Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
Mots-clés : animation, court métrage,
 

Toutes nuancées de Chloé Alliez

J’aime les femmes parce que…

Je me souviens de ma première peinture à l'huile. J'avais treize ans, ma grand-mère venait de mourir. C'était un portrait sans elle, une autre femme, mais elle tout de même comme peut l'être un visage-nom dans un rêve.

Je me souviens de cette monitrice ivre qui fêtait la fin de cette colonie de vacances; je la regardais pisser. Je crois que je ne comprenais pas ce que je voyais. Pourtant je comprenais "femme", "pisser", et peut-être même "ivre".

Je me souviens qu'à l'armée on disait il n'y a pas de mauvaises langues il n'y a que des femmes frigides, et je me souviens que cela me faisait rire mais que je n'étais pas certain de comprendre, j'avais vingt ans.

Je me souviens de Je me souviens de Georges Perec

image du court Toutes nuancées de Chloé AlliezSous la forme d’une liste qui rappelle celles de Queneau ou Perec, Chloé Alliez signe, avec son court-métrage de fin d’études intitulé Toutes nuancées, une lettre d’amour dédiée aux femmes, à toutes les femmes. Bonheur des répertoires, plaisir du relevé, délice de l’inventaire. Cinq minutes d’animation et d’énumérations qui nous livrent une observation joyeuse et décalée du monde au féminin.

Elles ont des têtes d’interrupteurs avec le bouton on/off en guise de nez, un corps carré mais des seins en forme d’obus. Elles sont blondes, rousses, maigres, rondes, jeunes ou vieilles… Elles sont délicates ou pas, soupe au lait ou pas, excessives (légèrement) ou franchement cheloues… Leur point commun ? Un petit quelque chose qui nous dit qu’il ne faut pas trop les emmerder quand même… Autoportrait de la cinéaste ? Hommage rendu à celles qu’elle aime ? Les deux à la fois sans doute…

Avec un univers graphique simple et efficace et un texte savoureusement écrit et interprété, Chloé Alliez dresse un inventaire des caractéristiques féminines en jouant sur les clichés, en les déplaçant, ou en les assumant de belle manière. On aurait pu parier sa petite culotte que Guillaume Galienne assurait de façon si poétique les intonations pleine de volutes et de ruptures de la voix off : que nenni ! Le générique de fin nous apprend qu’il s’agit de Pierre-Paul Constant qui partage avec l’acteur de la comédie française, la passion du théâtre et le talent, mais visiblement aucun lien de sang.

Un film léger mais aussi politique qui met à mal le soi disant « féminin » et qui propose une chute qui vient, avec le sourire, donner plus de nuances encore au propos. 

commentaires propulsé par Disqus