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Mots-clés : documentaire, sport, Liège,
 

Standard, le film

Avant-première de Standard, le film

Tous ensemble, tous ensemble, hey hey !

Hier soir, je suis allée, un peu dubitative, à l'avant-première du film de Benjamin Marquet et Brieux Ferot au cinéma le Parc à Liège. J'entre dans la salle, rouge, dans laquelle résonnent les cris préenregistrés des supporters comme musique de fond. La salle se remplit peu à peu, certains ont emmené des chopes pour l'occasion, comme au stade. "Papa, papa, y a un joueur!" que j'entends derrière moi. "Je crois que c'est Mehdi Carcela". Dans ma tête: "qui?". Même si j'ai grandi à Seraing, juste à côté de l'enfer de Sclessin, je n'ai jamais vraiment suivi les pérégrinations des Rouches. Mais quand ils ont gagné en 2009, je suivais la foule avec mes amis et j'étais, sans trop savoir pourquoi, heureuse d'être là. Hier soir, les deux réalisateurs parisiens m'ont donné l'explication.

standard, le filmAprès une rencontre avec les frères Dardenne, deux fans du club liégeois, Brieux Ferot, collaborateur du mensuel français So Foot, un magazine consacré à la culture foot,propose à son ami Benjamin Marquet (Lads et jockeys, 2007) de réaliser un documentaire sur les supporters du Standard. Réticent à l'idée de quitter Paris, Benjamin décide quand même de venir faire un petit tour à Liège pour tâter le terrain. Conquis, il pose ses valises avec femme et enfants pour un séjour de 18 mois dans la cité ardente. Pendant cette période, les deux réalisateurs vont rencontrer une série d'aficionados, le mot est faible, ceux qui deviendront plus tard les protagonistes de leur film.

Chaque matin, Francis va à la libraire et achète tous les journaux. Il rentre chez lui et se met à découper, adroitement, tous les articles, francophones et néerlandophones (même s'il n'en comprend pas un traître mot), à les répertorier dans ses classeurs, rouges, qu'il va ensuite ranger méticuleusement dans la pièce du haut, un véritable musée consacré au Standard depuis ses débuts. C'est hallucinant. Francis connaît tous les matchs, les résultats, les buteurs, les stades. Tout. Et puis il y a aussi Nadine, Chris et sa fille Lily, Sébastien et ses enfants Amandine et Junior et les Ultras. Des personnages pleins d'humanité, drôles, touchants, passionnés. Benjamin Marquet les filme de près, de très près. Sans pudeur, en toute confiance.

Le Standard de Liège, c'est aussi un lieu, à côté du terril, à côté de Cockeril. Le Standard est un club populaire qui a grandi avec son histoire, sa situation géographique et Benjamin Marquet a compris cet ancrage dans la terre ouvrière qu'il rend belle. Alors oui l'accent des protagonistes est parfois quelque peu prononcé mais le réalisateur ne s'est pas contenté de cibler cette population en particulier. Il a également choisi une protagoniste qui vit à Bruxelles et qui soutient ce club. Être supporter du Standard n'est pas synonyme d'être liégeois. Non, cela signifie faire partie de la grande famille des "Rouches" sans distinction linguistique.

Ce projet n'a pas fait rêver les producteurs en France... Mais les deux réalisateurs se sont battus bec et ongles pour financer leur projet. La société de production liégeoise Tarantula s'est lancée dans l'aventure avec, entre autres, la RTBF. Une partie du financement a également été récoltée grâce au site de crowdfundind Kiss Kiss Bank Bank.

Difficile de faire la part des choses entre subjectivité et objectivité. Je connaissais les lieux, les chants, le stade (où j'ai quand même mis les pieds une fois), l'accent. Et c'est vrai que dans le cœur des liégeois, le Standard restera toujours le Standard. Mais quid des autres spectateurs? Ceux qui ne viennent pas de Liège, ceux qui n'y connaissent rien, ceux qui méprisent le foot, ceux qui n'y voit qu'un rassemblement de mecs qui gueulent, qui picolent et qui insultent ?

Tous ceux là doivent voir ce film (d'ailleurs, si vous parvenez à rassembler une grosse centaine de personnes, les réalisateurs se déplacent pour le projeter) parce qu'être supporter de foot ce n'est pas que ça. Être supporter c'est presque: une raison de vivre pour certains, un choix de vie pour d'autres, une transmission familiale, des souvenirs, un exutoire, une passion. C'est beau, vraiment. Comme dit Francis, une fois qu'on est entré dans le stade de Sclessin, on ne peut plus jamais s'en passer, il y a quelque chose de plus fort là-haut, un démon peut-être. 

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