comparables et met aujourd'hui quinze millions dans un film, voire vingt millions le cas échéant. Donc, nous restons un partenaire minoritaire. Ce qui est très positif pour la profession est que les projets qui pourront additionner la Région et la Communauté disposeront d'une solide base dans leur recherche de partenariats étrangers.

C. : Certes. Mais le "one shot" n'est-il pas le talon d'Achille du projet ?
Ph.R. : C'est le talon d'Achille. En réalité, il y en a deux : il y a les montants à investir et le fait qu'a priori la décision prise par la Région wallonne porte sur quatre ans. Cela étant, je ne suis pas du tout pessimiste. La volonté explicite du ministre de tutelle Serge Kubla et, globalement, du gouvernement de la Région wallonne est d'inscrire Wallimage dans la durée. Tout a été fait en ce sens, y compris le fait d'en faire une société anonyme. Si l'idée consistait à n'avoir qu'un incitant, j'aurais pu rester logé à l'intérieur d'un ministère, comme Promimages qui est l'action d'un département du ministère des Affaires économiques wallon. Ici, la Région s'est donnée la peine de créer une S.A. qui est ouverte, le cas échéant à d'autres actionnaires.

 C. : Est-ce à dire que vous envisagez que des actionnaires privés puissent s'adjoindre à Wallimage ?
Ph.R. : La possibilité existe. Ils peuvent s'adjoindre, plus exactement, - c'est important de le signaler -, à la filiale de Wallimage, qui s'appelle Sowalim (Société wallonne de l'image) et qui est notre société financière. Cela permet de séparer complètement les frais de gestion de Wallimage des 400 millions accordés par la SRIW. En fait, Wallimage a une mission de délégué qui consiste à conseiller la Sowalim dans ses investissements. Pour mener à bien cette mission, Wallimage reçoit une subvention de la Région wallonne. Cela veut dire que les 400 millions sont complètement disponibles pour les investissements dans l'audiovisuel.
En plus - et ça, tout le monde l'aura noté -, il y a une volonté de ne pas engager de dépenses somptuaires. Dans la gestion de Wallimage, il y a deux personnes : le directeur et la coordinatrice et, évidemment, des experts extérieurs que je fais engager pour l'évaluation des dossiers mais qui ne sont pas des membres du personnel. Bref, tout ce mécanisme n'est pas mis en place pour être fermé dans trois ans. Au contraire, c'est une construction qui a été conçue pour assurer la pérennité de ce fonds régional.
On a trois ou quatre ans devant nous pour prouver que ça marche. Nous voulons obtenir ce qu'on appelle un effet boule de neige. Parce qu'une fois qu'une société de service s'installe en Wallonie, il y a une loi économique qui fait qu'elle se cherche des clients, donc on peut envisager, à ce moment-là, de dégager des montants supérieurs et de plusieurs manières. J'ai déjà commencé à travailler à ça en impliquant les sociétés d'investissements régionaux, parce qu'on parle bien de création d'emplois et d'activité économique. Je dois dire qu'alors qu'on a à peine commencé d'exister, j'ai reçu un accueil très favorable aux investissements régionaux. Mieux que ça, j'ai des banques qui viennent voir comment elles pourraient entrer d'une manière ou d'une autre dans le projet qu'on soutient. Moi-même - et mon expérience de publicitaire va beaucoup m'aider -, je vais prendre mon bâton de pèlerin pour aller voir des privés. Pour savoir s'ils sont prêts à sortir de leur frilosité face à l'audiovisuel.

C. : Et le tax-shelter ? Va-t-il demeurer le monstre du Loch Ness, celui dont on entend parler et qu'on ne voit jamais ?
Ph. R. : L'arrivée du tax-shelter, si le dossier arrive à se décoincer, change tout. Avec le tax-shelter, on ne peut plus parler de la même chose. Je dirais qu'avec Wallimage, on fait décoller la fusée et qu'avec le tax-shelter, on a le carburant. Et là, on peut aller loin.

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