Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2015
Mots-clés : comédien,
 

Rencontre avec Jérémie Renier pour la sortie de LadyGrey

A l’occasion de la sortie de Ladygrey de Alain Choquart, rencontre détendue et chaleureuse à Flagey avec Jérémie Renier, décidément insatiable de rôles différents et audacieux.

Pour son premier long métrage, Alain Choquart (il a notamment été chef opérateur de Bertrand Tavernier) plonge ses protagonistes en Afrique du Sud, dix ans après la fin de l’apartheid, au sein d’une mission française installée au pied des montagnes du Drakensberg. Avec ses secrets et ses douleurs passés, cette communauté de sud-africains noirs et blancs tente de vivre dans l’oubli des violents affrontements dont chacun porte encore les blessures.

Jérémie y incarne Mattis, jeune homme déficient mental qui apporte de la légèreté et de la douceur dans un univers sombre et dramatique.

Son Rôle
Alain Choquard avait pensé à moi pour ce personnage. C’est un projet qui a mis longtemps à se mettre en place car c’est un film ambitieux, demandant un certain nombre de moyens, tourné en Afrique du Sud, en Français et en Anglais. Mais c’est surtout ma rencontre avec Alain qui a été importante. C’est quelqu’un de doux, de passionné. Le scénario était très bien écrit, empli de poésie, tissé de toutes ces histoires qui s’entremêlaient sur fond du post-apartheid.
Avec Alain, nous avons essayé de construire le personnage de Mattis ensemble. C’est un personnage qui a un souci mental, une maladie, qui l’a laissé dans un imaginaire d’un garçon de 12-13 ans. Il a un rapport particulier aux émotions et aux gens.
Ce n’était pas évident, assez délicat car ce genre de rôle peut être facilement casse-gueule. Il fallait être assez subtil pour trouver la bonne corde. C’est ce que j’aime dans le cinéma, jouer des personnages que je n’avais jamais faits. C’est un personnage très différent des autres, plus spontané, qui réagit comme un enfant.

Le Corps
Pour moi ce personnage est proche de celui de Demain dès l’aube (Denis Dercourt, 2009), quelqu’un d’exalté. Et Mattis c’est d’abord un corps, une façon de se mouvoir, une manière de parler aussi. J’ai pas mal observé mon fils pour trouver un langage corporel qui soit proche de Mattis.

Claude Rich
J'ai eu un vrai rapport d'acteur à acteur avec Claude Rich, sur le film. Il joue mon père mourant, et je me suis reconnu comme dans la relation que j’avais avec mon grand-père. J’étais très proche de mon grand-père et je dois dire que c’était très beau. C’est une très belle rencontre. C’est un homme qui malgré son âge a pu rester enthousiaste et jeune , avec des yeux qui pétillent. C’est une vraie leçon de vie.

Jérémie Renier dans LadygreyÊtre acteur aujourd’hui
Il est vrai qu’aujourd’hui, contrairement à l’âge d’or du cinéma français celui des Belmondo, des Gabin, des Rochefort qui étaient des acteurs avec une personnalité charismatique, on a tendance à nous polir (les acteurs, NDLR), à nous faire entrer dans un carcan commercial. On essaie de polir de plus en plus les personnalités hors-normes. Nous sommes devenus presque interchangeables. Un comédien peut en remplacer un autre très facilement alors qu’avant on écrivait pour Belmondo, on écrivait pour Rochefort ou Depardieu. Nous n’avons plus la même stature, il y a beaucoup plus de films, beaucoup plus d’acteurs. Je pense que les acteurs d’autrefois étaient des personnalités avant d’être des acteurs. Je pense à Gabin qui avait fait la guerre et plein de choses avant de devenir une star.
Alors c’est vrai que je rencontre plein de jeunes acteurs très intéressants et qui me donnent envie de travailler et par leur choix, me font réagir.

Igor de La Promesse est-il devenu un grand frère de cinéma ?
A priori, je n’ai pas cette ambition mais si je peux donner des conseils ou faire profiter de mon parcours et des choix que j’ai faits (pour rappel, Jérémie Renier a débuté à 14 ans dans La Promesse de frères Dardenne), pourquoi pas?!
C’est vrai que j’ai souvent été le plus jeune sur les films que je tournais, mais maintenant ce n’est plus le cas ! je trouve que les jeunes avec qui je travaille sont très forts. Ils ont une conscience du monde et de ce métier tout en ayant une envie de réussir et de se donner les moyens pour réussir. Du coup, je suis assez confiant dans l’avenir. Une jeune génération est là.

Le Cinéma belge
Je suis investi dans le cinéma belge comme tout bon citoyen (rires). J’aime mon pays, j’ai envie de participer à son éveil culturel mais je vais avant tout vers des films qui me plaisent, des réalisateurs qui m’intéressent, et si ils sont belges, c’est mieux !
J’aime beaucoup le cinéma néerlandophone et ça faisait longtemps que je voulais faire partie d’un film flamand, rencontrer des acteurs flamands et donc, ça a été assez jouissif de travailler pour Wasteland (Pieter Van Hees, 2014). En plus le film se passe à Bruxelles, à Matongé, mon quartier, ma ville de jeunesse.

L’Homme-enfant
Marqué par ses rôles d’homme-enfant, Jérémie Renier semble avec l’âge aller vers des rôles plus matures, notamment son interprétation exceptionnelle de Pierre Bergé dans Saint-Laurent de Bertrand Bonnello.

Jérémie Renier dans Ladygrey« Merci pour les compliments mais c’était la recherche du personnage. Après voilà, on a le physique qu’on a! Je suis blond donc d'apparence plus lumineux, plus juvénile qu’un brun ténébreux. Il y a certainement des traits physiques qui correspondent à des traits de caractère et qui nous poursuivent tout au long de notre carrière d’acteur. Mais j’ai toujours essayé de casser cette image que ce soit dans Violences des échanges en milieu tempéré (Jean-Marc Moutout, 2003) où je jouais un consultant en entreprise, que ce soit avec les Dardenne (L’enfant, ndlr) où je suis un gars au chômage à Seraing, en passant par un film comme Dikkenek (Olivier Van Hoofstadt, 2006). J’ai toujours essayé d’aller dans des endroits que je ne connaissais pas et des univers que je découvrais. Mais il y a une part de moi que je ne peux pas occulter, même si j'ai envie de fantasmer et disparaître totalement au profit du personnage, ce n’est pas possible. Je l’ai constaté sur Clo-Clo (Florent Emilio Siri, 2012) où quoique je fasse, que je compose ou pas, il y a une part de moi qui est dans le personnage.
J’ai vraiment le fantasme de disparaître. Et cela peut me jouer des tours parce que du coup, on ne peut pas trop me classer. Quand je vois un acteur comme Louis Garrel, il est estampillé cinéma d’auteur, parisien, on le reconnaît mais en même temps il m’a épaté dans Saint-Laurent par sa composition. Il est sorti du bois mais malgré tout il y a quelque chose qui lui colle à la peau et qui du coup, le marque bien. On le reconnaît facilement. Alors que moi, à part le fait que je sois belge et blond, on ne sait pas trop dans quelle case me mettre.
D’une part c’est une force, mais en même temps, j’ai du mal à être situé par le public et par certains réalisateurs. J’adore changer d’univers, je ne voudrais pas tourner, que dans des films des Dardenne, car je n’arriverais plus à faire mon travail avec enthousiasme.

Projets
Je suis en préparation d’un film que je vais tourner avec mon frère (Yannick Renier, ndlr) qui s’appelle Les Carnivores, l'histoire de deux sœurs, c’est un peu le mythe d’Abel et Caïn au féminin.
Puis j’attaque en septembre un film consacré à Saint-François d’Assise aux côté de Gael Garcia Bernal.

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