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Caïds de François Troukens

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François Troukens signe son premier court métrage, "Caïds"

"Le cinéma reste un formidable outil de militantisme!"

C'est en ...prison que François Troukens a écrit Caïds, son premier court-métrage qui, ce mois-ci, se retrouve sélectionné au 10è Festival du Film Policier de Liège ainsi qu'au 19è Festival du Court-Métrage de Bruxelles (Brussels Short Film Festival).
Aujourd'hui rangé, l'ancien braqueur, également connu comme scénariste d'une bande dessinée et depuis peu même, comme animateur télé, se lance donc dans le cinéma. Le tournage de son premier long métrage, chapeauté par Versus production, débutera par ailleurs cette année. Rencontre avec un personnage atypique, assumant pleinement son passé et n'ayant plus qu'une seule idée en tête: travailler et aller de l'avant.

Cinergie : Comment, à 46 ans, se retrouve-t-on réalisateur?
François Troukens: C'est d'abord un heureux hasard, car j'ai envoyé le traitement de mon premier long métrage chez Versus Production à Jacques-Henri Bronckart il y a quelques années, qui l'a validé sans rien connaître de mon passé carcéral! Ensuite, nous avons eu quelques réunions de travail et l'aventure est assez vite partie. Revenant d'assez loin, j'ai le sentiment d'avoir longtemps semé sans rien voir pousser. Là, j'avoue que la moisson bat son plein, et je n'ai plus vraiment le temps de m'arrêter!

Cinergie : Quel a été le point de départ de Caïds, votre premier court métrage?
F.T.: En fait, j'avais déjà mon premier long métrage en tête. Mais en 2013, à cause d'une malheureuse rencontre avec l'acteur Joey Starr, ma libération conditionnelle a été annulée (NDLR: il ne pouvait normalement pas rencontrer d'autres anciens détenus), et j'ai dû refaire sept mois de prison! J'ai alors profité de ce moment pour imaginer Caïds, poussé par un scénariste qui m'avait conseillé de passer par un court métrage, vu les délais importants du long. Versus a accepté de produire cette petite histoire, car c'était l'occasion de faire mes classes sans pression, d'apprendre les réalités d'un tournage et de fédérer une équipe. Ce que j'aime par-dessus tout.

Cinergie : Que ce court métrage, à peine terminé, suscite déjà une attention, c'est plutôt rassurant, non?
F.T.: Pour mes débuts, c'est bien sûr une immense chance que le film soit sélectionné à Liège et à Bruxelles. Je pense que c'est un genre de cinéma qu'on a peu l'habitude de voir chez nous, et même en France. Je suis satisfait aussi, d'avoir l'occasion de montrer ici une palette de ce que sera mon premier long métrage, même si les thématiques seront différentes. Dans Caïds, je voulais un court nerveux qui ne dépassait pas dix minutes, avec l'envie de faire un cinéma populaire si possible intelligent, avec quelques relents de cinéma d'auteur. J'ai envie de mêler la réflexion au spectacle. Comme le font souvent les flamands. Je suis d'ailleurs un grand fan de Michael Roskam (Rundskop).

François Troukens , réalisateurCinergie : Vous vous êtes formé sur le tard. Quelle a été votre méthode?
F.T.: Grâce à Versus, j'ai eu le luxe de pouvoir suivre quelques tournages comme observateur, notamment celui d'Antigang, avec Jean Reno. Comme en télé, où j'anime une émission judiciaire sur RTL-TVi qui réunit en moyenne 200.000 téléspectateurs, ma force est peut-être d'être authentique. Ce dont je parle, je connais pour l'avoir côtoyé de près. C'est une particularité. Bien sûr, des réactions négatives vu ma position, il y en aura, j'en ai conscience, mais franchement, après avoir été considéré et traité à tort comme tueur et ennemi public, ce n'est certainement pas cela qui va m'effrayer. J'ai très envie de satisfaire les gens qui m'ont fait confiance. Et de bosser pour évoluer. Ce n'est d'ailleurs qu'en écrivant et en tournant que je pourrai progresser. Puis, je suis du genre boulimique hyperactif: comme j'ai végété dix ans en prison, j'ai une sorte de revanche à prendre sur la vie.

Cinergie : Débuter dans le cinéma et se retrouver dans l'une des plus importantes boîtes de production belges, vous avez conscience que c'est rare?
F.T.: C'est sûr, c'est valorisant. Mais cela fait des années que j'écris et que je ne lâche pas le morceau. Ma force, c'est aussi d'arriver avec un cinéma qui sort des sentiers battus. Je n'ai pas la science infuse et je ne prétends pas que je vais faire beaucoup d'entrées, mais j'ai envie d'aller vers le public, lui donner du plaisir et d'essayer de le distraire avec un message subliminal, tout en développant des thématiques pour susciter l'un ou l'autre débat.

Cinergie : Par exemple?
F.T.: Par les temps difficiles qui courent, je pense que le cinéma peut être un formidable outil de militantisme. Aller dans les festivals ou les universités et parler de la violence, de la réalité carcérale, des attentats, de la surmédiatisation, c'est important. Comme d'expliquer ce qui se passe en prison, de comprendre pourquoi certains se transforment soudainement en terroristes. Depuis ma libération, je travaille d'ailleurs dans une association, Chrysalibre, avec laquelle nous essayons de réfléchir au milieu carcéral et les chances de réinsertion dans la société.

François Troukens ,, réalisateurCinergie : Des thèmes qu'on retrouvera dans Au-dessus des lois, votre premier long-métrage?
F.T.: Au-dessus des lois reste un titre provisoire, mais oui, effectivement. Ce film évoquera le destin d'un braqueur en cavale qui, victime d'une machination où on l'accuse d'un assassinat, s'évade au bout du monde pour prouver son innocence à sa famille. Mais j'ai envie qu'il soit moins sombre que Caïds. On entame en ce moment la préparation et les repérages avec Jean-François Hensgens, bien connu dans le milieu comme directeur photo (Dikkenek, Bouboule, Les Chevaliers Blancs…). Il le co-réalisera avec moi dès cet été.

Cinergie : La cinéphilie, vous la cultivez depuis toujours?
F.T.: Oui! Plus jeune, je n'avais pas de télé mais mon père, qui est chanteur d'opéra, m'emmenait régulièrement au cinéma. Il m'a donné la passion du cinéma français: de Michel Audiard à Jean-Luc Godard, en passant par Jean-Pierre Melville, Claude Sautet, François Truffaut. Et un peu américain, bien sûr. J'ai plus tard prolongé cette passion en ingurgitant un tas de films dans ma cellule. Par exemple, dans ma reconversion José Giovanni reste bien sûr un modèle. Cela peut sembler étonnant, mais l'artistique a toujours été très présent dans la famille: j'avais aussi un grand-père violoniste, un frère musicien et c'est mon fils qui a fait la musique de mon premier film. En devenant réalisateur, qui est pour moi le plus beau métier du monde, je me sens enfin à ma place!


En pratique:
10è Festival du Film Policier de Liège (14 au 17 avril) http://festivaliege.be/
19è Brussels Short Film Festival (27 avril au 8 mai) http://bsff.be/

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