Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
décembre 2007

Vidéo

Entrevue

Critique

Sortie DVD

Evénements

Film dessiné

Métiers

Publication

Tournage

11/12/2007
 

En attendant les hommes de Katy Lena Ndiaye

Le cœur des femmes
« Ici à Oualata, ce sont les femmes qui peignent les tarkhas. Il y a beaucoup de pudeur derrière ces tableaux. Quand arrive une fête, par exemple la fin du ramadan, on embellit la maison de tarkhas. On la décore aussi quand le retour de quelqu’un est annoncé. Les hommes aiment ça. À cette période, ils rentrent et presque toutes les maisons sont décorées. »
Comme une sorte d’écho à son premier film, Traces-Empreintes de femmes, la réalisatrice sénégalaise Katy Lena Ndiaye signe son deuxième long métrage, En attendant les hommes. Alors que Traces partait à la découverte des peintures murales des femmes d’un village du Burkina Faso, En attendant les hommesexplore « le rivage de l’éternité », comme l’appelaient les anciens voyageurs, Oualata en Mauritanie. Au cœur de cette ville, là encore, des femmes décorent les maisons de fresques d’une remarquable beauté et confient à la réalisatrice espoirs, rêves et désillusions. 

Enattendant les hommes, de Katy Lena NdiyaeDes mains qui malaxent l’argile, jouent avec des cailloux sur le sable, des mains qui en peignent d’autres au henné, versent le thé, tracent des lignes géométriques sur les murs ocres de la ville, c’est avant tout cela En attendant les hommes, un long cheminement vers la parole qui viendra peut-être, peut-être pas.

Cette petite ville au bout d'une piste malaisée, située en plein cœur du Sahara, est un morceau du passé où le temps semble s’être arrêté. Respectueuse de cet autre temps, à l’opposé de celui que nous vivons, la caméra s’attarde sur les détails. La lumière du film, évidemment capitale dans un site bouleversant de beauté, est exemplaire et il faut saluer ici le travail du directeur de la photo, Herman Bertiau, qui caresse des paysages baignés de couleurs douces et chaudes. Composé par petites touches, le film opère un va et vient entre la ville et le portrait de trois femmes : Khady, Massouda et Cheicha. Drapées dans leurs melhafa, ce voile de coton léger aux couleurs chatoyantes, qui les cachent en même temps qu’ils les parent et leur apportent une séduction magique, une pudeur empreinte d’espièglerie, elles fixent le spectateur, droit dans les yeux. Sourires, silences, soupirs, les trois femmes se livrent peu à peu, à leur rythme. Sans brusquerie, Katy Lena Ndiaye pose des questions intimes, que nous ne devinons qu’à travers les réponses, sur le couple, l’amour, la sexualité. Aucun commentaire ne vient s’insérer entre le discours des trois héroïnes. La parole leur appartient en totalité.
Étonnés, nous entrons dans leur vie sur la pointe des pieds et découvrons une liberté de ton, une indépendance qu’on ne soupçonnait pas. Les réponses de Khady fusent. Employée au dispensaire comme accoucheuse, elle a été mariée cinq fois et préconise de faire l’amour tous les jours : « Quand j’ai envie de mon mari, je le prends dans mes bras et je le serre contre moi. Je lui dis « j’ai envie de toi » et il s’exécute ». Massouda, elle, n’a pas eu de chance avec les hommes et se retrouve seule aujourd’hui : « Ils se sont mal comportés avec moi. Je leur ai rendu la monnaie de leur pièce ». La commerçante Cheicha, plus timide, fait semblant de ne pas comprendre les questions ou refuse tout net d’y répondre : « C’est assez. Tu me fatigues. »
Par le procédé du face caméra, c’est à nous que ces femmes s’adressent et les questions qu’elles renvoient à la réalisatrice nous parviennent directement : « Le corps de la femme appartient à l’homme ! Avec quoi tu viens ! » (…) Et toi, à qui appartient ton corps ? »
Et ces hommes à qui elles appartiennent justement, où sont-ils ? Ils ne feront leur apparition qu’à la quarantième minute du documentaire. Partis dans les grandes villes gagner de l’argent, pour des semaines voire des mois, les femmes se débrouillent en attendant leur retour. Elles jouent, discutent, prennent le thé, s’occupent des enfants et ….décorent les maisons de tarkhas. Du bout des doigts, elles tracent des courbes sur les murs comme s’il s’agissait d’une autre forme de discours, pudique mais en même temps libre et sans contrainte.
Ajoutez  à cela la voix ensorceleuse de la blueswoman Malouma, au-dessus des dunes, comme un appel à la prière, et le voyage promet d’être beau et envoûtant.

commentaires propulsé par Disqus