Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Novembre 2014
10/11/2014
Mots-clés : art, documentaire
 

Les Carrières de Roby Comblain de Violaine De Villers

Depuis plus de dix ans, la cinéaste Violaine de Villers filme l’art en train de se faire. Elle écoute, regarde et donne à voir les choses qui prennent forme, les mondes qui prennent vie. Entre l'œil et la main de l’artiste, sa caméra s’attarde, légère et s’étonne d’abord pour nous étonner, s’enchante ensuite pour nous enchanter. Avec Les carrières de Roby Comblain, son dernier documentaire, la cinéaste ne déroge ni à son style, ni au plaisir de filmer.

Les Carrières de Roby Comblain de Violaine De VillersLong plan fixe sur un paysage sec et lunaire. Pas un souffle de vent ne vient déranger une immobilité quasi surnaturelle… plan sur une toile, un paysage peint ? Le temps s’étire jusqu’à ce grand boum qui vient déstabiliser cette nature qui, jusque là, semblait morte. La roche cède, dégringole. C’était donc une carrière sous le plein soleil. Ainsi s’ouvre le documentaire de Violaine de Villers, cinéaste et amie des artistes, partie ici sur les traces du plasticien Roby Comblain, poète, chercheur de pierres, magicien-graveur, chiffonneur professionnel un tantinet surréaliste.

C’est qu’il est terriblement séduisant ce personnage à multiples facettes, facétieux, ludique et sérieux, à moins que la cinéaste ait un don particulier pour nous faire aimer à ce point-là ceux qu’elle aime et estime - c’était aussi le cas avec son précédent documentaire sur la sculpteure Marianne Berenhaut. Violaine de Villers trouve en tous cas la place juste entre intimité et distance pour éviter, dans le premier cas, le film personnel et anecdotique, et dans le deuxième, le portrait glacé de l’Artiste  (avec un grand A) au travail. Discrète donc et présente à la fois, c’est là toute sa manière d’entrer en cinéma, au cœur de l’art et de ceux qui le font. Patiente et exigeante aussi, comme peut l’être un artisan d’art, elle est attirée semble t-il par des hommes et des femmes qui fabriquent, qui ont encore ce goût de la matière, des formes, des couleurs et toute l’attention méticuleuse pour les faire vibrer ensemble à une époque où l’artiste travaille souvent comme directeur général dans des lofts ou hangars où une armée d’assistants fabriquent à sa place et sous ses ordres. Rien de tel chez Comblain. Nous pénétrons donc ici dans le secret de son atelier, petite cabane lumineuse où sont entassés tous les projets non aboutis, en attente d’un futur aléatoire.

Nous suivons ses gestes, qu’il évide lentement et patiemment les futures zones de blanc de ses gravures, qu’il se jette furieusement sur les linos gravés pour les chiffonner à bras le corps ou qu’il les assemble avec clous et marteau pour les insérer dans une scénographie qui donne sens et forme. Les scénolinos, comme il les appelle, c’est le travail qui l’occupe actuellement et que Violaine de Villers filme étape par étape, jusqu’à ces cadres en plongée, chorégraphiant elle-même un travail plastique devenu chorégraphique.
 

Mais nous découvrons aussi ses travaux précédents, les pierres recouvertes d’un motif répétitif et ordonné à la gouache, les papillons brûlés, les pistolets (des HP MK3 fabriqués en Belgique) imprimés sur des nappes de dentelles (spécialités de Bruxelles), autant d’œuvres qui témoignent d’un équilibre subtil jouant sans cesse sur les frontières, entre légèreté et pesanteur, humour surréaliste et critique acerbe.

Entre les plans sur l’artiste au travail et les œuvres filmées sur les accords harmonieusement dissonants de Graham K. Riach, se glissent les confidences, l’évocation des souvenirs d’enfance au Rwanda, les films de famille en super 8, matière intime qui loin d’être illustrative, éclaire mieux encore le chemin artistique que Roby Comblain parcourt depuis ses débuts : un père prospecteur d’or et collectionneur de minéraux, la chasse aux papillons, l’odeur de la peur dans un pays pourtant longtemps proche du paradis.

Saluons la photographie de Sébastien Koeppel, chef opérateur du film, disparu en octobre 2013 à l’âge de 42 ans et auquel le documentaire rend hommage.

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