Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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février 2007
13/02/2007
 

Xavier Diskeuve à propos de son expérience clermontoise

Cinergie : Révolution et La Chanson-Chanson figurent dans deux programmes du panorama belge. Comment se passe la rencontre avec le public de Clermont-Ferrand ?

Xavier Diskeuve : Quasiment tous les jours, il y a eu une projection des deux films. Je suis allé dans presque toutes les salles et, à chaque fois, c’était plein, parfois même archi-plein ! C’est assez impressionnant, le monde et le professionnalisme des spectateurs là-bas. En plus, les gens sont très ponctuels : 200 personnes attendent sur le trottoir et tu te dis : « ce n’est pas possible que ce soit pour ma séance !». Mais si. Avec Micha [Wald], j’ai présenté une séance, mais globalement, j’ai toujours été seul à présenter mes films. Ici, ce n’est pas très institutionnalisé d’interviewer le réalisateur au début. Ils me disaient : « on va te présenter », annonçaient qu’ils avaient un réalisateur [dans la salle] et s’en allaient en me donnant la parole : ils me laissaient tout seul pour une sorte de stand-up, un sketch (rires) ! Parfois, d’une séance à l’autre, je disais : « voilà, j’ai fait Révolution après La Chanson-Chanson» et tu entendais des « oh ! ». Ça, c’est chouette : plus la semaine avançait, plus ça résonnait d’un film à l’autre. Ça permettait de sentir un public très motivé, très attentif au parcours entre les séances.

Photo de Xavier Diskeuve

C : Tes films sont déjà passés à plusieurs reprises sur grand écran sauf ici. Sens-tu qu’il y a, dans ce festival-ci, une sorte de culture du court ?

X.D. : Oui. En plus, c’est un public qui est complètement mixte : des vieux, des jeunes, … On dit souvent que c’est un public de jeunes mais il y a aussi des mamies, des bourgeois… Il y a de tout, et tu te dis que c’est un public qui va à l’église avant (rires)! Et puis, c’est étonnant qu’ils aillent voir des courts à n’importe quelle heure de la journée en semaine. Je ne sais pas comment ils sont arrivés à souder leur public comme ça.

J’ai même dit [aux spectateurs] : « je me demandais si vous n’aviez pas un incident fiscal à acheter des tickets de cinéma (rires)! »

C : La rétrospective a cartonné alors ?

X.D. : Je ne sais pas ce que les gens connaissaient des films belges mais, d’après un des responsables de l’une des salles, le panorama belge a « boosté » les entrées globales du festival. Il disait que ce panorama avait tenu la vedette, que ça avait ajouté un plus au festival et qu’il a vraiment fait jeu égal avec les autres programmes vedettes, plus traditionnels (compétition internationale/française) du festival. C’est un panorama qui a emballé les gens, qui les a intéressés. Ça prouve l’intérêt en France pour les films belges. Et on entend toujours qu’il y a un charme décalé dans nos films alors qu’il y a quand même de tout dans les productions belges : du tragique, du comique, de l’animation (y compris parfois proche de celle des films japonais), …

C : Qu’est-ce qui peut expliquer cet intérêt pour les regards belges ?

X.D. : Peut-être qu’il y a une lassitude et une saturation des Français à se voir dans leurs propres productions. Ici, l’effet « exotique » joue tout en étant suffisamment proche culturellement. On dirait qu’ils ont l’impression qu’on éclaire mieux les choses qu’ils vivent par le regard belge, le rapport au langage différent ou à l’image (Wallimage, ha ha ha). (…) Quand les gens voient Muno ou Alice et moi, ils voient quelque chose qui les interpelle. Il n’y a pas ce côté franco-français ; ça les change et en même temps, c’est très proche et très accessible culturellement et linguistiquement. C’est peut être sans doute ça qui fait le charme et l’alchimie. En même temps, je ne crois pas que les gens distinguent Tanghi Argentini de Révolution. Pour eux, ce sont deux films belges, point.

C : Même si tu es présent sur ce festival, même si tes films sont projetés en salle, je voudrais bien savoir pourquoi tu as décidé d’être ton propre attaché de presse en portant un t-shirt [aux couleurs de Révolution]?!  Tu sais que tu es trop repérable, là!

X.D. : C’est à ça que j’ai pensé ! A Clermont, il y a un marché, plein d’acheteurs, plein de programmateurs, de spectateurs aussi. Je me suis demandé : « comment se faire des contacts ? » Je n’étais pas motivé à faire des affiches, des cartes postales ou encore des cartes de visite. Alors, je me suis dit : « faisons un t-shirt ». Donc, j’en ai fait cinq, un pour chaque jour ! Le mec qui arrive en t-shirt « Révolution », c’était rigolo et ça a permis de créer tout de suite le contact. Donc, c’était élémentaire mais ça a fonctionné. (…) Ce qui est drôle, c’est que justement, dans le court, on n’a pas énormément de marketing.

C : Il paraît que tu es en train d’écrire ton premier long ?

X.D. : Oui, j’essaie. J’ai remis un dossier pour l’aide à l’écriture. Ça s’appellera Le Stagiaire, ce sera l’histoire d’un jeune avocat, un stagiaire donc. Au casting, il y aura Nicolas Buysse et François Maniquet parce que je trouve vraiment qu’il faut leur donner une chance dans un long métrage, après tout ce qu’ils ont fait dans les courts. Alors, ce ne sera peut-être pas simple de financer un film sur leurs deux noms, (ils ont le talent mais pas encore de valeur marchande) mais je pense que ça vaut vraiment la peine d’essayer de les imposer. Et puis, ils ont progressé.

C : Et l’étape intermédiaire, c’est l’édition de tes courts métrages en DVD : la fameuse trilogie Diskeuve.

X.D. : Après Kieslowski, c’est « Bleu-Blanc-Prout » (rires)! Donc, oui, Come and See va éditer les trois films, ce qui va former une sorte de fausse trilogie. Ce sera surtout axé sur Révolution, vu que les deux autres ont déjà été diffusés, et il y aura des bonus. C’est pour avril, je crois.


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