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Novembre 2011

Exercice de l'Etat

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08/11/2011
 

Exercice de l'Etat, Olivier Gourmet, comédien

Nous rencontrons Olivier Gourmet en pleine promotion du film de Pierre Schoeller, l'Exercice de l'Etat.
Notre dernière interview remonte à Robert Mitchum est mort, roadmovie décalé où il joue un manager producteur perdu dans son désir créateur. Olivier Gourmet est connu pour sa capacité de passer d'un registre à l'autre, d'interpréter des personnages aussi antinomiques que le père taciturne, blessé par l'assassinat de son fils que le commissaire à la poursuite de dealers de gros calibre. Mais c'est dans ce film qu'il déploie toute la nuance de son jeu, de la retenue du doute à l'explosion de la colère, passant par la négociation, la conviction, l'empathie, etc. Rencontre avec un comédien prolifique qui a mis son talent au service d'auteurs.
Voir notre entretien filmé

Cinergie Pouvez-vous nous raconter l'histoire du film ?
Olivier Gourmet L'exercice de l'Etat, trois mots. Le film porte bien son nom. Aujourd'hui, comment s'exerce le métier de ministre, de l'intérieur, pas de ce qu'on en voit ou ce qu'on nous en montre dans les médias. Dans un ministère, les difficultés d'un homme à exercer ce métier.
l Exercice de l'Etat de pierre Schoeller, Olivier Gourmet

C. : Comment avez-vous fait pour vous imprégner de ce personnage ? Vous vous êtes renseigné ou, pour vous, l'image d'un ministre était déjà claire et simple ?
O. G. : 
Le scénario de Pierre était très bien écrit, le personnage y était déjà très précis. Après avoir lu et surtout ressenti le dynamisme, l'énergie, les humeurs d'un ministère, j'ai eu l'occasion de suivre un ministre dans sa journée de travail. Ça m'a permis de côtoyer, de sentir cette énergie qui est présente dans le film et qui est inhérente aux hommes politiques, à leur vitesse d'exécution, de travail, de déplacement, de prise de décision, etc. Ça m'a permis de le ressentir physiquement, de m'en servir pour élaborer le personnage. Puis il y a eu des lectures, notamment d'une jeune sociologue française, Aude Harle, qui a écrit une étude très détaillée sur l'homme politique et le pouvoir, de quelque bord qu'il soit. Elle est parvenue à rencontrer des hommes politiques qui ont exercé en tant que ministre, et à recueillir leur sensation personnelle du pouvoir quand ils étaient en fonction.

Ce qui les animait, ce qu'ils ressentaient. Moi, je me suis inspiré de tout ça. Et puis, il y avait tout le travail de Pierre en amont, 8 ans de travail, avec un autre film entre temps, c'est un projet qu'il avait avant son film Versailles. Et donc, oui, beaucoup d'observations, de recherches, sur l'Etat, sur l'exercice de l'Etat, sur le métier de ministre, de conseiller, de directeur de cabinet. Car le film est une vraie fiction, et en même temps, il est très proche de la réalité de ce qu'est le pouvoir aujourd'hui, à qui il appartient, vers quoi il glisse, quelle est la marge de manœuvre d'un ministre dans un gouvernement. 

C. Dans ce rôle, Pierre Schoeller vous a donné un costume sur mesure. Vous avez pu, grâce à ce personnage, déployer totalement vos qualités de comédien, en passant d'un registre très intime et très bas à un registre super dynamique.
O. G.: La première phrase que Pierre m'a dite d'emblée c'était : "Ce n'est pas un film politique, c'est un film d'humeur". Et c'est vrai que le personnage que j'incarne traverse énormément d'humeurs différentes. Et c'est assez rare. J'ai joué des personnages forts, dans des films qui l'étaient tout autant, et, pourtant, ils étaient plus monocordes. Comme un père qui a perdu son enfant et qui traverse un deuil. On n'est plus dans une seule palette d'humeur, d'émotion. Ce qui n'est pas le cas du ministre, sa vie est extrêmement trépidante, il passe par beaucoup de'émotions, que ce soit dans sa vie privée, politique ou dans sa relation avec le président. C'est un type qui côtoie quantité de personnes qui sont susceptibles de lui procurer des émotions. Moi, je vois, en tant qu'acteur, qu'à force de voyager, de rencontrer des gens, on est tout le temps dans des humeurs différentes.

C. Et après avoir goûté à un rôle pareil, est-ce qu'on a envie de retourner à un rôle plus monochrome ?
O. G. : Ce qui est important, c'est d'être surpris, d'avoir un bon personnage, qu'il soit polychrome ou monochrome. Du moment qu'il y a la forme, le fond, le ressors de l'âme humaine très précis, concis. Un personnage riche en couleurs n'est pas forcément mieux écrit, construit, qu'un autre qui a moins de couleurs. C'est juste qu'il permet cette gamme-là, à travers les situations qu'il traverse et à travers sa fonction. Maintenant, il y a des personnages monochromes qui sont magnifiques, qui valent, à la fois par la qualité et le plaisir de les interpréter, autant que des personnages qui ont plus de couleurs, d'humeurs et de sentiments.

C. Vous avez parlé du ministre que vous avez suivi pendant une journée pour pouvoir vous familiariser avec son agenda, est-ce qu'on peut connaître ce ministre ?
O. G. :
C'est un ministre français. Je vais le dire, comme ça vous verrez que ça n'a rien à voir avec ce que je suis dans le film, c'est Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture. Mon personnage n'a absolument rien à voir avec ce qu'est Frédéric Mitterrand, c'était vraiment pour entrer à l'intérieur d'un ministère et ressentir la pression, la charge de travail et l'énergie qui se dégage d'un ministère. C'est 24 heures sur 24 au service de l'Etat, même à la Culture. Une petite église au fin fond de l'Auvergne qui interpelle le ministre pour une réparation, et bien il faut y répondre. On ne peut pas le glisser en dessous du tapis en disant, ils oublieront. En tant que représentant de l'Etat, on a le devoir de lire le dossier et d'y donner une réponse, négative ou positive.
l'Exercice de l'Etat de Pierre Schoeller avec Olivier Gourmet

Mais c'est énorme, parce que la France est un territoire très vaste, et il y a des choses plus urgentes et plus importantes. Les différents statuts, du photographe, du droit à l'image, de plein de choses. C'est une charge de travail, déjà rien qu'au ministère de la Culture, c'est énorme. Une des premières choses qu'il m'ait dites c'est "24h/24 au service de l'Etat et presque plus aucun loisir personnel". Et c'est vrai, c'est terrible. C'est un vrai sacrifice. C'est comme entrer au séminaire.

C. : C'est vous qui avez demandé à suivre un ministre ?
O. G. : Oui. J'ai demandé à Pierre si c'était possible, car on sent, dans le scénario, une énergie de la fonction politique, de l'homme politique, de l'exercice politique. On sentait une énergie que Pierre avait perçue en préparant le film. Il était aussi allé dans les ministères pour rencontrer des directeurs de cabinets, des conseillers, etc. Il avait inscrit ça dans son film, ça se sentait, mais pour nous c'était encore abstrait. C'est quoi cette énergie, ce dynamisme ? Et donc, pour éviter d'en faire une caricature, c'était plus intéressant d'aller se rendre compte soi-même sur place. Ne fut-ce que pour être plus juste.
La vie sur la place publique appartient à tout le monde. Les hommes politiques prennent des décisions en notre nom, parce que nous leur avons donné notre voix. On a le droit de les interpeller, d'interférer. Or, aujourd'hui, on ne nous laisse plus cet espace de parole. Tant qu'on n'aura pas pris conscience que nous sommes responsables de nos hommes politiques, ça évoluera vers le pire.

Propos recueillis par Dimitra Bouras, retranscrits par Simon Van Cauteren, filmés et montés par Arnaud Crespeigne.

Dimitra Bouras
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