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Juillet 2013

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Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow

Zero morality

jaquette dvd zero dark thirty

Après le succès planétaire de Démineurs qui lui avait permis de devenir la première réalisatrice oscarisée par Hollywood, Kathryn Bigelow plonge au cœur de la traque d’Oussama Ben Laden, jusqu’à son assassinat, au Pakistan, par un commando d’élite américain, en mai 2011. Presque exclusivement accrochée au point de vue de son héroïne principale, tête dure de la CIA qui, à force de conviction et d’entêtement, finira par débusquer le Grand méchant loup, Bigelow en oublie une distance critique qui la conduit à l’échec moral. La torture est certes révélée au grand jour (dans la scène d’ouverture, Jessica Chastain retire sa cagoule), mais n’en est que plus justifiée, accessoire comme un autre dans cette grande guerre des nerfs et des idéologies. De plus, aucun contre-champ ne vient mettre à l’épreuve ce point de vue quasi-hagiographique de l’entreprise américaine : les ennemis sont présentés comme fantomatiques et insaisissables, des visages interchangeables (les frères terroristes comme des clones de SF) et surtout inhumains tandis que les Pakistanais ne constituent qu’un décor incertain, un arrière-plan au mieux inexistant, au pire dangereux (les manifestations anti-USA). Cette confiance absolue dans son pays, la réalisatrice la renforce par une mise en scène exemplaire, assez resserrée autour de ses personnages, avec beaucoup de plans rapprochés (le plan large est le plan de l’ennemi : une voiture au loin, l’explosion de la base, les voisins de Ben Laden) captant les émotions à sens unique. La grande séquence de l’assaut de la tanière du monstre marque toute l’ambiguïté du projet : absolument incroyable au niveau de sa maîtrise technique, alternance entre les plans « aveugles » avec ceux, « verts » des lunettes de nuit des soldats, mixage sonore éblouissant, montage angoissant et prenant, l’ensemble au service d’une seule volonté : renvoyer définitivement l’incarnation du Mal absolu dans l’inhumanité (on ne verra jamais le visage du cadavre), pour se rassurer, peut-être, sur sa propre humanité.

Hélas, les bonus viennent confirmer cette impression, accumulant les traditionnels documents promotionnels.

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