Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/06/2015
Mots-clés : festival, Bruxelles,
 

Rencontre avec Ivan Corbisier, directeur du Brussels Film Festival

"Bruxelles a les atouts pour avoir un festival qui compte au niveau européen."

Ouvrir son festival dans le légendaire Studio 4 de Flagey, en présence du tout récent prix d’interprétation cannois, Vincent Lindon – pour La Loi du marché -, telle est la petite prouesse réalisée par Ivan Corbisier, directeur du Brussels Film Festival, qui touche à sa 13e édition. Rencontre.

Cinergie : Au-delà de La loi du marché, quels seront les grands axes de cette édition?
Ivan Corbisier : Comme depuis quelques années, la programmation tourne autour du cinéma européen avec des talents, connus ou non, qui ont une patte ou quelque chose à exprimer sur la réalité du quotidien. 121 films seront diffusés pendant une semaine, dont 11 en compétition. Ensuite, l’autre axe fondamental du festival, c’est le rapprochement entre cinéma et musique à travers des rencontres et un ciné-concert : en l’occurrence, celui de l’ex-guitariste de Noir Désir, Serge Teyssot-Gay, qui revisitera samedi un grand classique du cinéma et de Stanley Kubrick : 2001, l’Odyssée de l’espace. Enfin, le Brussels Film Festival surgit au début de l’été, on a donc un côté très convivial, décontracté et festif, qui se matérialise par du cinéma en plein air gratuit tous les soirs. Avec des séances qui peuvent atteindre 2000 personnes.

C. : Après Bertrand Tavernier et Alan Parker, Juliette Binoche devait être l’invitée du festival. Ce ne sera finalement pas le cas. Pouvez-vous nous dire ce qu’il s’est passé?
I.C. : Je l’avoue, ça a été une déconvenue cuisante, parce qu’il y a cinq ans que nous tentions de la faire venir. Elle était l’invitée parfaite, car elle a tourné dans beaucoup de films européens. Officiellement, on dira qu’elle a changé de planning. Officieusement, nous avons eu la malchance d’avoir l’accord d’un agent intermédiaire en janvier, mais qui au final, a complètement disparu de la circulation. En définitive, nous avons su très peu de temps avant le festival que Juliette n’avait pas été tenue au courant de cette invitation, ce qui nous a poussés à annuler tout ce qui était prévu autour d’elle ! Heureusement, nous avons la chance d’accueillir Vincent Lindon pour l’ouverture, ainsi que le réalisateur du film, Stéphane Brizé, ce qui n’est pas anodin, d’autant que j’avais imaginé le film en ouverture avant son succès à Cannes. Montrer ce film-là à ce moment-ci, c’est d’ailleurs autant un pari qu’un engagement.

La loi du MarchéC. : Qui seront les autres moments forts du festival?
I.C. : Sans conteste, la venue de Jacques Doillon, qui nous réserve une leçon de cinéma et présentera le début du cycle qui lui est dédié à la Cinematek.
Jérémie Renier sera présent pour présenter Lady Grey, ainsi que Bouli Lanners et Wim Willaert – (également membre du jury) - pour Je suis mort mais j’ai des amis des frères Malandrin, une avant-première belge qui est une excellente comédie. Morgan Matthews, un réalisateur anglais lauréat entre autres d’un Bafta sera là lors de la clôture, pour son film X + Y, qui est un feel good movie, histoire de terminer le festival avec le sourire aux lèvres. Et puis, dans le jury, on retrouve des réalisateurs de renom comme Christian Carion (Joyeux Noël), Olivier Masset-Depasse (Illégal), des actrices comme Erika Sainte (dont on verra le film irlandais You Are Ugly Too) et l’actrice italienne Antonella Salvucci.

C. : Concernant la sélection, s’agit-il de films que vous recevez ou allez-vous les dénicher dans d’autres festivals?
I.C. : Les deux. On contacte régulièrement les producteurs et vendeurs internationaux via leurs catalogues, et évidemment, on nous propose des films. On se rend dans tous les principaux festivals (Berlin, Cannes, Toronto, Venise…), mais aussi d’autres, comme Rotterdam ou Göteborg, vitrine parfaite du cinéma scandinave. C’est un travail de longue haleine, puisqu’on est une dizaine de personnes à visionner 800 films, sur 8 ou 9 mois.

C. : Ces dernières années, vous avez souvent insisté sur la mise en valeur du cinéma belge. Comment se matérialise-t-elle ici ?
I.C. : Nous avons 8 films belges en plein air. Des nouveautés, comme Mirage d’amour d’Hubert Toint avec Marie Gillain, ou Après la bataille, et six films récemment sortis (Alléluia, Deux jours, une nuit, La Famille Bélier, Pas son genre, Tokyo Fiancée et Waste Land). En outre, nous avons soigné notre compétition de courts-métrages, avec 17 films représentatifs. Je pourrais encore vous parler de la présence de Cécile de France dans le dernier film de Denis Dercourt (En équilibre), des rencontres professionnelles (avec Frédéric Fonteyne par exemple), une exposition, ou un speed dating ciné-musique destiné à favoriser la création chez nous…

C. : Qui dit festival à Bruxelles dit bilinguisme. Vous y veillez?
I.C. : On y veille, d’autant qu’il s’agit même pour nous de… trilinguisme, car nous avons un pourcentage de visiteurs européens qui augmente chaque année. L’anglais prend donc pas mal de place même si, bien sûr, et je pense que le public le comprend, toutes les présentations ne peuvent systématiquement se faire dans les trois langues.
Mirage d'amour avec Marie GillainC. : Comment définiriez-vous la ligne éditoriale du festival?
I.C.: L’identité d’un festival se construit au fil des années, donc les choses commencent seulement à être plus claires, plus établies. Nous aimons particulièrement suivre des réalisateurs sur le long terme, comme le réalisateur hongrois György Palfi qui revient à Bruxelles après y avoir montré son premier long-métrage réalisé en 2002, Hic (une perle. Le petit vieux, assis sur son banc, régulièrement secoué par son hoquet (Hic) et qui, du haut ou du bas de sa place, observe les tractations mafieuses qui parcourent son village). Le festival ne se limite plus comme à ses débuts sur les premiers et deuxièmes films. Sur nos 11 films en compétition officielle, il doit y avoir 3 ou 4 premiers.

C. : Dans un passé récent, vous vous êtes parfois plaint d’un manque de soutiens. Qu’en est-il aujourd’hui?
I.C. : Pour que ce festival soit plus incontournable encore, il nous faudrait en effet une équipe plus importante et davantage de subsides. C’est donc parfois compliqué d’être à la hauteur d’attentes qui, autour de nous, sont assez grandes. Vous vous en doutez, il faut avoir certains moyens pour attirer des vedettes internationales ! Et par rapport à d’autres festivals, bruxellois ou en province, comme à Mons ou à Namur, nous recevons moins de subsides. En Belgique, c’est parfois surréaliste, les budgets sont de plus en plus restreints et on voit des festivals fleurir partout. Or, je pense qu’à un moment donné, même si je ne veux critiquer l’existence d’aucun d’entre eux, on doit se concentrer sur les plus importants, les plus historiques. Je n’ai bien sûr pas l’ambition de créer ici un deuxième festival de Cannes. Mais je pense que Bruxelles, capitale de l’Europe, ne manque pas d’atouts pour offrir un festival qui aurait une meilleure place sur le continent. Là, je lance vraiment un appel.

Programme du 13e Brussels Film Festival

David Hainaut et Dimitra Bouras
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