Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/09/2003
Mots-clés : critique de cinéma,
 

Mon Voyage d'Hiver de Vincent Dieutre

Faire don du passé au futur

Vincent, un homme mûr, emmène Itvan, un adolescent, de Paris jusqu'à Berlin. Il est étonné que la mère d'Itvan le lui ait confié ; d'habitude, c'est lui l'éternel enfant. Et le voici maintenant engagé sur les routes enneigées allemandes, avec ce garçon dont il a la courte responsabilité.
 Vincent ne va pas se contenter d'amener Itvan du point de départ à celui d'arrivée en prenant le chemin le plus rapide. Il va prendre son temps. Le temps de passer par Tübingen, Stuttgart, Nuremberg ou Dresde et de s'y arrêter. Pour des retrouvailles avec de anciens amants, en rencontrer d'autres, pour retourner dans ce pays bouleversé par tant de haine et de malheurs, un pays qui porte le lourd poids de son passé, même s'il tente parfois d'en effacer les traces. Il va s'appliquer à montrer cette Allemagne, la vieille et la nouvelle, à ce jeune garçon qui part rejoindre sa mère à Berlin.
Il lui procure un voyage initiatique au travers de toutes ces villes et de leurs paysages hivernaux, au travers de son passé, pour que l'adolescent puisse y construire son avenir. Trajet vers le futur pour l'un, ultime regard en arrière pour l'autre atteint du sida, le film est bercé par la mélancolie, la mémoire, individuelle et universelle, et les romantiques allemands. Les poèmes de Goethe, la musique de Beethoven, Schubert et Schumann, ponctue les silences d'un film quasiment sans dialogues, tant ceux-ci sont effacés et discrets. Seul Vincent, le personnage, le réalisateur, parle à Itvan des profondeurs de la voix over. "Si tu ne sais pas quoi faire de ta vie, tu peux la lui donner". Ces paroles de la mère d'Itvan, Vincent les prends à la lettre, léguant sa vie et celle d'un pays à ce garçon. Si ce testament exige des détours géographiques, il n'en prend pas au sujet de l'histoire avec un grand ou un petit "h". Pressé par l'urgence d'une mort prochaine, il lui montre tout ce qu'il peut; le pire comme le meilleur, les joies comme les peines. Car si ce film raconte une idée du monde maintenant révolue, l'Histoire reste, même si on tente d'en effacer les traces, comme à Berlin, destination finale du voyage, où la ville est reconstruite pour gommer les stigmates d'une division absurde.
Mon Voyage d'Hiver renvoie à Schubert de façon évidente. Par le titre d'abord, la musique bien sûr, mais également par le style. Dieutre, comme Schubert, nous fait don d'une oeuvre personnelle, intime et poignante sur le ton de la confidence, se permettant même un surprenant play-back en guise de fin, avant de nous laisser seuls avec la musique jusqu'à la note finale.

 

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