Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Octobre 2015
Mots-clés : documentaire, enfance, adolescence,
 

Éclaireurs de Christophe Hermans

Qu'ils sont beaux les totems du fils du hibou

Hier soir, au cinéma Le Parc, à Liège, moi, Isatis source vive, je suis retombée une quinzaine d'années en arrière quand les spectateurs, côte à côte, se sont mis à entonner la ronde des totems. Réminiscence d'une époque où, réjouie, je préparais mon énorme sac à dos, surmonté d'un écusson des Black Sabbath, impatiente de partir au camp. Quitter la maison, les parents, le quotidien douillet pour s'immerger dans un autre monde, celui des feux de bois, des saucisses purée compote, des toilettes nature, des tiques, des pilotis. 

 

Hier soir, Christophe Hermans m'a permis de ressentir les odeurs, les angoisses, les joies, les goûts, l'excitation d'antan avec son dernier documentaire, Éclaireurs. Je me revoyais, le short bleu et les gambettes livides, prête à affronter cette expérience de quinze jours hors du temps, hors de tout. Ce qui est surprenant avec Christophe Hermans, c'est qu'il s'attaque à des univers qui lui sont plus ou moins étrangers de prime abord, mais qu'il s'y immisce avec tant d'intelligence qu'il ne fait aucun faux pas.

Jaloux de ses amis qui revenaient fièrement de leurs camps respectifs, Christophe Hermans n'en pouvait plus : il voulait aussi savoir ce que ça faisait de manger assis sur des rondins de bois, de se laver dans la rivière et de manger de la popote. Mais, attention. Même si le film s'ancre dans l'univers scout, ce dernier n'est qu'un prétexte permettant au réalisateur d'aborder un autre thème, celui de l'adolescence. Entreprise rondement menée.

Peu de préparation en amont, deux semaines de tournage intensif pendant le camp des éclaireurs de Comblain-au-Pont et huit mois de montage. Et un résultat bluffant. Le spectateur fait progressivement la connaissance de ces jeunes par le biais de quelques scènes de famille où chacun s'atèle à la préparation de son matos, comme on dit. Puis, c'est "Ciao papa, ciao maman, à moi la liberté".

La joyeuse tribu, Damien, Camille, Thomas, François, Maureen et les autres sont livrés à eux-mêmes, confrontés à leurs désirs et à leurs difficultés. Sans pudeur, ces jeunes, qu'ils soient lions ou wapitis évoluent, tâtonnent, tentent de s'imposer au sein de cette communauté. Et Christophe Hermans est parvenu à capter tout ce petit monde : les dragueuses, les amoureuses, les maladroits, les leaders, les rigolos, les peureux, les colériques. Une galerie de portraits attachants, purs et authentiques.

Et on rit. Beaucoup. De ces complicités, de cette candeur, de ces maladresses, de ces répliques un peu connes, de ces grands échassiers boutonneux aux bras ballants. Le maître-mot, c'est la confiance. Ce petit je ne sais quoi qui a permis à Christophe d'être libre et d'évoluer parmi Choucas, Chickaree, Shiba, Akita et les autrescomme s'il était finalement un des leurs. Reste plus qu'à lui trouver un totem...

Après Les Perruques de Christel, Corps étranger, La Balançoire, le jeune réalisateur montre une fois encore que ses ressources sont inépuisables. Il aime ses sujets et les choie sans compter. Soutenu par son équipe inconditionnelle composée, entre autres, de Fédérico d'Ambrosio et de Joël Mann, par Jean-Yves Roubin et Cassandre Warnauts de Frakas Productions, par Little X Monkeys pour la musique, magnifique soit dit en passant. Une réussite. Vraiment.

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