Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
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mars 2009
05/03/2009
Mots-clés : festival,
 

Festival du court métrage de Clermont-Ferrand

Festival du court métrage de Clermont-Ferrand (30 janvier au 7 février).
Le Festival s’est terminé avec un résultat en demi-teinte pour les Belges, totalement absents du Palmarès. Néanmoins, trois structures ont attiré les regards. D’une part, la boîte de production française du Belge Arnaud Demuynck, Les Films du Nord a suscité l’intérêt des spectateurs. D’autre part, Wallonie Image Production a été le plus apprécié des partenaires puisque trois des films belges en compétition étaient soutenus par cette structure. Il s’agissait de La boîte à tartines de Floriane Devigne (compétition nationale), Voyage autour de ma chambre d’Olivier Smolders (compétition internationale) et Orgesticulanismus de Mathieu Labaye (compétition Labo). Enfin, pour terminer, Wallonie Bruxelles Images qui reprend peu à peu l’organisation de la présence de la Communauté française au Marché du film a obtenu son plus gros succès lors de sa séance officielle au Marché. Avec la sortie d’un annuaire repensé et reformaté conjointement au DVD promotionnel, la visibilité de nos films et de nos producteurs se renforce. Il reste néanmoins quelques aménagements à faire pour augmenter plus encore la visibilité de nos courts métrages.Tour d’horizon du Festival avec Laurent Denis, réalisateur et producteur, notamment du film Les Doigts de pied.

festival clermont ferrand

Cinergie. : Ton court métrage Les doigts de pied tourne dans un grand nombre de festivals. Il n'était pas sélectionné à Clermont-Ferrand et pourtant tu y as pleinement participé. Pour quelles raisons ?
Laurent Denis : Je suis venu à Clermont-Ferrand pour deux raisons. La première était de rencontrer les acheteurs sur place car ça faisait longtemps que je ne m’étais plus chargé de la vente d’un court métrage et, avec les années, certains acheteurs changent. La deuxième était éventuellement de rencontrer des producteurs français intéressés par une éventuelle co-production pour mon prochain projet en tant que réalisateur, Le décret.

C. : C’était une grande première pour toi. Comment as-tu ressenti cette première immersion dans le monde du court?
L.D. : C’est vrai, je n’y étais jamais allé. Quand on est à Clermont on se rend compte à quel point on est perdu dans la masse. Avec plus de 5000 films inscrits au Marché, il est difficile d’attirer l’attention sur soi. C’est sans doute pour ça qu’il est important de s’inscrire dans un nombre important de festivals, d’obtenir des prix même si ce n’est pas une garantie de succès. D’autre part, on se rend compte que pour trouver un co-producteur ou une chaîne de télévision pour un pré-achat, le fait de passer par des canaux officiels (CNC, Communauté française, forum de coproduction) et de recevoir une aide de ces canaux facilitent grandement les contacts. C’est un filtre qui permet aux décideurs de ne pas devoir tout lire avant de faire leur choix.

C. : Est-ce que tu as ressenti que la production suivait les recommandations des acheteurs? Y a-t-il une cohérence entre production et intérêt des télévisions selon toi ?
L.D. : Il est difficile de dire s’il existe une telle cohérence. Chaque télévision recherche des styles différents. Mais il est certain qu’une grosse partie des courts métrages ne trouvera jamais sa place sur les chaînes de télévision. On peut tout de même remarquer une tendance lourde depuis une dizaine d’années : faire des courts de plus en plus longs et parfois de plus en plus lents. C’est une tendance qui plaît à un certain nombre de festivals mais qui est difficilement compatible avec les désirs des télévisions, à quelques exceptions près. Mais la tendance à des films lents, sans histoire véritable, se retrouve aussi dans le long métrage. On est certainement dans une phase pour le moment. Une certaine manière de faire « arty » à laquelle je ne m’identifie pas.

C. : Tu as dit « long métrage » ! Le court est un art en soi et il devrait l’être davantage non ? Plutôt que d’être relié à cette éternelle idée d’être un tremplin vers le long. Ici, j’ai vu 165 films et j’ai voyagé autour de la terreentière. Sur la même durée je n’aurais pas pu avaler plus de 20 longs. Et toi ? De ce que tu as vu, que retiens-tu? Des coups de cœur ? Des singularités ? Des coups de gueule ?
L.D. : Un film m’a très fort ému, même s’il n’est pas parfait. Il s’agit de Séance familiale de Cheng-Chui Kuo. (NDLR : film franco-taïwanais, Prix du Public national) Un journaliste français s’insère dans une famille taiwanaise et commence à la filmer jusqu’à la surprise finale. Il y a de l’humour. Les informations sont distillées avec brio et, petit à petit, on pénètre dans le secret de cette famille. Un autre film plus léger m’a aussi marqué. Café Paraiso du Mexicain Alonso Ruizpalacios. Brillamment mis en scène, cette histoire toute simple se passe dans les cuisines d’un bar-restaurant. Et puis, si je dois citer un coup de gueule ce sera pour le film russe Celui que je n’ai jamais connu. Deux personnes en pleine campagne sont assises autour d’une table et discutent de la vie en jouant aux échecs. Pour moi, dans ce cas, on est à mille lieues du cinéma. Une caméra qui ne sait pas où se placer, des changements de plans sans justification et puis ça parle, ça parle et c’est lent, lent.

C. : Quel fut finalement ta place de Belge là-dedans et… peut-être… du Belge en général ? 
L.D. : Disons qu’en tant que Belge francophone, on a sans doute des partenaires privilégiés tant au niveau des télévisions que de la production. Mais je ne suis pas certain que nous ayons une place particulière. Je crois surtout que parler de cinéma belge n’est peut-être pas le plus grand service que l’on puisse rendre au cinéma de Belgique. Chacun fait les films qu’il veut, et je me sens parfois plus proche de tel cinéaste mexicain ou français que d’autres cinéastes belges. Ainsi, au Marché, je n’ai pas eu l’impression qu’on attendait les derniers films belges.

C. : Qu’as-tu retiré de ton séjour à Clermont-Ferrand ? Une influence sur ton prochain projet ?
L.D. : Pour mon film, je suis en attente. Les acheteurs sont en train de le visionner et, d’ici quelques semaines, je devrais en savoir plus. TV5 Monde est apparemment très intéressé. Sa responsable me l’a confirmé sur place. Mais je remarque quand même qu’il est très difficile, même en étant à Clermont, d’amener des gens à visionner votre film au marché. Quant à l’avenir, je ne suis pas certain que Clermont ait une quelconque influence dans mes choix de sujets ou de style d’écriture. Je reste persuadé que le cinéma est avant tout une bonne histoire qui nous raconte quelque chose sur la société dans laquelle on vit. Je continuerai donc à travailler dans cette voie en essayant de divertir le spectateur sans pour autant le lobotomiser.


Palmarès complet sur www.clermont-filmfest.com

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