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Razzia de Nabil Ayouch, au Festival Ramdam

Publié le 12/01/2018 par Adrien Corbeel / Catégorie: Critique

Ce 20 janvier, le Festival Ramdam de Tournai accueillera Razzia, le dernier long-métrage de Nabil Ayouch (Much Loved, Les Chevaux de Dieu). Un choix aussi pertinent que fort  : jetant un regard sans concessions sur son pays, ce long-métrage marocain (co-produit avec la France et la Belgique) explore avec émotion et intelligence les espoirs, les contradictions et l’intolérance qui habitent le Casablanca d’aujourd’hui.

Razzia de Nabil AyouchRazzia est avant tout le portrait d’une certaine jeunesse, partagée entre ses désirs de libertés et ses contraintes. Construit comme un film choral, le récit nous passe de la vie de l’un à l’autre  : il y a cette jeune fille aisée en prise avec son homosexualité, cet ouvrier qui rêve d’être le nouveau Freddie Mercury, ce patron de restaurant dont le judaïsme joue un rôle plus important qu’il ne le voudrait sur son existence, ou encore cette jeune femme éprise de liberté dans un mariage qui ne lui en laisse pas beaucoup. Leurs parcours respectifs sont différents, mais ils se font mutuellement écho. Chacun d’eux fait de son mieux pour se réapproprier une identité qu’il leur est souvent interdit d’avoir ; tous sont à la recherche d’une meilleure vie, épris d’un désir d’acceptation, d’être aimé pour ce qu’ils sont et non pour ce que la société voudrait qu’ils soient.
Vaut-il mieux fuir vers de plus beaux horizons, ou rester pour se battre contre l’intolérance ? C’est une question qui les habite tous. Pour un instituteur berbère faisant face à une réforme scolaire centralisatrice, la solution semble être d’abandonner ses élèves et de quitter son petit village pour la grande ville. Pour d’autres, comme Salima (Maryam Touzani, également co-scénariste du film), il s’agit de ne pas baisser les bras  : immédiatement après avoir été insultée par un inconnu pour sa tenue jugée honteuse, cette jeune femme au caractère bien trempé surenchérit d’audace et remonte sa robe de quelques centimètres supplémentaires. Le film est empli de leurs actes de défaite et de résistance.
Utilisant comme toile de fond quelques-unes des manifestations religieuses et traditionalistes qui ont bousculé Casablanca pendant l’été 2015, Razzia est empreint de l’angoisse de son auteur quant à l’avenir de son pays. Le film prend ainsi le parti d’une certaine liberté, mais envisage aussi les multiples contradictions que celle-ci peut contenir. Prier à côté d’une télévision sur laquelle passent des images d’un clip musical très racoleur est une attitude plutôt paradoxale, mais c’est une action particulièrement représentative de la complexité du contexte évoqué.
Radiographie d’une ville et d'un pays complexes, Razzia ne donne pas des réponses toutes faites aux problèmes de société qu’il soulève. C’est un long-métrage qui entend provoquer la réflexion, entre message d’espoir et cri d’alarme, et en ce sens, c’est une œuvre qui a tout à fait sa place dans un festival « du film qui dérange » comme le Ramdam.

 

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