Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/07/2002
 

Celine Colassin, directrice de casting

Celine, une grande blonde dégageant une joie de vivre contagieuse, rayonnante, pleine de peps, a la candeur d’être surprise lorsque nous lui annonçons qu’elle est le premier agent représentant les comédiens en Belgique. Tout le monde connaît la puissance des agents américains, à Hollywood, dans le montage artistique et financier d’un film. Pareil pour la France qui, il est vrai, possède une industrie cinématographique produisant quelque cent quarante longs métrages par an. Celine n’ayant pas eu un parcours dans le sérail du cinéma belge, cela lui a donné une autre vision de celui-ci. Telle la Céline de Jacques Rivette (dans Céline et Julie vont en bateau) elle a parcouru mille chemins de traverse avant de s’occuper des comédiens à un moment précis, 2002, où ceux-ci en ont furieusement besoin.

 

Souvenez-vous d’Olivier Gourmet expliquant qu’après son Prix d’interprétation au Festival de Cannes il allait retourner au chômage !

Celine, donc, se souvient nettement du premier film, qui l’ait fasciné à l’âge de cinq ans, San Francisco, tourné en 1938, en noir et blanc, avec Janet Mac Donald et Clark Gable. « Là-dedans, Janet Mac Donald chante un air d’opéra, tout s’écroule. Cela m’avait à ce point impressionné que je jouais Janet Mac Donald dans le préau de l’école, que je me faisais tomber, comme elle. Résultat : je me suis ouvert le bras et me suis retrouvé aux urgences ! » . Sa grand-mère l’emmenait au cinéma tous les mercredis, dans une salle de quartier qui dispensait un double programme avec en sus les actualités Belgavox et un dessin animé. Ce qui la frappait, c’était la magie de ce qui se déroulait  sur la toile : pleine de choses sympa ou drôles alors que Celine devait aller à l’école avec des sandales de plomb ! « Toutes les contraintes de la vie quotidienne étaient absentes : ils n’avaient jamais faim, ils n’étaient jamais dépeignés, n’allaient pas aux toilettes, je trouvais ça chouette ! » Un film a failli à jamais la dégoûter des salles obscures, La Mélodie du bonheur qui ressortait, en salles (votre serviteur se souvient avoir failli avaler ses lunettes lorsque ses parents l’emmenèrent voir La Famille Trapp, première version de ce navet redoutable, qui eut une suite figurez-vous : La Famille Trapp en Amérique ; heureusement La Famille Trapp au Congo ne fut jamais tourné). « Tous les enfants allait voir le film avec l’école. Et moi, j’ai détesté ce truc au point de ne plus pouvoir supporter les films de Julie Andrews !

J’avais une grande vénération pour Lucille Bal, Yvonne De Carlo et Maureen O’Hara dans les films de pirates, un cinéma qui me fascinait beaucoup. Je voyais ces films à la télé, l’après-midi, dans les années septante. Du coup, j’ai voulu devenir actrice, d’autant que je ne captais pas du tout le côté technique du cinéma. Qu’il y ait une écriture avant puis une caméra et ensuite du montage ne m’effleurait pas l’esprit. » Née à Charleroi avant de grandir à Huy, elle fait des études normales, « surtout grâce à ma très bonne mémoire ».

Le déclencheur des aventures picaresques de Celine dans les territoires de la représentation est la séparation de ses parents. À quinze ans elle part, seule, à Paris, vivre dans une chambre de bonne, pour suivre la peinture à l’Académie des Beaux-arts, ainsi que des cours de stylisme. Elle rencontre un comédien qui la fait tourner comme figurante dans des films, devient mannequin, fait de la figuration dans des troupes de cabaret. Carrière qu’elle interrompt à la suite d’un accident de voiture qui la laisse inactive de nombreux mois. Sitôt remise sur pied, elle vient à Bruxelles suivre des cours d’art dramatique à Parallax. En ressort diplômée et se tourne vers l’écriture tout en redevenant mannequin (sans blague ! Vous êtes sûr que Celine ne vous mène pas en bateau ? Euh, non…)

D’autant (on allait oublier de vous en parler) qu’elle suit des cours de scénario administrés par Jean-Pierre Berckmans. Mannequin, d’un casting à l’autre, elle croise Diana Elbaum puis Ariane Corbiau qui l’engage comme figurante. La boucle se referme. Elle se retrouve dans le monde du cinéma mais du ciné belge, cette fois ! Elle constate rapidement que le statut du comédien est plus précaire dans notre artisanat audiovisuel qu’en France. Que près de 300 comédiens francophones, en cette année 2001 qui inaugure le siècle, vivotent comme au XIXe siècle. Qu’à cela ne tienne, elle décide d’être agent comme ceux qu’elle a connus en France. Avec son carnet d’adresse, elle n’a pas trop de difficultés à se propulser sur la scène. D’autant qu’elle s’occupe de tout : des contrats (collaborant avec une juriste) à l’organisation de castings, et travaille avec un photographe spécialisé dans les photos d’acteurs (pour avoir découvert des photos d’acteurs qui ressemblaient à des photomatons délavés, votre serviteur, ne peut que confirmer l’importance du look d’un comédien dans la sélection préalable d’un casting), collabore avec Christophe Averlan (Médiane à Paris) et, plus important encore, assure non seulement le suivi de l’image de marque de ses comédiens mais leur trouve des boulots alimentaires (spots publicitaires, événements d’une soirée, etc).

Pour le moment, en ce mois de juin, elle s’active sur le casting de Folle embellie, le prochain film que Dominique Cabrera tournera en communauté (avec Miou Miou et Jean-Pierre Léaud), produit par Tarantula, la Communauté française et Wallimage en ce qui concerne notre pays (neuf comédiens et deux enfants). Pour être complet, Celine met ses locaux à la disposition de comédiens pour répéter une pièce dans laquelle elle joue elle-même le rôle d’une directrice de casting de quoi préparer ses ouailles aux épreuves qui les attendent ! Enfin, cerise sur le gâteau, elle présentera trois one men shows à Paris au mois d’octobre de cette année : Tout va bien d’Hughes Hausman, l’Homme de ma vie de Françoise Akis et On ne joue pas Boule de suif d’Agnès Orlandini, Frédéric de Winter et Olivier Colleaux.

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