Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
09/12/2010
 

Hors limites, le cinéma de Jaco Van Dormael d' Olivier Van Malderghem

Un art savant de l’enfance

Dans sa collection consacrée aux cinéastes belges et aux métiers du cinéma, la Cinémathèque de la Communauté française propose désormais un portrait de Jaco van Dormael réalisé par Olivier Van Malderghem. Très finement construit, ce documentaire malheureusement trop court – bouh ! même pas une heure toute ronde ! - , nous entraîne dans l’univers du réalisateur belge le plus connu, sans doute l’un des plus aimés et, depuis son dernier film, Mr Nobody, sans doute aussi, l’un des plus controversés.

Avec beaucoup d’intelligence, mêlant l’intimité d’une amitié qui les lie depuis longtemps, accompagnant son film de sa voix en off et se mettant en scène lui-même brièvement à plusieurs reprises, Olivier Van Malderghem désamorce, dès l’ouverture de son documentaire, tout questionnement concernant son point de vue, et par là même, la question de sa légitimité. Quelle est donc sa place ? Comme il le dit lui-même, quand on aime un film, c’est son réalisateur qu’on aime... Cette place sera donc celle du spécialiste, du collègue réalisateur et surtout, de l’ami. Ce parti pris ouvertement affiché de l’admiration et de l’amitié fait de lui-même sauter toute velléité de postures objectives pour nous entraîner franchement dans son sillage et, pour peu qu’on l’accepte, nous donner une belle place de spectateur complice de cette intimité. À partir de là, Hors limites construit très finement un regard critique sur l’œuvre et un portrait intime du cinéaste.

Depuis le présent de la fabrication du documentaire, qui se tisse sur la même trame temporelle que les aléas de la sortie de Mr Nobody, de sa possible sélection cannoise à la bataille de la version longue, Hors limites rebrousse chemin pour en expliquer la genèse. Après les tout premiers essais de cinéma, évoqués rapidement, qui, déjà, contiennent en germe les œuvres futures, Olivier Van Malderghem s’étend longuement sur le court métrage E pericoloso sporgesi, véritable prélude narratif et technique à Mr Nobody. Puis, il continue sa remontée dans le temps, passant par Toto le Héros qu’il examine surtout en termes de prouesses narratives et visuelles avant d’entrer dans Le Huitième jour, qu’il aborde plutôt sous l’angle affectif, revenant sur l’amitié du réalisateur avec Pascal Duquenne. À chaque fois, ses analyses dégagent des fils récurrents qui viennent se nouer dans Mr Nobody où toute l’œuvre semble aboutir. Olivier Van Malderghem met parfois sa mise en scène en abyme et rejoue des scènes ou des procédés narratifs des films de Jaco, qu’il mime et par là même explicite tout en en retrouvant les tonalités. Il multiplie les interviews avec le réalisateur, mais aussi ses collaborateurs ou ses proches, il s’engouffre, pour notre plus grand délice, dans l’explication de quelques prouesses techniques. Il vagabonde du côté des amitiés, des souvenirs, des rêves, sans jamais les dénouer des œuvres du cinéaste. Alors, se dégage le portrait d’un univers intimement lié à une certaine innocence de l’enfance, à ses exigences, ses rêves, la liberté de ses possibles, source de toute inspiration et mesure de toute ambition. Peu à peu, Hors limites réussit la gageure de brasser des œuvres, d’en découvrir les constantes, d’en expliquer la complexité, mais surtout, il nous fait pénétrer dans un imaginaire, dans ce qui le nourrit, dans le geste intime d’un créateur.

En trouvant finement des cadres pour répondre aux nombreuses objections critiques auxquels Mr Nobody a dû faire face, Hors Limites continue d’assumer et de construire sa légende, celle d’un cinéaste hors normes, intransigeant quant à ses rêves, génial quant à son cinéma, bouleversant quant à ses ambitions… Intelligent et passionnant, ce documentaire assume sa part de panégyrique, et par là même, réussit à nous faire généreusement partager l’univers d’un cinéaste.

Hors limites, le cinéma de Jaco Van Dormael, un film d’Olivier Van Malderghem, produit par La Cinémathèque de la Communauté française et Iota Production.

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