Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
02/03/2008
 

Christophe Chauville, rédacteur en chef de Repérages

Au début de l’année 1998, sortait en France une revue appelée Repérages. Intéressée de prime abord par « toutes les envies de cinéma », elle se focalisera, avec le temps, sur le court métrage. Depuis cinq ans, une nouvelle formule a été arrêtée : le magazine s’accompagne d’un DVD. Le rythme de publication s’est également recentré autour de quatre festivals dans l’année, dont celui de Clermont-Ferrand qui vient de fêter sa 30ème édition. À l’occasion de la sortie du DVD « Les Trentièmes Rugissants de Clermont-Ferrand » (en partenariat avec Chalet Pointu) et des 10 ans de Repérages, une rencontre s’imposait avec Christophe Chauville, son rédacteur en chef.

Christophe Chauville

Cinergie : Parlons des débuts de Repérages.
Christophe Chauville : On a 10 ans : c’est une bonne idée (rires) ! Personnellement, je n’ai pas connu les vrais débuts de Repérages puisque ça a été un fanzine de fac. Nicolas Schmerkin [producteur de Autour de Minuit, boîte d’animation parisienne] voulait fonder une revue de cinéma, sans doute encouragé par Jacques Kermabon qui était un de ses professeurs et qui était déjà rédacteur en chef de Bref [le magazine du court métrage en France]. Il y a eu trois numéros de ce fanzine qui s’appelait déjà Repérages et qui est devenu une revue dont le premier numéro est sorti en janvier 1998. Beaucoup de lecteurs lui trouvaient des points communs avec Positif malgré le fait que le ton était un peu plus pêchu, un peu moins sérieux, que les thèmes abordés étaient différents, et que les rédacteurs étaient plus jeunes. On était lié à l’actualité mais on se permettait de ne pas faire systématiquement des critiques de tous les films et de s’arrêter sur tel ou tel truc. De toute façon, notre rythme de parution empêchait toute exhaustivité.

C. : Au départ, Repérages traitait de « toutes les formes de cinéma » et pas spécialement de court métrage.
C.C. : Repérages indique beaucoup de choses. La vocation de ce titre, c’est de creuser, d’aller chercher des films, d’amener le cinéma aux gens d’une certaine façon, de leur proposer des films (dont le court métrage) qu’ils n’auraient pas forcément l’habitude de voir. On s’atèle notamment à la recherche de nouveaux talents dans les nouvelles images ou l’animation, des secteurs en plein boom qui rencontrent un vrai intérêt auprès du public. Parallèlement, le retranchement sur le court métrage est très bien mais il me semble que le travail qu’on avait commencé sur le cinéma d’auteur en général était précieux. J’aurais aimé le poursuivre mais l’économie commande et il faut bien tenir compte du marché global du DVD et des revues de cinéma. Maintenant, quand on est une revue de cinéma, on est destiné à occuper des niches. Le court métrage en est une.

C’était une autre époque : lancer une revue à la fin des années 80, ce n’était pas la même chose que d’en créer une à la fin des années 90. À la fin des années 80, c’était encore un moment assez propice pour cela, on était encore dans un contexte où les gens faisaient le geste de poursuivre la projection par la lecture de la presse spécialisée, ce qui était déjà moins le cas 10 ans plus tard. Nous, on est arrivé à un moment où ça commençait à être dur pour les revues de cinéma. 

C. : Justement, quel est ce postulat éditorial ?
C.C. : Oui. Notre positionnement, c’était « un autre regard sur le cinéma contemporain » donc on parlait de courts métrages, mais aussi de documentaires, de films de patrimoine, de cinématographies moins diffusées et de festivals. C’était vraiment sans discrimination : tous les genres, toutes les durées, tous les formats avec un regard transversal. Mais c’est vrai qu’on a commencé à s’intéresser au court métrage assez tôt. Et puis, comme le premier numéro de Repérages a été mis en vente pour la première fois à Clermont-Ferrand, on a eu l’habitude d’y aller tous les ans et de faire quelque chose sur le court. Mais il n’y avait pas du tout l’idée de se spécialiser dans les courts métrages : c’était une forme de cinéma parmi d’autres. Ce n’était pas un postulat éditorial, ça croisait juste les goûts et la curiosité de l’équipe.

C. : Comment en êtes-vous arrivé à la formule « magazine + DVD » ?
C.C. : En 2003, on a opté pour ce principe « magazine + DVD »  qui est toujours le nôtre aujourd’hui. Avec cette formule, on se disait qu’on allait proposer des films inédits ou rares en alternant du court, du long, du documentaire et de l’animation. On avait envie de sortir des numéros entièrement consacrés à des cinéastes qui nous intéressaient au moment où ils auraient une actualité en salle : on souhaitait ressortir un de leurs films précédents qui n’existait pas encore sur DVD, compiler une cinquantaine de pages par numéro à la manière d’un petit livre consacré à un cinéaste où on reviendrait sur sa carrière, où il y aurait un entretien fleuve avec lui, des entretiens avec des collaborateurs et des articles transversaux. On l’a fait pour Michael Haneke, Mike Leigh, Jim Jarmush, Jonathan Demme et Ang Lee au moment de la sortie d’un de leurs films. 

Le concept a également été appliqué pour des compilations de courts métrages. Celles-ci étaient consacrées à un festival comme celui de Clermont-Ferrand (numéros spéciaux pour ses 25 et 30 ans) ou à un genre particulier du court comme l’animation ou les nouvelles images. On a essayé, au fil des numéros, de créer une alternance entre les longs métrages et les compilations de courts. On a dû arrêter de faire les numéros sur les cinéastes parce que dans le paysage actuel, vendre du Mike Leigh ou du Michaël Haneke en kiosque, c’est trop difficile.

C. : Comment réagis-tu devant l’argument enraciné selon lequel il est difficile de voir les courts métrages ?
C.C. : Il y a des préjugés qui ont la peau dure : le court métrage est un secteur délaissé, les gens ont décrété qu’on ne voit pas les films, ce qui est complètement faux parce qu’il y a 50.000 façons d’y avoir accès maintenant entre les festivals, Internet, le DVD, les projections en salle et les émissions de télévision. D’ailleurs, certains courts métrages ont beaucoup plus de spectateurs qu’énormément de longs métrages qui sortent en salle le mercredi et qui ne trouvent pas leur public. Il suffit de voir les chiffres d’audience de « Court circuit » sur ARTE ou de toute autre émission de courts tardive à la télé : plusieurs centaines de milliers de personnes vont voir en une fois un court métrage. C’est quand même énorme. Si vraiment on a envie d’être au courant de l’actualité du court, on doit accomplir un acte volontaire. Aujourd’hui, tous les actes culturels  sont des actes volontaires.

C. : Est-ce comme ça que vous avez travaillé pour les DVD de Clermont-Ferrand, à partir des catalogues ?
C.C. : Le support récent, celui des 30 ans, est particulier puisque on a proposé des prix du public sur l’un des deux DVD et donné carte blanche aux organisateurs du festival sur l’autre. On leur a laissé un choix de films qu’ils avaient envie de mettre en avant. Sur ce numéro-là, on s’est effacé derrière le choix des clermontois. Par contre, le DVD des 25 ans avait été fait en commun : on a compilé des films de qualité mais aussi pas mal de noms évocateurs de réalisateurs qui étaient passés par ce format. Le public cinéphile commence à savoir que des gens comme Klapisch, Caro et Jeunet ont été des stars du court dans les années 80.

C. : En pratique, comment le contenu éditorial de Repérages est-il déterminé ?

Christophe Chauville C.C. : Comme on est indépendant, d’année en année, l’équipe s’est réduite et on est un tout petit noyau. C’est un peu l’esprit commando donc il n’y a pas vraiment de comité de rédaction : le choix des films s’effectue surtout entre Nicolas Schmerkin (le directeur de la rédaction) et moi. On travaille avec des rédacteurs spécialisés dans tel ou tel domaine. Et à partir de maintenant, on va se baser sur une publication très précise qui sera alignée sur certains festivals : Clermont (en février), le festival des nouvelles images Nemo (en avril), le rendez-vous de l’animation à Annecy (en juin) et une manifestation, à la rentrée, qui est encore à déterminer (peut-être l’Etrange Festival qui a lieu à Paris en septembre). Quatre numéros sortiront dans l’année au lieu de six jusqu’à maintenant, ce qui était un peu beaucoup. La nouvelle configuration établie avec le nouvel éditeur, Scope, et l’éditeur DVD, Chalet Pointu, est plus naturellement apte à assurer une publication tout à fait normale et plus raisonnable. En ce qui concerne le choix des films, on essayera comme avant de proposer des classiques du genre. Dans cette optique, on va aussi puiser dans la mémoire des quinze dernières années en offrant des films français comme étrangers. C’est comme ça qu’on a déjà retenu dans le passé plusieurs films belges d’ailleurs.

C. : Ah, on en arrive à ma question favorite ! Qu’est-ce que vous repérez de particulier dans la production frontalière ?
C.C. : C’est une production cinématographique qu’on connaît forcément bien en voyant depuis de nombreuses années des films en festival que ce soit à Clermont ou à Paris, au festival « Le court en dit long » où 40 à 50 films belges sont présentés tous les ans. Par ailleurs, le cinéma français est proche du belge avec le jeu des coproductions et le va-et-vient des techniciens et des acteurs. Sans compter que bon nombre d’étudiants français vont étudier à la Cambre, à l’INSAS ou à l’IAD. Et puis, il y a des films belges de qualité qu’on retient comme Sortie de bain de Florence Henrard, un film qui nous avait marqué au moment de sa diffusion en festival [présent sur le 2ème volume Animatic de la collection]. 

Il se trouve qu’on a aussi sélectionné deux fictions belges pour le DVD consacré aux 20 ans du festival de Brest. D’abord, Le Signaleur de Benoît Mariage, qui avait été un film important à Brest comme dans tous les festivals de courts métrages à l’époque. Il est quand même très représentatif du cinéma belge tel qu’on peut se le représenter : surréaliste, moqueur, pittoresque, couplé à une recherche formelle et à l’emploi de non professionnels. Ensuite, Trombone en coulisses de Hubert Toint qui avait été aussi assez pionnier dans un univers qui fait un peu penser à celui d’E pericoloso sporgersi de Jaco Van Dormael et qui a précédé  des courts métrages du même genre comme La Vis de Didier Flamand. En fait, tout dépend de la vocation du numéro qu’on est en train de faire mais c’est sûr qu’on a un œil sur le cinéma belge comme on en a un sur toutes les cinématographies importantes en matière de courts métrages.

C. : Pourrais-tu me présenter l’un ou l’autre de tes coups de cœur en matière de courts métrages et me dire pourquoi ils constituent des références personnelles ?
C.C. : Cette année, Clermont nous a offert une carte blanche pour nos dix ans. Dans le programme, on a choisi de montrer L’Interview de Xavier Giannoli qui avait dû être retiré in extremis de la sélection pour passer en exclusivité à Cannes. C’est un film qui m’avait plu parce qu’il parlait de l’amour du cinéma et parce qu’il avait un côté doux-amer et ironique sur les mythes qu’on pouvait avoir et le côté décevant des paillettes. C’est aussi un film signé Xavier Giannoli, un réalisateur qui est dans un entre-deux, entre le cinéma d’auteur et le cinéma commercial. Ce territoire m’intéresse assez; il est un peu battu en brèche en ce moment parce qu’on manque de gens entre les deux, entre un cinéma très pointu, radical et pas destiné à tout le monde et un cinéma super facile et un peu bêtifiant. Mathieu Amalric joue dans le film; il correspond bien à cet entre-deux : il peut faire Desplechin d’un côté comme le méchant de James Bond de l’autre. En animation, Sortie de bain m’a quand même assez marqué. C'est un film qui dit des choses sur des sujets un peu tabous tels que la sexualité et la pédophilie. Il a été fait en 1994, un peu après l’affaire Dutroux. Il a réussi à parler de sujets graves sur un mode léger avec un graphisme très enfantin. J’aime bien les films d’animation qui racontent des histoires fortes et qui prouvent une fois de plus qu’il s’agit d’un cinéma fait pour les adultes. Sinon, pour parler encore des belges, on a mis des bonus cachés de Pic Pic André dans le premier volume d’Animatic et on a publié il y a quelques années un dessin de Patar et Aubier avec le cochon Magic! Cela fait partie des éléments qui ont été importants dans cette décennie d’existence de Repérages.
Le site de Repérages :  http://www.reperages.net/

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