Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/11/2002
Mots-clés : télévision, court métrage,
 

Ça Tourne-Tout Court, émissions de Renaud Gilles

Toutes deux sont diffusées mensuellement : l'une sur la Une, l'autre sur la Deux. Toutes deux sont produites par Renaud Gilles. Radioscopie du démarrage de deux émissions dans une saison de transition.


Cinergie : La saison vient de commencer avec plusieurs émissions cinéma com
me si la défunte émission TéLéCiNéMa avait éclaté en plusieurs modules et sur les deux chaînes de la RTBF. Qu'en pensez-vous ?
Renaud Gilles : On peut parler du passé ne fut-ce que pour expliquer le présent. Les années d'expérience de l'émission TéLéCiNéMa ont été importantes. Ceci étant, la RTBF est consciente qu'elle doit répondre à une demande venant de tous les publics. Répartir le cinéma entre différentes tranches peut donc être intéressant : Screen  pour les jeunes sur la Deux, Philippe Reynaert au JT de 13h le mercredi sur la Une, la séquence de Fabienne Vande Meerssche ou encore la rubrique de Tu passes quand tu veux . Mais les contraintes budgétaires actuelles sont telles qu'il n'était plus possible de faire un magazine critique hebdomadaire. Je ne déséspère pas, après les bouleversements que nous sommes en train de vivre, que la RTBF y revienne. Je suis assez optimiste là-dessus.

Dans cette période de transition, supprimer, entièrement la critique aurait été une très mauvaise politique culturelle. Par contre recentrer sur un magazine plus large comme  Ça tourne  avait tout son intérêt. Mais je ne vois pas l'émission durer plus d'une saison. Il faut penser à évoluer. On n'est plus à l'ère où les émissions pouvaient durer vingt ans. Le cinéma et les médias évoluent ainsi que la demande. Je pense que TéLéCiNéMa avait toujours sa place mais sous une autre formule, la Direction n'en a pas voulu et a préféré éclater l'offre. Avec Ça Tourne on va vers une émission d'une plus grande proximité et d'une plus grande complémentarité avec cette offre. Dans un rythme hebdomadaire, avec l'équipe réduite qui était la nôtre pour faire tourner l'émission, il était difficile de saisir l'événement. On l'a fait au coup par coup : à Namur, au , à Cannes. Mais pas systématiquement alors que la Belgique est un territoire de Festivals. Donc, pourquoi pas, pendant une saison de transition, montrer cela au public.
Cela nous donne l'opportunité d'avoir plus de recul, de s'intéresser davantage à l'actualité belge proprement dite. Quant à la dimension critique, « Ça Tourne » présente chaque mois les opinions d'un critique de cinéma sur quelques films seulement mais pas n'importe lesquels... Cela permet au public de faire connaissance avec la personne dont elle lit les avis dans la presse et par ailleurs de les diversifier. De plus en plus, les gens comparent les critiques avant de se déplacer en salles, picorent à la radio, à la télé où Philippe Reynaert donne, je le rappelle, son avis critique chaque mercredi midi, dans la presse ou sur un webzine (rires).


C. : Nous avons trouvé la première émission cohérente. Quelle est la ligne éditoriale qui vous guide ?
R. G. : Dans cette première émission, on a du se faire violence. Il y avait beaucoup plus de sujets prévus : une capsule sur le festival de Namur retraçant l'historique du Festival, un portrait d'Olivier Gourmet et un sujet sur l'incidence du Tax-Shelter sur notre industrie cinématographique. « La Libre Belgique » a écrit : « ça tourne trop vite ». Elle a raison. Venant d'une émission comme TéLéCiNéMa où l'on couvrait systématiquement l'actualité des sorties, on avait envie de parler, sur un mois de beaucoup de films parce que l'actualité était très riche, j'ai proposé à Fernand Denis, notre premier critique invité de choisir 7 ou 8 films. C'était trop. L'émission aurait pu durer 90' ou 80' et là on aurait pu mettre tout ce que l'on souhaitait.
La ligne éditoriale de Ça Tourne se résume à cette formule : « C'est l'événement qui nous accueille ». Namur est le Festival du Film Francophone. Donc, dans cette première émission, c'était la francophonie au cinéma. Gérard Corbiau l'amorce très bien dans l'entretien qu'il nous a accordé. Fernand Denis et Vincent Lanoo également. Tout cela est distillé d'une manière homogène, néanmoins, on peut considérer que c'est un peu l'émission zéro de la série. On va tenter de couvrir moins de films avec le critique du mois afin de pouvoir distiller d'autres sujets, retrouver le côté riche et éclectique du projet de départ.

Dans le prochain numéro, comme on s'insère, entre deux festivals, le Festival de Gand qui sera terminé et le Festival Cinémas d'Espagne et d'Amérique Latine qui débutera le lendemain de la diffusion de notre second numéro (7 novembre), on va tourner à Flagey. D'autant qu'il s'y passe plein de choses, actuellement, par rapport aux salles et que la Cinémathèque y trouve une pleine renaissance. Un mois après l'ouverture de Flagey, on pourra, avec Gabrielle Claes et d'autres invités, tirer les premières conclusions de ce nouveau défi et de cette nouvelle voie dans laquelle s'engage la Cinémathèque. Partant de là, on a envie de faire une émission dont la ligne éditoriale serait : Quelle alternative au cinéma « mainstream », dont le marketing nous rabat les oreilles à longueur d'années ? Quelle alternative à un cinéma formaté qui, à la limite, n'a pas besoin de nous pour survivre. Le public connaît-il le cinéma qu'on peut voir au Nova, à l'Aremberg-Galeries, le patrimoine artistique dont s'occupe la Cinémathèque ? La province connaît-elle le Forum, le Churchill ou Le Parc? J'ai tendance à croire que si nous ne l'en informons pas, une certaine partie du public et non des moindres, continuera à l'ignorer. Voilà pour le second numéro. Ce sera un défi parce qu'on est diffusé sur la Une et qu'on doit donc s'adresser à tous les publics ce qui signifie qu'il faut rendre ça sexy, si j'ose dire (rires).

C. : Je ne sais trop pourquoi la culture à une image vieillotte en Belgique (ce n'est pas le cas en France) alors qu'au contraire elle crée de la vie, de la respiration par rapport à notre quotidien. Présenter l'émission à Flagey est une bonne idée. Le lieu risque de devenir très vite l'endroit branché de Bruxelles.
R. G. : S'insérer à Flagey, même si c'est comme des cloches après Pâques après cette magnifique campagne de promotion, est important pour moi. Au lieu de faire la promo d'un événement dont on a rien d'autre qu'un projet en main, venir un mois après le début des activités, permet de voir comment ont démarré les activités. Mais d'une manière globale, si comme vous le dites, s'il est vrai que le public a une image vieillotte de la culture - cela dit, beaucoup moins en Flandres que chez nous - c'est peut-être parce que certains médias qui se doivent d'être le reflet de notre culture, en donne cette image ? Peut-être devrait-on plus réfléchir au rôle de la télé. Doit-elle suivre le mouvement ou y participer voir à le créer ?! et là ...


C. : Parlons de Tout Court puisque nous relayons, ainsi que La Libre Cinéma, l'émission dans la presse imprimée et on line dans Cinergie.be.
R. G. : Tout Court fait partie du projet Ça Tourne. C'était une annexe. Dans TéLéCiNéMa, on s'était donné la possibilité, une fois par mois, de diffuser un court métrage et d'inviter son réalisateur sur le plateau. Ça tourne est un mensuel et en admettant le fait incontournable que les courts métrages sont de plus en plus longs, il devenait difficile d'évoquer, dans le cadre d'un 52', un court métrage sauf à renoncer à faire parler le réalisateur. Il me tenait à coeur d'ouvrir un espace sur la DEUX - d'autant que la Chaîne était en demande de projets - aux jeunes réalisateurs belges. J'ai proposé à Carinne Bratzlawsky, un petit module : Tout Court qu'elle a apprécié et qu'elle a tout de suite inséré, dans sa grille.
Le concept est simple. Il s'agit d'inviter le court métragiste à présenter son oeuvre ; se présenter lui-même et son film dans un lieu qu'il choisit. Je pense que c'est plus propice à la rencontre qu'il puisse choisir lui-même un lieu qui lui convient. L'environnement est primordial surtout pour un réalisateur qui fait des repérages et choisi les lieux de tournages avec soin. Et d'ailleurs, cela se transmet dans ce qu'il a à exprimer. On se prend deux heures, il présente son court métrage et il dit pourquoi il a fait ce film. C'est l'opportunité pour eux de dire où ils en sont et vers quoi ils vont aller. C'est peut-être dommage que cela n'ait lieu que mensuellement, mais il faut reconnaître que la DEUX est l'une des rares chaînes qui accepte un rendez-vous fixe pour présenter un jeune réalisateur. Je tiens à signaler aussi que pour cette émission, je n'ai aucun budget propre, je dois rabioter sur mon budget de Ça Tourne mais pour moi, l'essentiel est que nous parlions de ces réalisateurs en devenir.

 

Cinergie : Oui, vous avez raison, c'est très important parce que c'est l'avenir de notre cinéma qu'on découvre. 
R.G. : D'autant que si nous prenons Joachim Lafosse avec Tribu (mois d'Octobre), celui-ci révèle que Dominique Janne finance l'écriture de son premier long métrage. C'est un procédé extrêmement rare en Belgique, une sorte d'aide à l'écriture. C'est tellement peu courant. Pierre-Paul Renders, que nous avons interviewé récemment, nous disait à ce sujet qu'il rêvait qu'une des incidences du Tax-shelter, soit qu'une partie des recettes d'un film revienne à la production de manière plus conséquente pour permettre à la production de le payer pour écrire plutôt que de faire des jobs temporaires ou pointer au chômage. 

C. : Est-ce que vous comptez développer le module making off des films en tournage ? Nous posons d'autant plus volontiers la question que les éditeurs de DVD belge sont à la recherche de bonus pour les films qu'ils désirent sortir.
R. G. : Ça Tourne continuera à parler et à montrer les tournages en cours de fabrication chez nous comme le faisait plus sporadiquement TéLéCiNéMa. La première émission montrait le dernier film de Dominique Cabrera avec Miou-Miou, nous sommes allés sur le tournage de Tom Barman, nous irons sur le prochain Benoit Mariage, ...Mais la question des bonus DVD nous préoccupe depuis plus de deux ans. J'ai eu des contacts avec l'extérieur de la maison, avec Boomerang, pour ne pas les nommer, Boomerang Pictures qui prend des risques au niveau du cinéma belge. J'ai trouvé ça formidable. J'ai toujours poussé à ce qu'une collaboration s'instaure mais cela n'a jamais pu se faire, jusqu'à présent. Il semblerait que la RTBF soit assez gourmande au niveau des droits. Je trouve surprenant qu'un service public n'accepte pas davantage de partenariat, notamment en matière de DVD. Je me suis entendu dire : on peut le faire nous-même. Peut-être mais on attend toujours que cela se fasse. TF1 est en partenariat. Arte et Studio Canal le font eux-mêmes. Je trouvais que ce partenariat, vu nos difficultés financières était comme une petite bouée de sauvetage. Ce serait une magnifique promotion pour le cinéma et pour la RTBF. Etablir un partenariat et libérer un matériel qui dort dans nos caves, tout ça pourrait contribuer à redorer notre blason. Nous ne sommes jamais arrivés à nos fins parce que ça coince au niveau des affaires commerciales.


C. : C'est dommage parce que lorsqu'on consulte le DVD La Promesse-Rosetta, ce sont les excellentes interviews de Dominique Rabourdin pour Arte qui sont présentes dans le bonus. Donc pub pour Arte ! 
R. G. : Et bien oui, je ne vous le fais pas dire d'autant que régulièrement par rapport à une émission comme la nôtre, le spectateur comprend facilement que s' il voit deux minutes d'Emilie Dequenne ou deux minutes d'Isabelle Huppert, généralement on passe une demi heure avec eux. Alors que fait-on du reste? Je suis d'accord de dire qu'il y a sûrement des chutes mais cela n'empêche que proportionnellement, il y a énormément de choses qui dorment et dont on ne fait rien. Et je ne suis pas le seul à avoir cette envie, Philippe Reynaert et Hugues Dayez l'avait aussi. Aller au-delà du film quand on a l'opportunité de rencontrer acteurs et réalisateurs. Dés lors, pourquoi ne pas proposer une monographie au moment de la sortie d'un film et profiter de l'actualité DVD qui - comme vous le savez - est libre de droit dès l'instant où c'est une promotion commerciale. Je n'ai jamais obtenu de réponse. Cela ne semble pas être une priorité...on essaye d'apporter des solutions, d'innover, d'entreprendre, tout en étant conscient des problèmes budgétaires où là aussi, on essaye de trouver des astuces, on est rempli d'idées et, encore et toujours, de motivation ....je suis d'un naturel optimiste, j'attends beaucoup de notre restructuration et là, il y a du travail : ça c'est positif !

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