Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Le YEFF ! fête ses dix ans à Bruxelles

Y comme Young, E comme European, F comme Film, F comme Forum

Après Berlin, Göteborg, Paris, Lubiana et Milan, c'est à Bruxelles qu'a eu lieu la dixième édition du YEFF !, le "Young European Film Forum". Cet événement, qui se tient tous les deux ans dans une des villes du YEFF, un réseau européen d'associations, a pour objectif de sensibiliser les 18-25 ans à la richesse de la diversité culturelle en Europe.

Concrètement, de quoi s'agit-il ? Pendant le YEFF !, une soixantaine de jeunes vont se rencontrer et vivre ensemble pendant 15 jours. L'objectif ? Réaliser des courts-métrages sur la diversité culturelle de la ville hôte. Pour les associations du YEFF !, implantées dans 11 pays d'Europe, la sensibilisation à la diversité culturelle est intimement liée à une immersion dans un pays étranger et à un mélange des participants. Et quoi de mieux qu'un film pour encourager les échanges entre les jeunes ? Ces derniers vont sillonner la ville, enquêter, tourner et monter leur propre film avec l'aide de professionnels. Cette année, c'est le Centre Vidéo de Bruxelles qui organise l'événement, financé par l'Europe et par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Une soixantaine de jeunes ont débarqué à Bruxelles, ils ont été répartis par groupes de cinq et chaque groupe devait se concentrer sur un quartier bien spécifique de la capitale comme Matonge, le Parc Astrid, la rue d'Aerschot, etc. Les jeunes se sont baladés, ont observé, ont réfléchi ensemble à la meilleure manière de représenter le quartier par le biais tantôt de prises de vues réelles, tantôt d'animation. Chaque groupe était non seulement chapeauté par un leader, plus centré sur la dynamique du quotidien du groupe, mais aussi guidé par des gens du métier, des documentaristes, des animateurs.

Selon Aurélia Pfend, coordinatrice de Coup2Pouce, une émission de Télébruxelles impulsée par le CVB qui occupe une place non négligeable au sein du YEFF ! de cette année, les jeunes participants n'ont presque aucune base en matière de langage cinématographique. "On voulait approcher ce langage avec eux et leur donner des armes pour atteindre leur objectif". Pour ce faire, ils ont fait appel à des documentaristes comme Guerin Van de Vorst, Maud Giraud, Guillaume Orain Audooren pour suivre les groupes, en terme de consultation pour pointer du doigt leurs intentions, la question de fond, de forme et comment on lie les deux pour en faire un langage. On voulait qu'ils soient le plus précis possible."

Les trois professionnels ont d'abord demandé aux jeunes de repérer ce qui les intéressait dans le quartier qui leur était attribué. À partir de cette idée, ils leur ont demandé comment on pouvait construire un sujet, et quelle forme on pouvait lui donner. Ils se réunissaient toutes les demi-journées pour rediscuter des enjeux, des formes. Comme le souligne Guillaume Orain Audooren, "ce sont les jeunes qui font tout, mais on était là pour leur donner des conseils de construction de film car certains n'avaient vraiment aucune approche. Je leur ai surtout appris à prendre le temps de se balader, à ouvrir les yeux, à trouver ce qu'ils ne cherchaient pas nécessairement. Je leur ai conseillé de filmer peu mais de bien préparer le travail en amont."

Cette année, deux membres de l'atelier d'animation Graphoui, Aline Moens et Romain Assenat, ont également pris part au YEFF ! en suivant deux groupes. Il s'agissait d'amener l'animation dans le documentaire pour élargir le langage et l'expression. Aline, qui a déjà réalisé plusieurs films avec divers publics, a suivi un groupe qui travaillait sur le thème de la prostitution dans le rue d'Aerschot. Selon elle, "la question c'est de trouver la bonne distance pour parler de cette rue. Mais c'est difficile pour eux car ils restent souvent avec l'idée qu'un documentaire c'est d'aller vers ces femmes et en savoir plus sur leur vie. Ils voulaient raconter le quotidien de ces femmes mais l'échange n'est pas toujours évident". "Ce que j'ai proposé comme animation, contrainte qui leur était imposée, c'est de dessiner l'histoire de ces femmes sur le mur de la rue d'Aerschot. La séquence est montrée en boucle de plus en plus vite. Je leur ai proposé d'utiliser la métaphore du mur pour parler de cette confrontation entre la prostitution et le regard de la société. Le mur peut être le miroir de la société, le mur est un vis-à-vis aveugle, le mur oublie tout."

Comme l'explique un des jeunes de ce groupe, "l'idée, pour nous, c'est de répondre avec l'animation à nos questions relatives à la prostitution. Nous savons que faire des documentaires sur la vie réelle des prostituées qui travaillent dans la rue est très difficile. Nous avons seulement trois jours pour filmer et monter et souvent, pour trouver quelqu'un qui veut bien s'exprimer devant la caméra, cela prend plus de temps. Nous avons essayé, mais au vu des difficultés, nous avons commencé à répondre nous-mêmes à nos propres questions. Le résultat mêle donc nos points de vue et une animation en stop-motion qui tente de raconter la journée de ces femmes. Ce fut une réelle expérience de faire ça dans la rue car on tournait le dos à ces femmes en train de travailler et on représentait ce que nous pensions d'elles. Je pense que le plus enrichissant de toute cette expérience a été d'être là, de le vivre et d'exprimer ce qu'on ressent quand on est dans le milieu de la prostitution et la rue."

Un beau projet pour ces jeunes issus des quatre coins d'Europe qui ont appris à se rencontrer, à découvrir une nouvelle ville, à discuter entre eux, à élaborer un projet commun, à développer des connaissances liées au cinéma, à la réalisation d'un film, à appréhender le multiculturalisme inhérent à notre société.

Les films réalisés par ces jeunes sont disponibles sur le site du YEFF !



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