Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/04/2002
Mots-clés : court métrage, rencontre,
 

Béatrice Flores Silva, réalisatrice de Putain de vie

Béatrice Flores Silva

 Cinergie : Quel est le sujet de Putain de vie ?
Béatriz Flores da Silva :
Ce film parle de deux mondes : l'Amérique latine et l'Europe. C'est l'histoire de quelqu'un qui voyage de l'Uruguay vers l'Europe pour exercer la prostitution, c'est quelqu'un qui tombe dans les filets d'un réseau de trafic de femmes, de traite de blanches. Je suis partie d'une histoire réelle. En 1992, on à découvert qu'il existait un réseau de trafiquant de femmes uruguayennes à Milan.
Il y a eu un procès qui à démontré l'implication de la police uruguayenne dans le trafic. Ce qui a provoqué un énorme scandale à Montevideo. Cela s'est passé au moment où j'arrivais dans le pays pour réaliser L'histoire presque vraie de Pepita la Pistolera. Ensuite j'ai travaillé pour le Ministère belge de la Coopération au Développement sur des projets comme la femme et le développement ou la femme et la prostitution.
Ce qui m'intéresse c'est d'analyser le rapport entre la faiblesse et l'autorité. Dans Putain de vie je parle de personnages désespérés qui ont un problème avec l'autorité que ce soit la police, le machisme ou les règles de la société en adoptant le même ton tragi-comique que le spectateur a pu découvrir dans l'Histoire de Pepita la Pistolera (histoire d'une femme qui volait d`une façon un peu folle mais qui à travers ses actes démontait les règles sociales).
 J'ai aussi travaillé avec Janos Kovacs, comme scénariste. Il a apporté une touche de réalisme, une autre dimension au personnage, une certaine tendresse. Ce sont des personnages assez marginaux que l'on essaie de rendre vulnérable pas seulement agressifs par rapport aux conditions de vie qui sont les leurs. Quels sont leurs rêves ? Pourquoi luttent-ils ? 

C : La fiction est plus efficace que le documentaire ?
B. F. d . S. : Oui, je le pense. J'ai essayé de me mettre dans la peau d'une prostituée. La seule qui ait réussi à s'échapper du réseau et dont je raconte l'histoire d'amour dans un milieu singulier. C'est l'histoire d'un personnage qui évolue dans un milieu très violent et cruel.
Les faits réels sur lequel est basé le scénario ont servi de trame mais, par ailleurs, je me suis documentée sur le sujet de la prostitution et, surtout, j'ai été voir des prostituées, j'ai parlé avec elle. J'ai essayé de savoir ce que les hommes recherchaient puisque c'est le plus vieux métier du monde. La prostituée est un personnage qui met en exergue les contradictions du système social. La prostituée compense un manque affectif et sexuel. Plusieurs d'entre elles m'ont avouée être des personnes à l'écoute. Certaines d'entre elles croient que c'est grâce à elle que la famille subsiste, qu'elles ne font pas concurrence aux épouses mais servent d'exutoire, à plein de choses, pas seulement sur le plan sexuel. Il y a beaucoup de femmes qui jouent ce rôle et se demandent pourquoi elles sont rejetées par la société alors que bien des femmes font la même chose chez elles. On est prostituée avant d'en exercer le métier ! Il y a une partie de ces femmes qui sont poussées par la misère mais une grande partie ne se résigne pas à aller travailler à la chaîne dans une usine, pendant toute leur vie, pour un salaire de misère. Lorsqu'on parle avec elles, derrière chacune d'entre elles, il y a un rêve, une non résignation, il y a des valeurs. Sauf quand elles se font prendre dans des réseaux ou il y la drogue, les souteneurs etc., ce qui arrive souvent. L'histoire de cette femme que j'ai rencontrée et qui est devenue le personnage de mon film est celle de beaucoup de femmes.

C. : Quels sont les cinéastes qui vont ont marqué ?
B. F. d. S. : Bergman. Mais si j'ai une référence dans la culture hispanophone c'est Bunuel. J'essaie de mélanger le baroque au réalisme où l'on montre la psychologie des personnages et pas seulement leur comportement aussi extravagant soit-il.

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