Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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Sur le tournage de Etre de Fara Sene

Le fabuleux destin d’Etre

Grâce notamment, à la présence de Bruno Solo au casting, le film Etre a permis de marquer tant les débuts d’un réalisateur français, Fara Sene, que ceux d’un jeune producteur belge, Nicolas George. Cinergie a palpé l’ambiance d’un tournage qui s’est déroulé presqu’intégralement à Liège. En Belgique décidément, les tournages se suivent mais se ressemblent pas. A l’heure où Vincent Lannoo et Ismaël Saïdi ont bouclé leur film (Les Ames de Papier et Maroccan Gigolos), où le plateau d’une grosse production française (Supercondriaque, avec Dany Boon) croise celui du dernier film de Benoît Mariage (Akwaba, avec Benoît Poelvoorde), non loin des caméras d’Hollywood (The Wikileaks Project), Etre, le premier film de Fara Sene touche lui à sa fin. Un tournage sur lequel Cinergie s’est rendu.

Un réalisateur issu du …basket-ball! Les prémisses du destin particulier de ce film remontent déjà à 2005, comme nous l’explique son réalisateur. "A l’époque, je terminais une brève carrière de réalisateur de clips, et je me lançais dans le court-métrage. J’avais déjà en tête de faire vivre un scénario de long. J’ai commencé avec des petits films de gangsters, mais j’envisageais un jour de porter un regard plus global sur la société, de traiter le genre humain. La différence avec mes premiers films, c’est que je n’avais pas d’argent pour les faire et que maintenant j’ai un budget. Pas mirobolant certes, mais je peux utiliser ici des choses aussi nouvelles qu’essentielles pour mon travail, comme une image plus léchée, une voiture-travelling ou même une grue." Bien que le pitch de ce scénario ne tienne que sur vingt-quatre heures, celui-ci reste assez ambitieux. Il mêle la vie d’une foule de personnages aux profils diamétralement opposés (un policier aigri, un homme désirant quitter sa cité, une fille qui vit mal son adoption, un boulanger blasé…): en une journée, toutes ces destinées vont s’entrecroiser et s’influencer mutuellement. Tout révélant pour chacun des choses qu’il se refusait de voir. Bruno Solo, moteur du projet. Incontestable fer de lance du projet, puisqu’en 2013, un projet se monte – et hélas, de plus en plus souvent - sur un "nom", le comédien Bruno Solo avait accepté le rôle dès sa première lecture du scénario. C’était il y a 4 ans. "En effet", précise l’acteur, "Mais c’est normal. Je n’ai pas tous les jours l’occasion de recevoir un scénario pareil. Puis, le parcours atypique de Fara, qui est quand même un ancien basketteur professionnel, et sa force d’abnégation m’ont interpellés."Bruno ne ment pas, j’ai joué en D2 française de basket", confirme l’intéressé: "Mais j’ai très tôt eu envie de faire du cinéma. Le sport m’a quand même été utile pour la gestion de groupes. Car c’est comme sur un tournage, finalement: chaque individualité se met au service d’un collectif. Et plus ces individualités sont fortes, plus le résultat, donc le film, sera forcément meilleur."etre de fara sene
Pour Solo, l’occasion était surtout idéale, à travers ce rôle, de changer de registre. Ce comédien "bankable" s’est pour rappel surtout fait connaître grâce à des comédies populaires (La vérité si je mens 1, 2 et 3, Jet Set) et à la télévision (Caméra Café). "C’est un peu ça", admet celui qui a vécu à Bruxelles entre 2001 et 2005. "Mais je suis décidément étroitement lié à votre pays, car c’est quelque part grâce à …Georges Simenon et le tournage de Jusqu’à l’enfer pour France Télévision, dans lequel j’avais un premier vrai rôle sérieux, qu’on a commencé à me proposer des choses différentes, autre que comiques. C’est d’ailleurs en voyant ce téléfilm-là que Fara a songé à moi pour Etre. Et même si je gagne ici moins que sur une pièce de théâtre à Paris, que j’ai pas mal souffert en tournant quasi nu en extérieur par -1˚, pendant la nuit à Liège, je tenais à répondre présent. Coûte que coûte."

etre de fara sene47 comédiens belges, dont une étoile montante: Astrid Whettnall.
Parmi les 56 comédiens employés pour ce film, 47 sont Belges. Impossible de les citer tous évidemment, mais on épinglera les présences de Benjamin Ramon, Stéphanie Van Vyve, Fabrice Adde, Pierre Nisse, Thierry de Coster, Eric Larcin ou encore, deux frais lauréats d’un Magritte, le talentueux David Murgia et la classieuse Anne-Pascale Clairembourg.
Et puis, le jour de notre visite, il y avait aussi celle de la comédienne belge du moment, Astrid Whettnall, si convaincante dans Au nom du fils, le prochain film de Vincent Lannoo qui risque bien de faire parler de lui le 3 avril prochain. "Dans Etre, je joue une maman qui a un gros souci de communication avec sa fille. C’est un personnage assez rigide, mais les choses vont bouger pour lui, dans cette histoire qui, vous le constaterez j’espère, est très belle." Réclamée absolument partout en ce moment (Le Capital, A tort ou à raison, Le monde nous appartient, Maroccan Gigolos, Akwaba…) cette actrice, longtemps arpenteuse des planches, se révèle donc sur grand écran un peu sur le tard: "Pourquoi cela arrive-t-il maintenant, dites-vous? Sincèrement, je l’ignore. A moins que ça ne soit parce que je fasse partie de ces rares comédiennes qui adorent leur agent (rire). Mais c’est vrai que depuis que je travaille avec lui (NDLR: Christophe Robba) et que Vincent Lannoo m’a donné un magnifique second rôle dans Little Glory, quelque chose de nouveau semble se passer. Même si on ne me reconnaît pas encore en rue, sourit-elle. Mais vous savez comme moi qu’il y a une part de chance dans tout ça. J’ai encore beaucoup de projets sur le feu. En mars, je commencerai, le tournage de Johnny Walker, un film flamand avec Eric Godon et Christelle Cornil. Et je viens de coécrire un scénario avec Philippe Falardeau, un réalisateur québécois nommé aux Oscars l’an dernier pour Monsieur Lazhar. Je mise beaucoup sur ce film-là aussi.

Un producteur d’à peine 30 ans
Initié en France par Cinétévé (avec France 3 et TV5 Monde comme diffuseurs), la société de Fabienne Servan-Schreiber, ce film au budget assez modeste d’1,7 millions d’euros n’a donc pu se mettre en place que grâce à l’apport belge des Films du Carré, une toute nouvelle boîte liégeoise créée par un jeune producteur d’à peine 30 ans, Nicolas George. "Mon but a toujours été de faire des films", nous répond ce grand bonhomme sympathique et au visage si juvénile qu’on le confondrait presqu’avec un étudiant. "C’est une réelle chance de débuter par un tel projet. C’est un film choral qui repose sur un scénario solide. Puis, l’équipe est essentiellement belge et elle est très motivée." Il faut dire qu’elle se connaît, puisque la plupart des techniciens ont œuvré l’été dernier deux courts-métrages (Silence, on détourne et Le garçon impatient, avec également Astrid Whettnall). "Oui, ces deux films ont été réalisé par Bernard Garant qui, je tiens à le préciser, a joué un rôle primordial dans ce film. C’est le premier assistant de Fara Sene, mais c’est surtout lui qui a casté les comédiens en un temps-record. Il a été assistant des frères Dardenne et il est là depuis 20 ans: il connaît donc à merveille le cinéma belge."
Alors, produire un premier film à 30 ans en Belgique, l’opération est-elle si difficile? "Comme n’importe quel premier film, ça a été surtout compliqué de convaincre les investisseurs de se lancer dans l’aventure, de leur faire croire au potentiel du film. Puis, ce n’est pas forcément simple d’arriver avec une nouvelle société dans un circuit assez restreint. Notre budget est étriqué, donc nous tournons tout en 32 jours. Je devine qu’un réalisateur aurait idéalement besoin de deux ans de tournage avec une équipe complète mais voilà, ce n’est bien sûr pas possible et on doit se confronter à la réalité économique."Sortie espérée pour 2014. En attendant la sortie du film – dont le tournage se bouclera par trois petite journées à Paris -, espérée dans un an, Les Films du Carré développeront d’autres projets. "On bosse sur des films majoritaires belges, comme le tout premier, justement, de Bernard Garant. Nous avons aussi sur le feu un projet de Dick Tomasovic, un film d’horreur qui revisiterait le mythe d’Orphée, pour lequel on cherche encore un réalisateur. Puis, des coproductions aussi. Bref, pas mal de choses bien différentes à mettre en œuvre, mais c’est aussi ça l’enjeu de métier de producteur!" Et celui des médias, donc de Cinergie, de les suivre de près: nous vous en tiendrons bien sûr au courant !

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