Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Webzine
Septembre

The forest is like the montains en salles le 18/09

Le Tout Nouveau Testament - En Salles le 02/09

Galloping Mind - En Salles le 09/09

La Bataille de l'eau noire en salles le 23/09

I Don't Belong Anywhere - En salles le 23/09

Inès Rabadan, présidente de la SACD

et également

 

Raf Reyntjes, Paradise Trips

Après une longue expérience en tant que réalisateur de spots publicitaires, de courts-métrages tel que A Message from Outer Space, de clips musicaux notamment pour notre compatriote Stromae, Raf Reyntjens a toutes les cartes en main pour se lancer dans la réalisation de son premier long -métrage, Paradise Trips, dont la sortie en salle est prévue pour le 19 août prochain. Dans ce film, le réalisateur flamand, sorti du Rits en 1999, aborde la question des conflits de générations.

Dans Paradise Trips, Raf Reyntjens met en scène Mario, un chauffeur de bus dont le quotidien consistait à conduire des pensionnés vers le soleil. Presque retraité, Mario doit effectuer, à contre cœur, un dernier trip… un peu différent. Il doit conduire une bande de jeunes à un festival, en Croatie. Le trajet est loin d'être un long fleuve tranquille, les conflits surgissent entre ces jeunes d'un autre monde et ce vieux chauffeur conservateur. Ce road trip haut en couleurs sera peut-être pour Mario, une opportunité de s'ouvrir au monde et de retisser des liens avec son fils qu'il considérait comme un étranger.

Cinergie : Quelle est l'origine de l'histoire de ce long-métrage ?
Raf Reyntjens: Ce n'est pas une histoire autobiographique, mais c'est une histoire personnelle car le film parle d'un conflit de générations. C'est un conflit que j'ai vécu avec mon père, mais dans le film c'est hors proportion donc cela n'a rien à voir avec ma famille. Il s'agit également d'un conflit qui réside dans chaque personne, c'est le conflit entre notre système et la liberté. Tout le monde veut être libre, mais tout le monde doit respecter certaines règles pour que cela se passe bien dans le monde. J'ai toujours connu ce conflit aussi, j'ai toujours voulu être libre et quand j'étais jeune j'essayais d'échapper à ces règles imposées notamment par mes parents et je cherchais la liberté et le paradis et je finissais par comprendre que ce n'était pas spécialement positif de sortir du système.

Dans le film, il y a les deux côtés : le père qui suit scrupuleusement toutes les règles, qui est très conservateur et le fils qui veut être libre. Mais le film montre que respecter les règles n'est pas que positif. Il faut trouver le juste milieu entre règles et liberté pour se trouver.

Raf Reyntjes

C. : Les conflits intergénérationnels sont doubles.
R.R. : Il y a le conflit entre le grand-père et son fils et entre le père et son fils. Le petit fils a grandi dans le monde hippie de ses parents, mais il veut appartenir plutôt au monde du grand-père, ces deux personnages s'entendent toujours bien. Ce qui est intéressant c'est qu'au départ on pense que le père et le fils sont tout à fait différents, mais ils sont beaucoup plus semblables que ce qu'ils pensent. De manière générale, j'ai poussé les acteurs à créer des personnages incarnés, entiers, vrais.

C. : As-tu écrit le scénario du long-métrage tout seul ?
R.R. : Oui mais j'ai aussi été sélectionné pour le Bimmer Filmlab à Amsterdam qui est une espèce d'atelier de scénario. On était une vingtaine de réalisateurs de partout et c'est cinq mois de travail intensif sur le scénario en workshop, avec des gens qui analysent ton scénario. C'était une aide précieuse pour moi d'avoir eu des feedbacks.

C'est bien d'écrire seul, mais c'est utile de se faire aider. Par exemple, pour le clip que j'ai réalisé avec Stromae, il m'avait soumis son idée, et on l'a développée ensemble. C'était plutôt un travail de collaboration.

C. : Dans ce film, comme dans les pubs, on retrouve cette volonté de soutenir une thèse, de dénoncer quelque chose. C'est un film "social" mais plutôt avec un langage de film d'action qui fonctionne avec des rebondissements, qui tient le spectateur en haleine.
R.R. : Je cherche un langage qui est accessible et j'essaie d'emmener le spectateur dans l'histoire que je veux raconter. C'est vraiment narratif, mais je ne cherche pas spécialement un langage de film d'action. Je voulais que le public ait une expérience émotionnelle, j'aurais pu aller vers une tragi-comédie typique, mais ici, je voulais vraiment que les spectateurs s'identifient aux personnages. Je voulais que les spectateurs fassent d'abord connaissance avec le chauffeur de bus, ensuite avec son fils qui est tout à fait différent et enfin, la relation entre le fils et le petit-fils. C'est au milieu du film qu'on se rend plus ou moins compte de ce qui se passe dans cette famille et cela devient émotionnel avec un peu d'humour bien sûr.

C. : Comment as-tu travaillé avec les comédiens et avec le seul enfant du casting ?
R.R. : J'aime bien travailler avec des enfants car ils sont toujours purs. Ils n'ont pas le problème de certains acteurs qui ont beaucoup de technique. J'aime les acteurs spontanés et naturels, ce qui est plus évident avec des enfants. Le plus important avec les enfants, c'est le casting. On a rencontré une soixantaine d'enfants, et on a fait quatre tours pour être sûrs qu'il se sente vraiment à l'aise. Avant de tourner, on a beaucoup discuté avec l'enfant mais dès qu'on a commencé à tourner, j'ai pris l'enfant comme un acteur professionnel.

On a fait plusieurs répétitions avec tous les acteurs avant le tournage. On a utilisé les répétitions pour changer les dialogues, on a essayé plusieurs trucs car on avait seulement 26 jours de tournage donc on avait peu de temps sur le plateau pour les répétitions.

C.: Est-ce que tout était méticuleusement écrit avant le début du tournage ?
R.R. : Au départ, c'était un long projet de 32 jours de tournage. On est d'abord allé tourner en Hongrie puis cela n'a pas fonctionné car on n'avait pas assez de budget. J'ai dû tout recommencer avec 26 jours de tournage, réécrire le scénario et on a recommencé avec une manière de tourner plus légère, on n'avait pas assez de temps pour l'idée que j'avais en tête. Je me suis focalisé sur ce qui me semblait important et beaucoup de choses se sont décidées sur le moment. On a beaucoup travaillé sur l'intuition. On n'a pas suivi tout le scénario à cause des conditions météorologiques, on a dû changer des scènes, en supprimer, puis supprimer des personnages mais on a aussi ajouté des scènes car on avait l'idée sur le moment. C'était un processus organique, assez compliqué mais l'équipe était très flexible. On a également tourné pendant un vrai festival et c'est une situation qu'on ne contrôle pas spécialement, donc on a dû adapter le planning.

Le producteur m'a fait confiance, il a compris que c'était beaucoup trop cher d'organiser un festival rien que pour le film donc on a tourné lors d'un vrai festival qui a accepté de nous inviter pour tourner. On était un peu invisibles, on a d'abord construit notre plateau puis les festivaliers sont arrivés et ont planté leur tente autour du plateau et on ne savait plus faire la distinction entre notre plateau et le festival. Il faut être un peu ouvert pour pouvoir travailler dans de telles circonstances. Je connaissais bien mon équipe puisque c'était la même que pour les clips, ce qui a facilité le travail.

Raf Reyntjens, réalisateur
C. : On imagine que le cinéma flamand est riche et qu'il a tout le budget dont il a besoin.
R.R. : C'est vrai qu'on reçoit beaucoup de budget pour chaque film, on a le système Tax Shelter mais je n'ai eu que 26 jours de tournage. Cela reste très difficile car il y a beaucoup de bons réalisateurs qui sortent de l'école avec des courts-métrages et d'autres qui veulent faire des longs. Il faut diviser le budget et on se retrouve avec peu de moyens. On a de la chance en Flandre avec la fiction télé qui fonctionne très bien aussi. Beaucoup de grands talents travaillent dans ce milieu. Je suis aussi intéressé par ce terrain-là, mais j'ai un autre projet de film en tête alors je ne veux pas m'investir sur une fiction télé pour le moment. C'est une question de choix.

C. : Tu aimes la provocation dans tes films, comme dans tes vidéos pour les campagnes contre les discriminations.
R.R.: Je ne trouve pas ce film provocateur, c'est peut-être l'humour anversois qui fonctionne comme cela. C'est une tragi-comédie sur un milieu que peu de personnes connaissent. Le sujet peut être vu comme politique mais je ne voulais pas faire un film politique, je voulais me concentrer sur l'aspect famille et jouer sur les contrastes pour être plus typique et plus intéressant dans le genre de la tragicomédie. Il ne faut pas être trop soft. Le film est un peu à l'image de la société flamande où résident encore de nombreux conflits de générations.  

 
commentaires propulsé par Disqus