Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2001
Mots-clés : court métrage, rencontre,
 

William Henne

Pantalon et veston sombre, pull en laine à col roulé bleu marine, un visage dont le regard curieux est accentué par des lunettes ovales, tel nous apparaît William Henne après l'ascension, à bride abattue, des quatre étages qui mènent à notre espace pour allumés de cinéma belge. Sobre. Rien à voir avec le Barbe-Bleue, un pinceau entre les dents, que vous pourriez imaginer et dont le talent consisterait à vampiriser votre image pour son plus grand divertissement. Point. Sage comme une image. Après les présentations d'usage, on se branche sur son site (dont nous vous recommandons la visite : http://go.to/zorobabel) pour prendre connaissance des dernières mises à jour. Rituelle tasse de café avec lait concentré. Né à Ixelles, le jeune William a cinq ou six ans lorsqu'il fréquente assidûment l'Ambassador, cette salle située près de la Bourse, à Bruxelles, qui ne diffusait que les films de Disney. "Il s'attache autant à l'intrigue qu'aux personnages ", nous avoue-t-il le regard lointain, tel un rêveur au bord de la mer. Mais l'un de ses premiers enthousiasmes naît à la lecture hebdomadaire de Tintin, Spirou et Pif. Du coup, le jeune Wiliam se met à gribouiller partout et compose sa première bande dessinée à l'âge de huit ans. À douze ans, il fréquente le Festival du dessin animé qui en est à sa seconde édition et où il découvre fasciné un monde d'images animées qui n'a rien à voir avec Disney " J'allais tout voir, sans distinction, nous confie-t-il, j'avais un abonnement. Aujourd'hui encore, je vais tout voir. Cela étant je vais voir autant de films en salles. L'un des films qui m'a le plus marqué est Je t'aime, je t'aime d'Alain Resnais. Les dialogues sont savoureux, l'histoire se passe à Bruxelles et c'est à la fois un film de science-fiction ayant une intrigue policière et une histoire d'amour. " Après des études gréco-latines, il entre à Saint-Luc dans la section bande dessinée animée par Marc Sevrin et Pierre Pourbaix. " J'obtiens un diplôme d'aptitude pédagogique qui m'offre des perspectives plus réalistes. J'ai envoyé mon curriculum vitae dans diverses académies mais ça n'a pas abouti. J'ai envoyé des dossiers avec mes dessins un peu partout mais je suis resté assez longtemps au chômage, tout en continuant à m'intéresser à l'animation. Ce n'est qu'en 1994 que je franchis le pas en créant l'Atelier Zorobabel avec Delphine Renard qui a fait des études à l'ERG et s'est donc frottée à diverses pratiques artistiques jusqu'à ce qu'elle se concentre sur le cinéma d'animation. A ce moment-là, l'ERG collaborait avec Graphoui pour ce qui est de la partie animation.
Donc quand je commence l'animation, poursuit-il en tapotant le flanc blanc de sa tasse de café non pas avec la cuiller en plastique qui est à côté mais avec le pouce et d' un mouvement saccadé des sourcils comme le duck (Donald pas John Wayne dont le surnom s'orthographiait duke même si la pronociation est semblable), je ne connais rien d'autre que ce que j'ai vu chaque année au Festival du dessin animé, je vais donc devoir tout apprendre sur le tas et me rendre compte que l'animation c'est 80% de technique : tournage, éclairage, prise de vues, prise de son, montage, montage-son. Chacune de ces techniques étant un métier à part entière. On est vraiment passé par plusieurs générations de techniques différentes. Depuis 1996, on travaille en numérique. Là encore, de nouvelles générations de logiciels arrivent continuellement sur le marché. Le projet de l'Atelier est de réaliser des courts métrages d'animation mais il fallait qu'il fonctionne rapidement, dans un premier temps. Et assez naturellement, on a commencé par créer un atelier pour enfants et on s'y est retrouvé. Dans un premier temps d'ailleurs, l'Atelier se suffisait à lui-même. Il payait loyer et matériel. C'est bien plus tard qu'on a commencé à imaginer de mettre sur pied des courts métrages. Ce qui a lancé les choses - grâce à un subside de l'Union européenne. Nous avons démarré plusieurs courts métrages. J'ai terminé le premier : Tout jeune garçon, j'étais apprenti boucher et mon patron c'était le président du club de boxe, un film de 7' qui est proche de la peinture animée sur cello, avec un rendu très gestuel.
L'Atelier n'a pas d'inscription payante. C'est gratuit et les participants sont considérés comme un collectif d'auteurs qui essaie de réaliser un film d'auteur. Donc ils se trouvent dans un entre-deux qui mélange contexte de formation et cinéma d'auteur. Cette formule a permis assez rapidement au projet de Barbe Bleue de devenir ambitieux. Conséquence : il y a un certain perfectionnisme qui s'impose. Le premier film produit par l'Atelier a été terminé en 1997. Une des choses que nous sommes assez contents d'avoir réalisé est le mélange des populations et des âges. On a produit une cinquantaine de films. On a essayé de les diffuser - ce qui est loin d'être simple - dans de petits festivals, des fêtes de quartier, et, depuis 1996, dans le cadre de la sélection belge du Festival du dessin animé, parce qu'un bon tiers de ces films dépasse l'expérience pédagogique et peut susciter l'intérêt d'un public qui les reçoit comme de vrais films. Sans compter que le fait que les films soient vus apporte une certaine reconnaissance aux enfants et leur permet d'avoir un peu plus confiance en eux.
Les ateliers d'initiation vont continuer parce qu'on aime le faire et que c'est un autre rapport à l'animation que les films d'auteur que nous allons continuer à développer par ailleurs (nous en avons sept à notre catalogue). Il y a un court qui a été mis en chantier par ma collègue Delphine Renard et à partir du 17 mars il y a nouveau un projet collectif, comme Barbe Bleue, qui commence mais qui sera différent. Ce sera avec des volumes parce que c'est la formule qui se prête le mieux au projet collectif. Sinon, on se retrouve très vite dans une logique plus industrielle où il faut faire des dessins les uns à la suite des autres. Tandis que dans un film en volume, jusqu'au bout, l'invention peut intervenir dans les éclairages et la mise en scène. Comme c'est une équipe qui évolue au fil du temps, au fil du projet, la volonté est que tout le monde puisse s'y retrouver avec un rôle créatif.
J'ai un projet personnel, affiche-t-il d'un oeil pétillant (il mixe les images), mais il est remisé dans un tiroir, jusqu'à ce que je puisse avoir le temps de m'y consacrer. Mais je continue la B.D. J'ai des courts récits publiés dans Frigobox, un collectif de Comix 2000. Pour le moment, je fais partie d'une petite structure d'édition qui s'appelle La cinquième couche et qui publie de petits albums. Je viens d'y publier la Poursuite. C'est une manière de diversifier la B.D. On sort des sentiers battus. "
Barbe Bleue, rappelons-le, a obtenu le Prix Cinergie au Festival du dessin animé.

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