Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Février 2013
Mots-clés : festival,
 

Le Ramdam Festival de Tournai - Palmarès

Jeune festival en plein essor, le Ramdam, à Tournai, présentait sa troisième édition du 15 au 23 janvier. La fréquentation a doublé cette année. Retour sur le succès non volé d’un événement singulier.

Broken de Rufus Norris« Le Ramdam, le festival du film qui dérange ». Un slogan qui, de prime abord, laisse perplexe. La définition de « déranger » est bien subjective et qui plus est, pour nous, défenseur d’un cinéma qui ne mâche pas ses mots, elle semble des plus évidentes. Sans trash, ni gore, ni porno à l’affiche, ce n’est pas un festival du risque, il reste dans l’ensemble très consensuel.

Néanmoins, c’est un festival qui a le mérite de retenir l’attention et qui n’a pas fini de faire parler de lui. Sa programmation internationale est d’une qualité et d’une diversité indéniables, et toutes les œuvres proposées sont des avant-premières nationales ou des diffusions inédites. Place est faite à la découverte. Cette année, on se retrouva face, entre autres,à laCorée du Sud et ses nouveaux capitalistes dépourvus de scrupule dans L’Ivresse de l’argent, aux banlieues anglaises régies par la misère humaine dans Broken tandis que La Pirogue de Moussa Touré nous emmenait, elle, à bord d’une embarcation de clandestins africains prêts à rejoindre les côtes espagnoles au péril de leur vie. On put mettre des visages sur la crise grecque avec Khaos, voir l’attachement commun qu’ont Palestiniens et Israéliens pour leur pays écorché dans My Land de Nabil Ayouch ou encore être placé devant le pardon impossible auquel ne peuvent parvenir les victimes du génocide du Rwanda dans Bruxelles-Kigali. Devant ces sujets souvent graves, la présence des équipes des films est d'autant plus importante. Cette année, une dizaine d'entre elles ont fait le déplacement (sur dix-huit films projetés) pour venir parler avec le public. Certaines réussirent à créer de vrais moments d’intimité, comme l’équipe du film Broken, le samedi soir, qui, après avoir reçu une vague déferlante d’applaudissements, offrit à la salle un moment exceptionnel : la jeune actrice Eloïse Laurence chanta la chanson-titre du film, permettant à la magie de durer encore un court instant. Im Sang-Soo, le célèbre réalisateur coréen venu de si loin, confie lui, avoir été ravi de l’accueil qu’a reçu son film à Tournai. Que les spectateurs fussent si nombreux après la séance à rester pour lui faire part de leurs impressions, le toucha beaucoup. Car si la devise du Ramdam peut laisser dubitatif à première vue, elle accroche. Et grâce à elle, chacun se demande en sortant du film qu’il va voir, s’il a été dérangé ou non, et pourquoi. Un point de départ idéal pour ne pas consommer des films sans réfléchir.

My Land de Nabil AyouchPourtant, on aurait pu justement craindre le pire : le cœur du festival se tient à l’Imagix, un complexe comme il y en a désormais partout, tel un temple de la consommation de gros blockbusters en tout genre. En bordure de la ville, cette boîte noire au milieu d’un grand parc de stationnement est munie invariablement de ses salles HD, de son système THX et des éternels distributeurs de pop corn à gogo. Or, en pénétrant dans l’enceinte du festival, tous nos préjugés sont secoués. On comprend qu’on n’arrive pas dans un multiplexe comme les autres. Le public, composé aussi bien d’habitués du cinéma populaire que d’adeptes de films indépendants, est pleinement investi dans l’événement. C’est d’ailleurs lui qui cote à la fin de chaque séance le film qu’il vient de voir sur base de deux critères : sa qualité et son côté dérangeant. Ses votes sont cruciaux, ce sont grâce à eux que le palmarès est établi. Autre fait remarquable, dès 9h le samedi matin, nombreux étaient ceux qui s’étaient tirés du lit pour prendre part au petit-déjeuner organisé à l’espace Festivaliers. La convivialité est de mise. De même que la participation aux débats ou aux conférences-ateliers qui accompagnent avec soin de nombreuses séances. Le Président du festival, Jean-Pierre Winberg, ainsi que son équipe composée de journalistes, de responsables de la communication, et d’animateurs culturels, animent les rencontres avec chaleur, on sent que le Ramdam n’est pas une vitrine de show-business, mais qu’il est le fruit d’une véritable équipe de passionnés.
En fait, il faut souligner que, déjà au quotidien, les Imagix dérangent et détonnent dans le paysage cinématographique habituel. À Mons, comme à Tournai, les deux complexes proposent en plus des films à succès du moment, des séances en version originale de films à plus petits budgets. À Tournai en particulier, grâce à un partenariat de longue date avec la Maison de la Culture1, une salle entière est réservée à une programmation art et essai, choisie par le responsable cinéma, Valentin Huvennes. En tout, plus de 29 séances par semaine sont consacrées au cinéma d’auteur. Ce partenariat public-privé tourne bien, mais il manquait pourtant un événement cinématographique de taille qui ferait sortir de chez eux même les plus frileux, sous la neige de janvier. Et c’est là qu’entre en jeu la ville de Tournai, le conseil de développement de la Wallonie picarde et la télévision locale, Notélé. Grâce au soutien financier de ses trois nouveaux partenaires et à la campagne de communication de cette dernière, un festival sans précédent dans l’Eurométropole, put naître.

Finalement, le choix du « festival du film qui dérange » était un moyen judicieux de trouver sa place dans un horizon belge déjà si bien fourni en matière d’événements cinématographiques. Le nom séduit et donne envie même à ceux qui ne sont pas habitués à aller au cycle art et essai de « venir faire leur cure de cinéma de l’année » comme le disait un jeune couple, occupé à débattre sur Angst devant un café, élu film le plus dérangeant dans la troisième et dernière catégorie : la rétrospective. Le festival dérange, car il fait tout pour faire venir les gens à lui, réalisateurs comme spectateurs, conférenciers locaux (le Docteur psychiatre Pierre Oswald de la clinique des Marronniers passionné par le septième art), comme les étudiants de l’école de design de Saint-Luc chargés de créer les trophées ou encore ceux de l’Académie des Beaux-Arts, section vidéo qui étaient en charge d’élaborer un générique pour chaque jour du festival. Le Ramdam devient un événement qui fait sa place et qui s'associera sans doute au nom de la ville de Tournai. 

Palmarès :

*Ramdam du meilleur film
Broken de Rufus Norris, dans la catégorie fiction

My Land de Nabil Ayouch, dans la catégorie des documentaires
La merditude des choses de Félix Van Groeningen, comme rétrospective

*Ramdam du film le plus dérangeant
Despues de Lucia de Michel Franco, dans la catégorie des fictions
Bruxelles-Kigali de Marie-France Collard, comme documentaire
Schizophrenia de Gerard Kargl, en rétrospective

*Meilleur Ramdam de l'année
Au nom du fils de Vincent Lannoo

*Le teckel d'or, le prix du jury de la presse
Parce que Tournai est le la ville natale de Marcel Marlier, créateur de l'inénarrable Martine flanquée de son chien, Patapouf, qui est un teckel.
The Queen of Versailles de Lauren Greenfiel

*Coup de cœur Ciné-Pocket
Le prix "Ephémère", réalisé par les étudiants de St-Luc a été attribué au Dernier voyage de Jérôme Derèze, Misbah Mahrous et Brian Vandervyvere.
*Meilleur générique Ramdam
 a été attribué à Benjamin Lortiheir.

http://www.artetessaitournai.com/fr/

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