Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
01/12/2000
 

Chômeur, pas chien! de Marie-Hélène Rabier et André Dartevelle

Festival Filmer à tout prix

Chômeur, pas chien! de Marie-Hélène Rabier et André DartevelleAu départ, un constat: Celui d'une administration qui tourne à l'inverse de sa propre finalité. L'Onem, chargée d'assister les chômeurs se transforme en machine à exclure sur base de procédures inquisitrices d'un autre âge et sans souci apparent pour l'aspect humain de ses décisions, ni pour la détresse matérielle et morale immense dans laquelle se retrouvent parfois ses "victimes". Au départ, un désir: celui de mettre dans la lumière cette détresse, cette impuissance face à la force aveugle de la bureaucratie en marche, le plus souvent tenues à l'écart des caméras. Au départ, une histoire: celle d'un boulanger qui, à l'occasion de sa tournée quotidienne, prend le temps de discuter avec ses clients de toutes conditions, mais notamment ces petits chômeurs sous haute surveillance administrative. Lui peut montrer leur découragement, la déprime, mais aussi leur colère, la révolte .

Et le film commence ainsi, comme une séquence de l'émission "Strip tease", sur les traces de notre petit boulanger. Courageux, entreprenant, et du coeur à revendre, il nous fait découvrir son petit monde haut en couleurs. Chacun s'en tire plus ou moins bien au gré de son tempérament, de sa chance ou de sa débrouillardise, mais tous ont, à un moment où à un autre, été victimes de la machine. Leurs réactions vont du pragmatisme à la rage sourde face au manque de perspectives, au désarroi d'une vie vide rythmée par les contrôles administratifs.
André Dartevelle, en bon réalisateur TV, aurait pu s'arrêter là. Mais derrière cette galerie de portraits, il découvre une autre réalité. Des gens qui refusent l'inéluctable, qui se groupent et qui se battent au jour le jour contre la brutalité du système. Des collectifs de chômeurs, par exemple, comme les "chômeurs pas chiens" de Liège auxquels le film emprunte son titre, près de qui on peut parler, partager ses expériences, glaner des conseils pratiques pour un recours. Des groupes davantage tournés vers l'action comme cette troupe de comédiens qui mènent des actions-animations-mobilisations dans les bureaux de pointage et qui considèrent cet engagement social comme allant naturellement de pair avec leur engagement artistique. Et tous ces groupes qui ensemble, avec les comités chômeurs "institutionnels " des syndicats, occupent un beau jour l'Onem de Charleroi pour réclamer un peu plus de justice et d'humanité. Le réalisateur, tout à sa découverte, filme alors la nouvelle solidarité pragmatique de ces hommes et femmes qui vivent la lutte sociale d'aujourd'hui et préparent celle de demain Et elles sont sympa ces images. Le grand public découvre (un peu) la face cachée du chômage, le concret de cette réalité inacceptable que certains chômeurs ont vécu chez nous pendant plus de cinq ans (et vivent encore dans une certaine mesure). On voit aussi que tous n'ont pas baissé les bras, et qu'à l'écart des structures discréditées de la concertation sociale, d'autres résistances s'organisent. Elles laissent malheureusement le spectateur dans une certaine confusion. D'abord parce que l'angle de vue du réalisateur change en cours de route (on ne comprend pas, d'ailleurs, ce que revient faire le boulanger en fin de film, sinon tenter de renouer un fil conducteur qui n'est plus là). Ensuite parce que la seconde partie effleure de multiples facettes de la problématique du chômage en Belgique sans s'arrêter à aucune. Sans doute enfin, le journaliste voit-il trop la lutte des chômeurs d'aujourd'hui avec en tête les schémas (revendicatifs et syndicalistes notamment) des luttes sociales d'hier. La dernière séquence du film est emblématique. On y voit un syndicaliste des comités de chômeurs tenter de raisonner la rage sourde et la révolte d'un chômeur "de base" en essayant de lui faire comprendre l'importance de l'union syndicale pour être forts dans une lutte institutionnelle qui est un long combat pour un peu plus de mieux être. C'est à la fois beau, plein de bon sens, vibrant de sentiments militants… et totalement pathétique.

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