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Rencontre avec Noël Magis, directeur de Screen Brussels

Depuis 2009, le fonds wallon de soutien à la production audiovisuelle, Wallimage, dirigé par Philippe Reynaert, chapeautait également Bruxellimage, son frangin bruxellois devenu aujourd'hui Screen Brussels. C'était donc un fonds mixte servant à la réalisation de projets divers et variés, longs-métrages, séries télé, documentaires, animations, etc., retenus sur la base de critères économiques. Mais depuis 2016, l'ancien Bruxellimage a décidé de faire cavalier seul avec sa propre équipe et ses financements propres. Grâce à cette prise d'autonomie, Screen Brussels peut mieux défendre les intérêts des sociétés bruxelloises actives dans l'audiovisuel.

Cinergie : Au moment de la création de Wallimage, on s'était dit qu'un fonds d'aide aux productions audiovisuelles n'était pas nécessaire à Bruxelles. Mais les choses ont changé.
Noël Magis: La création de Wallimage est née effectivement du constat que la Wallonie pouvait générer des œuvres audiovisuelles et que c'était un véhicule de développement économique. À l'époque, les institutions de la région bruxelloise n'étaient pas aussi développées qu'elles le sont aujourd'hui en termes de budget et de décision. Historiquement, l'industrie audiovisuelle est plutôt située, comme dans toutes les villes capitales du monde, dans sa capitale précisément. En 2009, il a été décidé qu'il serait intéressant de pouvoir investir dans les productions audiovisuelles. La logique a été, à cette époque, de mutualiser l'expertise et les moyens avec la Région wallonne dans le cadre d'une ligne mixte dans la mesure où, à ce moment-là, la région bruxelloise n'avait qu'"un million d'euros" de capacité budgétaire pour investir dans un fonds économique. Pour des raisons logiques de rationalisation et d'utilisation optimale des moyens, il a été décidé alors de confier ce budget à la Région wallonne dans le cadre d'une ligne mixte complémentaire, celle qui existait au niveau de Wallimage.

C. : Pourquoi en 2009 le besoin de soutenir l'industrie audiovisuelle bruxelloise s'est fait ressentir ?
N.M. : Parce que le marché a évolué et que le Tax Shelter est arrivé, il fallait offrir un véhicule complémentaire à ce qui avait été mis en place en termes de Tax Shelter fédéral et en termes d'aide communautaire pour pouvoir localiser en région des dépenses audiovisuelles : il fallait créer un fonds économique régional au niveau bruxellois.

C. : Est-ce que le système a fonctionné jusqu'à aujourd'hui ?
N.M. : Cela a très bien fonctionné, cela a même conduit à une amélioration de budget de 500.000 euros en cours de route. Mais, l'évolution du marché a fait que, d'une part, Screen Flanders, est aussi arrivé avec un fonds régional économique flamand. Le système a aussi montré la nécessité de disposer, en région bruxelloise, d'un véhicule d'investissement dans les contenus audiovisuels qui soit refinancé. C'était aussi une demande de l'industrie technique, des prestataires et des techniciens, des comédiens qui, étant domiciliés à Bruxelles, étaient parfois un peu plus défavorisés dans la mesure où on avait un fonds flamand important, un fonds wallon dépendant de Wallimage assez important en termes d'emploi. Autant certaines entreprises prestataires de services avaient la possibilité d'établir des sièges dans les différentes régions, en Flandre ou en Wallonie, autant un individu habitant à une adresse n'a pas la possibilité d'être domicilié à deux ou trois endroits différents comme une entreprise. Le même problème se posait pour les petites entreprises. D'autre part, force est de constater aussi que les leviers économiques sont de plus en plus régionaux et que chaque région a la nécessité de développer ses propres outils d'accompagnement des entreprises et d'emploi, en termes d'image, de marketing territorial. C'est une plateforme qui se met en place qui vient compléter le dispositif, c'est une des pièces qui manquaient à l'organisation du financement de l'audiovisuel en région de Bruxelles Capitale et en Belgique puisqu'on a, d'une part, l'incitant fédéral au niveau Tax Shelter, on a trois fonds économiques régionaux : Screen Flanders, Screen Brussels et Wallimage, avec le financement des communautés VAF et le Centre du Cinéma et de l'audiovisuel auxquels on peut rajouter les chaînes de télévision et les opérateurs qui investissent aussi dans l'audiovisuel. Donc, on a désormais en Belgique un dispositif qui est calqué sur l'organisation de la structure de la Belgique avec ses communautés, ses régions et ses dispositifs fédéraux.

C. : Est-ce qu'un producteur peut soumettre un même projet aux trois régions ?
N.M. : Il peut le faire, mais il devra défendre son dossier de manière indépendante au niveau des trois régions. Il sera possible, pour certains producteurs, de solliciter deux fonds régionaux en évaluant les dépenses qu'il compte effectuer dans les deux régions en fonction de son projet. Il pourra demander plus à une région qu'à une autre en fonction des dépenses envisagées dans l'une ou l'autre région. Je pense que ce sera plus facile pour les porteurs de projet et pour les producteurs de s'adresser aux fonds qui correspondent le plus à leurs projets, avec les personnes, les entreprises et les prestataires avec lesquels il veut travailler et qui sont les plus aptes à répondre aux besoins de son propre projet. La volonté du fonds bruxellois est de pouvoir jouer un rôle d'interface entre les producteurs tant francophones que néerlandophones et de pouvoir offrir la capacité à ces producteurs de trouver un terrain au milieu, celui de la région Bruxelles Capitale avec ses artistes, ses techniciens qui y sont domiciliés, les entreprises qui y sont présentes. Cela va offrir un choix plus large aux producteurs en matière de bouclage de budget et de préparation de leur projet.

C. : Peu importe si la majorité de la production est menée par un producteur bruxellois ou en coproduction ?
N.M. : Bien sûr. Tous les producteurs belges ont la possibilité de solliciter le fonds Screen Brussels Fund. La seule différence, c'est que les salaires des producteurs ne seront éligibles que pour les producteurs qui ont un siège social et un siège d'exploitation en région de Bruxelles Capitale comme le sont les dépenses d'un prestataire de services dans la postproduction. C'est un mécanisme qui est similaire en Flandre et en Wallonie. Trois fonds régionaux qui ont plus ou moins les mêmes modes opératoires.

C. : Il y a un maximum de budget accordé ?
N.M. : Pour tout ce qui est longs-métrages, séries télés et films d'animation, c'est un montant maximum de 500.000 euros qui peut être demandé. On a tablé à 20.000 euros le montant maximum qui peut être demandé par des producteurs de webséries car l'économie de ces productions n'est pas du tout comparable à celle d'autres productions audiovisuelles plus classiques. Cela va de pair avec la volonté d'accompagner les effets structurants de cette politique en ayant la possibilité d'intervenir sur des budgets allant de 60 à 10.000 euros souvent portés par des équipes très jeunes, pas encore composées sous forme de sociétés commerciales. C'est pourquoi on a inclus une petite exception dans notre règlement pour faire en sorte que les jeunes producteurs, qui ne seraient pas encore structurés sous forme de S.P.R.L. ou de S.A. mais bien sous forme d'A.S.B.L., puissent solliciter une demande de financement pour une websérie sur la ligne Screen Brussels Fund.

C. : Pour les longs-métrages, est-ce que quelqu'un doit passer par la Commission de sélection avant d'être présenté ici ? Est-ce qu'on pourrait imaginer faire du low budget rien qu'avec l'aide du fonds de Screen Brussels ?
N.M. : Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un fonds économique. L'objectif, c'est de générer des effets structurants et de pouvoir accompagner des projets qui font des dépenses importantes en régions. Donc, les productions plus gros budget, pour autant que le ratio entre le montant de financement qui est demandé et les dépenses qui sont effectuées en régions est intéressant, sont des projets intéressants pour les fonds régionaux. Car, par la masse de travail qui est générée, ce sont des dossiers intéressants. Chaque dossier nécessite une analyse, un traitement et il est plus simple pour des structures d'analyser cinq dossiers à cinq ou à dix millions d'euros que cinquante dossiers à 200.000 euros. C'est aussi une des raisons pour lesquelles il y a des plafonds de dépenses minimums qui sont demandés, mais il n'en demeure pas moins que des projets a priori moins importants sont aussi éligibles au fonds. Le tout est de trouver un bon ratio entre le montant de la demande et le montant des dépenses qui sont générées en région de Bruxelles-Capitale. C'est aussi une des raisons pour lesquelles on a prévu un montant de dépenses minimum spécifique de 75.000 euros pour tout ce qui est documentaire, c'est loin des 250.000 euros demandés pour tout ce qui est long-métrage ou série télé. Il y a la possibilité, pour des productions dites plus petit budget, de solliciter des fonds, elles ont aussi leur place dans le fonds de financement tel qu'il existe en région de Bruxelles-Capitale. Mais, c'est la raison pour laquelle les courts-métrages sont difficiles à traiter dans les fonds économiques. De nouveau, j'insiste sur la complémentarité des fonds qui existent en Belgique. Il y a les financements culturels qui sont opérés par les communautés, il y a les fonds économiques régionaux, le Tax Shelter et les autres systèmes de financement. C'est une articulation de ces différents modes de fonctionnement qui fait que le modèle belge est souvent envié à l'étranger.

C. : Lors de la conférence de presse, il y a eu un engouement évident de la part des maisons de production. Qu'est-ce qui explique cela ?
N. M. : C'est la nécessité de pouvoir bénéficier d'un fonds économique en région de Bruxelles-Capitale pour que ces producteurs puissent choisir des prestataires qui sont domiciliés à Bruxelles, qui reste un haut lieu de la production et du tournage pour des raisons logistiques, pratiques, historiques, de décors, d'environnement. Le fait d'avoir un fonds régional opérationnel et ambitieux sur Bruxelles était une réponse à un besoin non seulement des industries, mais aussi des producteurs.

C. : Est-ce que vous êtes nombreux ?
N. M. : Une des particularités de ce dispositif c'est qu'en région bruxelloise on a effectivement encore moins de moyens que nos collègues wallons ou flamands, on doit compenser par la créativité, par la rationalisation. C'est une des raisons pour lesquelles on a rassemblé, sous une marque ombrelle Screen Brussels, l'offre des services qui sont opérés par les différentes composantes. Donc, il y a la Film Comission qui est la structure qui offre des services aux producteurs et aux productions en matière de lieux de tournage, de repérage, de facilitation dans l'obtention de tout ce qui est autorisations, c'est le facilitateur et le promoteur des tournages en région de Bruxelles-Capitale, il y a le Cluster qui est la structure de l'accompagnement de l'entrepreneuriat opéré par Impulse (agence bruxelloise pour l'entreprise), c'est plutôt du networking, du réseautage, du conseil juridique, du conseil en termes de business plan, de subsides. Il y a Business, une ligne qui est dédiée aux investissements dans les entreprises audiovisuelles opérée par la SRIB dont c'est le cœur de métier. Et cette nouvelle composante fonds d'investissement dans les contenus qui n'existait pas au préalable et qui dispose d'une nouvelle organisation, mais tout cela est rassemblé sous une même marque ombrelle avec un site Internet portail et avec, à terme, un rassemblement de tout ce qui est informations pertinentes pour tous les professionnels de l'audiovisuel tant en région bruxelloise, qu'en Belgique, qu'en Europe, que dans le monde entier. Cette nécessité d'organisation et de rassemblement des efforts est une manière d'opérer de manière efficace avec les moyens dont nous disposons.

C. : Vous êtes trilingue ?
N.M. : Une des volontés d'un fonds régional bruxellois c'est d'être trilingue ou foncièrement porté sur l'international. Sinon, on n'aurait pas notre place à Bruxelles, capitale multiculturelle, capitale de l'Europe. Et on a la ferme intention de se tourner vers des productions, coproductions internationales. On veut favoriser le montage de coproductions tant au niveau belge francophone et belge néerlandophone qu'au niveau européen. On a essayé de mettre en place un maximum de facilitateurs pour que les coproductions internationales puissent se monter. Donc, on a mis en place un site en trois langues, un règlement en trois langues, toute une série de documents qui peuvent être remis en trois langues dans les dossiers même si le cœur du dossier reste soit en français soit en néerlandais mais les scénarios ne doivent pas être traduits nécessairement.

C. : La promotion ne fait pas partie des dépenses éligibles. Pourtant les films belges cherchent leur public et ont besoin de visibilité. Pourquoi ce choix ?
N.M. : De nouveau parce que nous sommes un fonds économique dont l'objectif est de créer des effets structurants dans l'industrie audiovisuelle. Quand on parle d'effet structurant, on entend l'emploi et le carnet de commande des entreprises et des individus en région de Bruxelles Capitale. L'objectif n'est pas de financer des productions ou des contenus générés par des agences de pub ou de promo même pour des contenus dits culturels, audiovisuels. L'objectif du fonds culturel, c'est de créer du boulot pour les individus et pour les entreprises dans le domaine de l'audiovisuel. La promotion n'entre pas dans ces dépenses, même si un bon produit audiovisuel doit pouvoir aussi être réfléchi en matière de promotion, de diffusion mais ça n'entre pas stricto sensu dans le périmètre de notre fonds régional. Il y a des actions qui sont développées à ce niveau par le centre du cinéma et de l'audiovisuel et par le VAF et Flanders Image pour faire la promotion des œuvres produites dans leur communauté.
Le fait de pouvoir soutenir des projets qui ont inclus d'emblée dans leur réflexion, voire dans leur écriture, un réflexe par rapport au public à qui ils s'adressent peut entrer en compte lors de la sélection des projets.

C. : Quel est votre budget ?
N.M. : La contribution de la région bruxelloise, dans le cadre de la ligne mixte, était de un million et demi d'euros, ligne mixte également alimenté à 50% par un million et demi d'euros de la région wallonne. Le fonds Screen Brussels est doté annuellement d'un budget de 3 millions d'euros donc la région de Bruxelles Capitale a doublé son investissement dans le fonds dédié à l'investissement dans les contenus en ajoutant un million également cette année dans le Fonds Screen Brussels Business qui est un fonds d'investissement dans les entreprises audiovisuelles.

C. : Combien de projets recevez-vous ?
N.M. : Dans le cadre de la ligne mixte Wallimage-Bruxellimage, tout dépendait des sessions mais nous recevions entre 8 et 18 projets. C'était plus ou moins un tiers des dossiers qui pouvait être retenu. Je ne sais pas combien de dossiers nous allons recevoir pour ce premier appel. 
On a la volonté d'avoir un line up de projets qui soit suffisamment variés, entre longs-métrages, séries télés francophones ou néerlandophones, films d'animation, séries d'animations, webséries, documentaires, projets nationaux, internationaux. On voudrait un nombre de projets relativement variés. C'est pour cela que l'on n'a pas défini de ligne spécifique. C'est plutôt en fonction de la qualité des projets en termes de retombée économique. Il ne faut jamais oublier que c'est le prisme d'analyse des fonds économiques.

Pour plus d'infos: Screen.brussels

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