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La SACD et l'Union des Artistes continuent la mobilisation pour l'emploi artistique dans les arts de la scène

Publié le 08/02/2018 / Catégorie: Brève

Après un manifeste signé par plus de 4000 artistes et créateurs en décembre, un séminaire a été tenu pour obtenir un redressement de l'emploi artistique.

Artistes au centre ou marginalisé.e.s ?

Études universitaires, constats des professionnels, analyses politiques convergent pour acter la dégradation continue de l’emploi artistique ces dernières années.

Tous les débats menés depuis trois ans ont permis de montrer à quel point les artistes avaient été marginalisés dans les orientations précédentes, jusqu’à devenir les principales victimes des restrictions budgétaires et du manque de considération de la part des institutions.

C’est pourquoi, avec le slogan partagé « remettre l’artiste au centre », le monde politique en général a fait du soutien aux artistes l’enjeu premier de la réforme du subventionnement des arts de la scène, avec le décret mais aussi le refinancement de plus de 10 millions d’euros.

Ainsi, l’engagement politique personnel de la Ministre Greoli aura été précis lors du débat précédant l’adoption de son projet de décret, « l’objectif principal est d’accroître l’investissement dans la part et l’emploi artistique des opérateurs ainsi que de protéger directement les artistes et d’apporter des garanties quant à leur statut ».

Un engagement maintes fois répété depuis, y compris au moment d’annoncer ses décisions de subvention, sur base des dossiers remis.

 

Bouger les lignes ou gestion notariale ?

Mais en pratique, l’établissement des contrats-programmes, chantier gigantesque pour un cabinet en période électorale, risque de passer totalement à côté de l’objectif, et de figer une situation catastrophique pour 5 ans au moins.

La Ministre Greoli a indiqué vouloir se contenter de reprendre dans les accords à passer avec les institutions, sans autre discussion, le taux d’emploi artistique (adapté à la subvention finalement obtenue) tel que mentionné dans les formulaires de demande de subvention.
Quel que soit le niveau proposé, la proposition de l’opérateur serait ainsi avalisée et figée !
Que les taux varie de 11 % à plus de 50 % ne semble pas soulever d’interrogation, ni surtout de volonté de négocier comme cela avait été annoncé. C’est que souvent plus l’enveloppe de subside est importante… moins le taux d’emploi artistique est élevé !

De progression il n’est plus question.
De politique transversale visant à accroître la part des moyens en faveur des créatrices et créateurs, des artistes en général, il n’est plus question.
De soutiens aux synergies pour faire évoluer la situation, il n’est plus question.

L’opération générale de revalorisation de la part artistique se muerait en micro-gestion notariale sans orientation politique lisible.

Qui en effet a sérieusement analysépour la Ministre les propositions faites en cette matière par les opérateurs ?
Pas les instances d’avis comme cela ressort à l’évidence des avis transmis.
Pas plus l’administration, largement indifférente à la situation concrète des artistes depuis deux décennies.
Le cabinet lui-même ? Rien ne semble l’indiquer puisque certains bénéficiaires de refinancement importants affichent toujours des taux d’emplois artistiques des plus modestes, voire d’avis négatifs sur le sujet…

La piste de travail de la Ministre Gréoli serait donc celle de l’abandon de l’ambition et du déni de tous les engagements énoncés ?
Cela l’engage personnellement mais aussi la majorité PS-CDH dans son ensemble qui ne pourra dissimuler sa responsabilité globale au moment d’établir le bilan de la législature.

Mais il n’est pas trop tard. L’ensemble du monde politique peut encore éviter l’immense déception, et la colère légitime, que susciterait chez les d’artistes la conclusion de contrats-programmes édulcorés en matière de croissance (de redressement) de l’emploi artistique.

 

Un séminaire pour tenir l’objectif

Fortes de cette conviction de pouvoir contribuer à éviter une telle situation en faisant entendre la voix de leurs milliers de membres, la SACD et l’Union des Artistes ont organisé le 5 février à la Bellone un séminaire sur l’emploi artistique.

Pour en discuter, sous l’animation de la Directrice de la Bellone, Mylène Lauzon, les deux organisations professionnelles ont notamment donné la priorité à la parole des artistes comme Bernard Breuse, Virginie Strub, Céline Estenne, Pierre Dherte, Inès Rabadán.
Leurs témoignages dignes, graves et courageux ont marqué l’auditoire tout au long de l’après-midi.

Trois analyses d'experts ont alimenté les débats :

- Les chiffres sont accablants : l’emploi artistique est en diminution malgré la croissance de l’emploi dans le secteur, les artistes ont de moins en moins de probabilité de trouver du travail, et d’atteindre les seuils nécessaires pour obtenir une protection sociale (Étude de Jean-Gilles Lowies*)
- La lecture des débats parlementaires atteste que le Décret a été adopté sur l’engagement politique de la Ministre de faire croître l’emploi artistique, par des dispositions claires précises à insérer et négocier dans les contrats-programmes (Analyse de Me Englebert*)
- Les dossiers de demande de subsides, et les décisions qui en découlent, ne permettent pas comprendre en quoi l’emploi artistique aurait été un des critères principal d’attribution des aides, ils ne présentent aucune donnée de nature à garantir un redressement et une croissance de l’emploi artistique (Étude de Frédéric Young)

* Les témoignages et études présentées sont mis en ligne, avec d’autres documents de référence, sur le site de la SACD. Suivront une captation audio et une synthèse des interventions.

De nombreux artistes, opérateurs culturels (Aires Libres, Compagnie Astragale- Michèle Anne de Mey, Atelier Théâtre Jean Vilar, Audience Factory, Culture Meet-Up, Magic Land Théâtre, Maison Ephémère, Maison de la Marionnette, Théâtre des Martyrs, No Culture, Théâtre Le Public, Habemus Papam, Quartier Théâtre, Théâtre de la Vie, Compagnie Zoo – Thomas Hauert…) et représentants syndicaux ou politiques– Philippe Schoonbrood (FGTB), Christos Doulkeridis et Muriel Gerkens (Ecolo), Hamza Fassi-Fihri (CDH), Caroline Persoons (Défi) et Kenza Yacoubi (PS) ont répondu à l'appel, et nous les en remercions.
Les représentants d’Ecolo et Défi principalement sont intervenus pour soutenir le combat des artistes, et formuler des propositions d’action au Parlement.

 

Les propositions que nous soumettons à la Ministre Alda Greoli

Les conclusions du séminaire sont claires : les créatrices, créateurs et artistes n’entendent pas se laisser marginaliser pour 5 ans de plus.
Elles et ils exigent :

1) Que soit établi par décret le cadastre de l’emploi artistique, promis depuis 10 ans jamais réalisé, pour pouvoir vérifier la progression promise ;

2) Que soit fixée à 30 % minimum des budgets la part minimale des dépenses d’emplois artistiques réservés aux créateurs, créatrices et artistes-interprètes (hors technicien.ne.s) dans les Contrats-Programmes ;

3) Que soit fixé un minimum de 10 % puis 15 % de l’emploi global d’emplois artistiques permanents réservés aux créateurs, créatrices et artistes-interprètes (hors technicien.ne.s) pour les contrats-programmes de plus de 300.000 euros ;

4) Que soit négocié un objectif sectoriel de 45 à 50 % de masse salariale dédiée aux emplois artistiques (toutes catégories) à 5 ans ;

5) Que soit négociée une nouvelle « unité d’emploi » à insérer dans les contrats-programmes de plus de 300.000 euros, de nature à favoriser l’emploi durable et correctement rémunéré (en prenant en compte un temps de travail et une rémunération minimum de niveau professionnel).

Ces revendications, bien reçues par les participants au séminaire, ont été adressées au Gouvernement et aux partis politiques, ainsi qu’aux autres organisations professionnelles du secteur.

Le travail de la SACD et de l’Union des artistes se poursuivra aussi en ce qui concerne les évolutions du régime des artistes au niveau fédéral, au sujet duquel d’autres initiatives seront prises.

 

En pratique

Le séminaire a eu lieu le lundi 5 février de 14h à 17h à La Bellone.

Les témoignages d'artistes et les interventions d'experts, nos constats et nos propositions concrètes ainsi que des documents de référence se trouvent sur le site de la SACD.

Une captation sonore et une synthèse seront bientôt disponibles, pour les recevoir adressez-vous à communication@sacd.be.

 

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