Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mars 2007

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08/03/2007
Mots-clés : rencontre,
 

Patrice Carré de Cinécourts

Réalisateur de courts, journaliste au Film Français, rédacteur en chef et chroniqueur télé à Cinécourts, membre du comité de sélection de longs de la Semaine de la Critique, Patrice Carré n’aime pas les étiquettes. Pourtant, il a vite été repéré par de nombreux auteurs et producteurs lors du dernier festival de Clermont-Ferrand. Raté pour la discrétion...

Cinergie : Peux-tu me parler de la politique de Cinécourts, une émission qui ne mise que sur le court métrage ?
Patrice Carré : C'est une émission qui existe depuis 1995 et dont je suis rédacteur en chef depuis 1999. C'est une émission hebdomadaire de 30 minutes qui est diffusée sur une chaîne du câble et du satellite qui s'appelle « Cinécinéma auteur » qui va peut-être changer de nom et s'appeler « Cinécinéma culte » parce qu’en France, les chaînes se regroupent, il y a une grande fusion entre les deux grands bouquets. Donc, toutes les semaines, je diffuse en général un ou deux films par émission : il y a pas mal de français mais aussi beaucoup d’internationaux, souvent des belges.

C : Je voudrais savoir si tu mets en évidence ces courts en créant par exemple des thématiques.
P.C. : Des thématiques, on en crée toujours mais quelquefois, les fils rouges sont vraiment artificiels. Il y a des films qui se marient très bien et d'autres pas du tout. Par exemple, en ce moment, je fais des thématiques sur des sujets de productions françaises. Donc, ce sont des films qui n’ont rien à voir entre eux mais qui sont produits par la même société de production. Je trouve que c'est important de montrer que les producteurs du court [représentent] un métier qui existe, que ce ne sont pas seulement des gens qui se contentent de trouver des subventions mais qui ont également un regard artistique sur les œuvres qu'ils produisent. Je vais faire une thématique sur le cinéma belge avec une jeune distributrice, Nathalie Meyer qui achète beaucoup de films. Je fais aussi le cinéma israélien, le latino-américain (souvent en Espagne). Et puis, après, je fais des thématiques polars, des thématiques mère/fille, père/fils, … En court métrage, il y a des tonnes [de films qui recouvrent ces sujets].

C : Est-ce que justement, tu es amené à proposer une sorte de perspective autour de ces films, en proposant par exemple aux réalisateurs de venir parler de leur film sur le plateau?
P.C. : Oui, les réalisateurs présentent souvent leur film avant la diffusion et moi, je fais toujours un commentaire à la fin du film sur des aspects peut-être plus techniques (conditions de réalisation, etc.) parce que c'est toujours difficile de parler des films avant que les gens ne les aient vus. En plus, c'est difficile à exposer, le court métrage. Ce n’est pas quelque chose qu'on peut vendre facilement. C'est pour cela que j'essaye d'éditorialiser mes émissions à chaque fois : il faut mettre en avant les films et expliquer que le court métrage est une oeuvre d'art à part entière et pas seulement un exercice.

C : Je t'ai vu hier au marché du festival repartir avec plein de DVD. Combien de films recevez-vous par an ?
P.C. : On en reçoit énormément. Je pense d’ailleurs que je vais repartir de Clermont-Ferrand avec une valise pleine. J'en achète quatre-vingt par an et je dois bien en recevoir quatre ou cinq cents. Ce qui ne constitue pas l'ensemble de la production quand même heureusement ! Par exemple, ici à Clermont, 1320 films français ont été inscrits [cette année]. En ce moment, il y a une profusion d'images. C’est vrai qu'avec les nouvelles technologies, ça c'est énormément démocratisé et maintenant, n'importe qui peut faire un film. Je ne dis pas « n'importe qui » méchamment mais quelquefois, il y a des films autoproduits qui sont faits et qui n'ont absolument aucune ambition artistique. Ils sont faits par des gens qui ont envie de s'amuser. Quelquefois, c'est un peu déprimant quand on reçoit des tonnes de mauvais films. Enfin, un mauvais film, pour moi, c’est fait par quelqu'un qui n’a aucun regard sur ce qu'il fait. C’est quelqu’un qui se contente de copier les codes existants, de faire une décalcomanie de ce qu'il a vu mais qui n'a aucun point de vue personnel.

C : Justement, y a-t'il des trucs pour retenir ton attention?

P.C. : Voilà, c'est quelqu'un qui a un point de vue. Ça peut être la même histoire vue 2.000 fois (une histoire de couple, je t'aime/je t'aime plus) mais d'un seul coup, il y a quelqu'un qui a une façon différente de raconter quelque chose qu'on a beaucoup vu : d'un seul coup, il m'emmène ailleurs. C’est ça que je cherche vraiment dans le cinéma, je crois.

C : Est-ce que tu as l'impression que les courts deviennent de plus en plus longs ?
P.C. : Oui. Le court métrage français s'est énormément allongé ces derniers temps : la moyenne est passée de 10 à 20 minutes sans problèmes. Et je pense que chez les Belges, ça devient le cas aussi. C'est assez étonnant : ils étaient plus courts à une époque et ils s'allongent de plus en plus. Le court métrage a mûri : on est sorti du film à chute depuis très longtemps. Ce ne sont plus des films gags mais de vraies histoires. Pour développer un récit, il faut prendre son temps. En fait, un film très court très bon, c'est très difficile à faire.

C : Ça ne peut pas porter préjudice quand même, cette longueur ? À un moment donné, tu n’as pas l'impression qu'il y a peut-être des effets d'images qui se créent?
P.C. : Parfois il y a de l'accumulation. Certains auraient besoin de revoir une petit peu leur montage. Mais après tout, il n'y a pas de contrainte de format dans le court métrage alors, autant en profiter, parce qu'après c'est terminé. À la télé ou dans le long métrage, il y a des contraintes tout le temps.

C : À propos des créations étrangères et notamment belges, est-ce qu'il y a des films ou même des réalisateurs qui t'ont convaincu ?
P.C. : Oui, j'aime bien Bouli Lanners, réalisateur mais aussi comédien. Il y a aussi Micha Wald qui a fait Alice et moi. Je suis son travail. J'ai eu l'occasion de voir son premier long, Voleur de chevaux, qui est vraiment étonnant et intéressant parce qu'il y a vraiment une démarche très originale derrière. J’ai une mauvaise mémoire des noms; ce sont les deux qui me reviennent sur le moment. 

C : Alors moi, j'ai le super catalogue du festival. C’est mon petit côté pratique : en jetant un coup d'œil sur les films de la rétrospective du festival, d’autres noms t’interpellent-ils ?
P.C. : Alors, j’aime bien ce que fait Xavier Diskeuve. Je l'ai suivi depuis le départ : c'est un mec qui fait des trucs tout seul dans son coin et en général, j'aime bien défendre ce genre de personnage. Et puis, il y a des trucs très divers : KWIZ, une espèce de gag un peu idiot qui marche bien, Poulet-Poulet, Carlo qui est vraiment très bien. Quoi d’autre ? Joséphine, Un pont sur la Drina, Flatlife (magnifique), Muno de Lanners, Mireille et Lucien (tout simplement charmant), …

C : En tant que programmateur et journaliste au « Film Français », est-ce que tu crois qu’il y a une spécificité du cinéma belge ?
P.C. : Je dirais que c'est réducteur de parler de cinéma belge. Il y a un ton dans le cinéma wallon qui est beaucoup plus sarcastique, plus grinçant que dans le cinéma français. Quelle que soit l'histoire racontée, même si c'est du naturalisme, des histoires de couple, de chômeurs, de cas sociaux..., il y a toujours une espèce de tendresse et de recul que j'aime beaucoup. A mon avis, ils ont plus de recul que les cinéastes français. Quant au cinéma flamand, je l'ai découvert il n'y a pas si longtemps en allant au festival de Bruxelles. Je trouve qu'il y a un vrai savoir-faire dans le film de genre. Ça m'a vraiment étonné et très agréablement surpris.

C : Et il y a aussi un grand travail sur la forme.
P.C. : Oui, c’est peut-être plus riche, plus travaillé visuellement que les films wallons. Donc, pour moi, le cinéma belge est hyper divers. Seulement, il y a un pourcentage de films qui m'intéresse nettement plus que dans cinéma français.

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