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Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand (05/02 au 13/02/2016) : 38e édition

Avec une semaine de décalage par rapport à son calendrier habituel et des congés de Carnaval en avance, le Festival de Clermont-Ferrand tombait pile poil au moment où ANIMA déroulait son tapis rouge à bon nombre de films d’animation en provenance du monde entier. Impossible de se couper en deux. C’est donc en partie frustré, mais tout de même très heureux que j’ai fêté ma 18e participation consécutive à la grande fête internationale du court-métrage et de la liberté d’expression - celle que CANAL + a souhaité mettre à l’honneur au travers de son programme spécial en hommage à ceux tombés pour elle, un an plus tôt, lors de l’attentat à Charlie Hebdo.

Dans ce programme, on remarquera une nouveauté belge très intéressante : Le Bruit du Gris, une réalisation de nos « panique pic pic » Vincent Patar et Stéphane Aubier. Cette production de Vincent Tavier met en scène les personnages bien connus de Panique au village. Cowboy, Indien et Cheval, entre autres, mettent de la couleur et de la musique dans un lieu uniformément grisâtre. Cela ne plaît malheureusement pas à tout le monde et cette couleur uniforme veut être imposée. Le combat contre le gris commence. La première diffusion fut offerte début janvier aux abonnés de la chaîne cryptée et, comme à l’accoutumé en raison de son soutien indéfectible au Festival, la première diffusion salle fut organisée durant celui-ci. Chaque année, la Collection CANAL + provoque la ruée et il faut compter une bonne heure d’avance sur l’horaire prévu si on compte regarder la séance installé ailleurs qu’au premier rang ou en DVD chez soi.

Un autre Belge est à distinguer dans cette Collection Dessine toujours !, Benoît Poelvoorde. Vous pensez à un Monsieur Manhattan édition spéciale ou à une autre pirouette farfelue ? Vous n’y êtes pas. D’abord, parce que pour la première fois le programme est entièrement composé de films d’animation. Ensuite, parce que Poelvoorde n’y prête que sa voix. Il remplace avec brio un géant du cinéma français dans le nouvel opus des Shadoks de Thierry Dejean Les Shadoks et la maladie mystérieuse. Succéder à Claude Piéplu n’est pas donné à tout le monde. J’avoue que je craignais assister à une imitation ou à une interprétation un peu trop forcée. Or, point du tout. Si Benoît Poelvoorde était né en 1923, Claude Piéplu aurait eu un sérieux concurrent. Il parvient à s’imposer pour le coup comme une évidence grâce à une justesse de ton qui fonctionne à merveille.

Du côté de la grande salle Cocteau de 1400 places - sous haute surveillance sécuritaire - nous avions à peine démarré sur les chapeaux de roue avec la projection des séances nationales et internationales que la Belgique pointait le bout de son nez à la troisième séance. La présence de notre cinématographie francophone ne sera pas anecdotique cette année-ci, j’y reviendrai. Le comité de sélection a reçu quelque 218 films, certains étant comptabilisés dans les statistiques sous le drapeau français en raison des nombreuses coproductions. 19 feront partie des chanceux qui auront leur place dans un des programmes étalés sur une dizaine de jours. Par ailleurs, 4 séances ont été dédiées à Chouette!, une compilation de 59 minutes d’animations pour enfants à partir de 3 ans produites par Arnaud Demuynck. Si ce dernier intervient pour la plupart des scénarios et en réalise même un, il s’entoure surtout de têtes connues telles que Pascale Hecquet, Pascal Adant, Frits Standaert ou Clémentine Robach pour ne citer qu’eux.

Du côté du Marché du Film, la Fédération Wallonie-Bruxelles déploie son ombrelle sous forme d’un stand qui a évolué d’année en année pour devenir davantage indépendant. Alors que durant de nombreuses éditions, il était partagé avec nos amis québécois, il s’est dorénavant accolé au stand des bureaux d’accueil de tournage CLAP !, Hainaut Cinéma et Bruxelles. La tâche de promotion est emmenée par Wallonie Bruxelles Images et sa représentante Geneviève Kinet qui eût fort à faire avec le florilège belge francophone présent. Le stand était pré-imprimé avec les photos promotionnelles et avait pas mal de prestance. On pourra néanmoins regretter la quasi absence de place laissée pour les autres films de notre Communauté. Je lance, dès lors, l’idée de laisser l’un des panneaux libre d’affichage à l’occasion du prochain Marché.

Côté applaudimètre, il faut savoir que la salle Cocteau à laquelle je faisais référence plus haut est le cœur du Festival. Parmi les 18 salles qui jalonnent Clermont-Ferrand et permettent d’accueillir plus de 160.000 entrées, il bat avec une émotivité forte qui peut passer d’une extrême à l’autre. Ce n’est pas encore l’atmosphère déjantée et tout à fait particulière du BIFFF de Bruxelles, mais les spectateurs clermontois n’hésitent pas à sanctionner, parfois bruyamment, selon leurs critères propres. Ainsi, lors de sa première présentation,  Livreur de Vladilen Vierny, une production franco-belge soutenue par Hainaut Cinéma via l’appel à projet Van Gogh, en fit les frais. Les causes probables de cet accueil public assez froid sont à mettre sur le dos d’une période d’échauffement un peu lente des spectateurs ou d’une programmation un peu dure. Les trois premiers films interpellaient d’emblée nos émotions, alors qu’en quatrième position l’histoire d’un jeune livreur de repas à des personnes âgées semblait rester davantage en suspens, plutôt dans la contemplation d’un quotidien réaliste. Malheureusement, la fin laissait la plupart du public quelque peu perplexe, arrivant trop tôt visiblement.

En revanche, et avec un style totalement incomparable, Xavier Seron et Méryl Fortunat-Rossi firent le plein de rires et autres onomatopées joyeusement dégoûtées avec leur Ours Noir. Evidemment, l’effet « grande salle » joue son rôle à merveille, même à 22h30. L’atmosphère y est totalement différente qu’avec un public de 18h00. Elle était surchauffée. L’abondance de gore burlesque dans ce tutoriel potache franco-belge pour touristes en quête de grands espaces sauvages - coproduit chez nous par Hélicotronc – n’a pas permis la moindre demi-seconde de silence.

Dans un gore plus subtil, mais non moins violent, Hannah Letaïf en a surpris plus d’un avec le trait quasi plymptonien de Tranches de campagne sinon que, chez elle, les humains sont des animaux de ferme et vice versa. Une joyeuse troupe s’installe dans un champ pour un pique-nique au demeurant très bonne franquette, mais cette sensation va vite disparaître au profit d’un carnage peu ragoûtant. Malaise dans la salle, mais applaudissements d’estime pour les qualités de l’animation et du scénario d’Arnaud Demuynck (tiens, tiens, il n’est jamais très loin lorsqu’on évoque l’animation francophone).

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