Films illustrés par Gwendoline Clossais FacebookTwitter
05/03/2008
 

Guillaume Calop, éditeur DVD de Chalet Pointu

Montée en 2005 par trois associés, la société Chalet Pointu a développé un pôle vidéo très convaincant en matière de courts métrages. En trois ans d’activité, elle est à l’origine d’une quarantaine de titres dont le DVD des César 2008 et celui des 30 ans de Clermont-Ferrand. Rencontre avec un adepte de choix et d’envies très personnels, Guillaume Calop, le prolifique responsable de l’édition DVD chez Chalet Pointu.

 

Guillaume Calop

Cinergie : Comment est apparue la société Chalet Pointu ?
Guillaume Calop : La société a été créée en janvier 2005 par Olivier Djalayer, Frédéric Poulain et moi. On est trois graphistes indépendants à la base. On a eu envie de se réunir parce qu’on avait des envies différentes et des compétences complémentaires : le graphisme publicitaire et institutionnel, la production audiovisuelle surtout spécialisée en 3D et enfin, l’édition vidéo dont je m’occupe.

C. : C’est le graphisme qui vous a permis de vous rencontrer ?
G.C. : Non. En réalité, on est tous les trois savoyards. Fred et moi, on a grandi et habité aux Arcs où on a rencontré Olivier qui y passait ses vacances. En souvenir de ce point de départ, on s’appelle Chalet Pointu.

C. : Qu’est-ce qui t’a incité à développer une activité DVD autour du court métrage à Chalet Pointu?
G.C. : À vrai dire, au départ, j’avais envie de faire quelque chose autour de l’animation. J’ai travaillé quelque temps pour le festival d’Annecy en tant qu’objecteur de conscience. Je visionnais tous les films que recevait le festival : je m’assurais qu’ils ne comportaient pas de problèmes et qu’ils correspondaient bien à leur description. En trois mois, je regardais 1.000 films et puis, comme Annecy était encore une biennale à l’époque, j’inspectais le fond du festival pour le plaisir et parce que j’avais beaucoup de temps. J’ai pu ainsi développer une belle culture de l’animation. À l’époque, j’ai également mis en place une base de données- toujours existante- de tous les films projetés à Annecy et de tous les catalogues des autres festivals. Par la suite, j’ai participé au lancement d’un site important sur le cinéma d’animation, Animation World Network (http://www.awn.com/), à Los Angeles et après, j’ai travaillé 7 ans pour Canal +. A cette époque, je continuais à aller tous les ans à Annecy et à m’intéresser encore à ce qui se faisait dans ce milieu-là. C’est comme ça que j’ai eu envie de faire quelque chose au départ autour de l’animation et puis, plus globalement, pour tous les courts métrages qui méritaient d’être montrés mais qui ne l’étaient pas. Parce  que je savais qu’il y avait une clientèle pour ces films-là et que peu de choses avaient été faites. 

C. : Avais-tu une culture du court aussi approfondie que celle de l’animation ?
G.C. : Non, justement. Au départ, je m’occupais plutôt de l’animation puis, j’ai demandé à Jacques Kermabon [rédacteur en chef de Bref, directeur de collection de Chalet Pointu] de m’aider pour le court métrage. Il a effectivement apporté son expertise et ses idées. Au final, je me suis laissé séduire par le court métrage en allant même jusqu’à délaisser un petit peu l’animation ! Cela ne m’ennuie pas : je laisse les choses se faire. Si mes choix éditoriaux s’établissent par rapport à mes goûts, ils se font aussi par rapport à des rencontres et à des circonstances.

C. : Ton catalogue se constitue aussi d’envies très personnelles…
G.C. : Oui. Sauf que j’ai un problème : je ne peux pas tout éditer. Au départ, il fallait qu’on fasse nos preuves et je voulais faire des choix vraiment personnels : j’avais vraiment envie de lancer des DVD de Jan Śvankmajer et de Rosto. Ils étaient un petit peu les deux points cardinaux : d’un côté, la référence et de l’autre, le choix très osé de Rosto. Pour moi, Śvankmajer a été une vraie révélation, un vrai choc : « on peut faire ça ? Des trucs pareils existent ? Mais c’est incroyable ! Comment se fait-il que le monde entier n’en ait pas pris connaissance ? ». Je me souviens que Les possibilités du dialogue, le film phare de Śvankmajer, celui qui l’a lancé, a déclenché en moi une émotion qui est restée intacte. Chaque fois que je revois ce film, quelque chose de magique se produit. Le DVD de Jan Śvankmajer est le premier de notre collection, ce qui est très emblématique.

Guillaume CalopC. : Outre l’animation, la fiction et l’expérimental, vous avez commencé à vous intéresser aussi au documentaire.
G.C. : Effectivement, on a choisi de faire également des documentaires. Par contre, dans ce secteur, c’est un petit plus difficile parce qu’on n’a pas de ligne. On a sorti un documentaire de Serge Avédikian, Sans retour possible et Mondo Hollywood : l’un traite du génocide arménien et l’autre, du Hollywood des années 60. Ca n’a pas grand-chose à voir sinon que c’est parti d’envies. On commence aussi à sortir des documentaires avec Bref dans La petite collection. Bon, on se rend bien compte qu’il y a plein de choses à faire, à sortir et à montrer mais le temps, l’énergie et l’argent manquent.C. : Pourtant même si Chalet Pointu est

encore une jeune société, son catalogue est déjà bien étoffé…
G.C. : Oui…Chalet Pointu commence à avoir une renommée assez certaine : on me sollicite beaucoup. On s’est lancé en 2005 et on en est à plus de quarante titres; je pense qu’on peut parler d’une collection. Maintenant, on est reconnu dans certains milieux : on a entre autres fait le DVD des César et on a travaillé avec Folimage, l’un des plus importants studios d’animation en France. Le Musée des Arts Décoratifs nous a fait confiance pour le catalogue de la dernière exposition du Musée de la Publicité. Tout comme des festivals comme Aix-en-Provence ou Clermont-Ferrand qui nous ont demandé d’éditer des DVD pour leurs anniversaires respectifs.

C. : En travaillant à partir de tes propres envies, tu peux décider de lancer tel ou tel projet ?
G.C. : Oui. Dans notre travail, on s’aperçoit que l’envie de découverte peut toutefois être contrecarrée par le fait que les DVD ont du mal à se vendre s’ils ne comportent pas, par exemple, la validation d’un nom de festival ou de réalisateur connu. Alors, on offre des repères aux gens avec des instantanés de la production de courts métrages nationale et internationale : les César, les sélections de Semaine de la Critique et de la Quinzaine des Réalisateurs, les cartes blanches de Clermont et d’Aix-en-Provence, … .
Parallèlement, on poursuit une réflexion : dans la masse de courts métrages qui sortent aujourd’hui, combien s’extirpent vraiment du lot et méritent d’être montrés ? Parmi ceux-là, il y en a qui ne sont pas évidents mais qu’on a envie de défendre. Ce qui est extrêmement intéressant, c’est que dans ce format, les mecs prennent des risques énormes. Prenons l’exemple de Primrose Hill de Mikhaël Hers [présent dans la sélection des César] : trois quarts des gens trouvent que ce film est une imposture, qu’il est nul, long et ennuyant. Moi, je trouve que c’est un film dans lequel le réalisateur prend des partis extrêmement forts qu’il n’aurait pas pu prendre en long métrage, que personne n’a pu ou même osé prendre. Ce film, j’ai envie de le défendre, ce qui n’est pas évident même si il a été plusieurs fois primé, est allé à la Semaine de la critique et a encore gagné un prix [Prix Adami d'interprétation fémini] à Clermont. Parfois, la défense passe par la difficulté. Faire des DVD, c’est extraordinaire (rires) ! Mais bon, on occupe une niche dans le marché : il y a des choses à montrer, montrons-les.

C. : Quel regard portes-tu sur l’état du court métrage en France ?
G.C. : Je ne suis pas le mieux placé pour parler de son évolution en France mais je trouve que maintenant, pour le court métrage, ça va mieux, ça va « moins pire » (rires) ! Je suis content de me rendre compte que plusieurs festivals comme Clermont-Ferrand montrent un certain nombre de choses intéressantes et contribuent à la visibilité du format court.
Ce que je remarque aussi, c’est que les DVD qu’on a commencé à sortir il y a un an en accompagnement du magazine Bref [La petite collection] suscitent peut-être un regain d’intérêt mais que ce n’est pas l’explosion pour autant. Parmi les DVD qu’on a édités, il y en a qui n’ont été vendus qu’à une centaine. Toutefois, j’ai l’impression qu’en marquant « court métrage » sur la jaquette, je me tire une balle dans le genou. Les préjugés demeurent : le court métrage continue d’être étiqueté « film chiant ». Je pense que parmi le grand public, beaucoup de gens se disent : « le court métrage, ce n’est pas très intéressant parce que c’est un format où les gens s’essayent ». Moi, c’est ce qui m’interpelle justement, le fait qu’on puisse s’essayer à des choses qui ne sont pas habituelles.

C. : Aujourd’hui, bon nombre de DVD de courts métrages sortent avec des bonus dont la durée égale et surpasse même celle des films. Comment considères-tu ces suppléments ?
G.C. : On s’y intéresse forcément. Par exemple, sur l’un de nos titres, Life in transition, le film dure quatre minutes mais il y a une heure de bonus (rires) ! C’est un film d’animation dont le réalisateur, John Dilworth, a fait lui-même des bonus super intéressants dans lesquels il dévoile les différentes étapes par lesquelles il est passé (story-board, dessin, gouache, ….) pour aboutir à un truc de quatre minutes. Après, moi, je ne fais pas les bonus pour les bonus. Généralement, j’en produis quand ça me semble intéressant et quand il y a matière à en faire. Prenons le cas du DVD des César. Le grand public risque de se dire que s’il y a des courts métrages à voir cette année, c’est peut-être ceux qui sont nominés aux César. De plus, comme les réalisateurs sélectionnés ne sont pas connus bien qu’ils représentent a priori des valeurs montantes, je me suis dit que ce serait intéressant d’insérer des bonus sur le DVD. Les réalisateurs s’entretiennent donc avec Jacques Kermabon à propos de leur film. En fait, la confection de ces bonus est surtout possible grâce à notre fonctionnement : on fait tout de A à Z.

C. : Cette année, pour les 30 ans du festival de Clermont-Ferrand, Chalet Pointu s’est associé à la revue Repérages. Comment avez-vous été amené à vous suivre mutuellement ?
Guillaume CalopG.C. : C’est une drôle d’histoire. J’ai demandé à l’équipe du festival si quelque chose était envisagé pour les 30 ans. Ils avaient envie de faire un DVD, ça m’intéressait de les aider. Il se trouve que Repérages, qui allait fêter ses 10 ans et qui avait déjà été partenaire du DVD sur les 25 ans de Clermont, avait de gros problèmes. La société qui l’éditait avait fait faillite et la revue ne sortait plus. Nicolas Schmerkin, son directeur de publication, m’a demandé si ça m’intéressait de relancer Repérages. Ça me tentait beaucoup mais je n’avais pas d’expérience dans la presse. En rencontrant Baptiste Levoir de Scope pour d’autres choses, je lui ai dit à un moment donné : « mais au fait, pourquoi est-ce qu’on ne relancerait Repérages avec toi ? Tu t’occuperais de l’édition du magazine, je ferais l’édition du DVD et Nicolas garderait la partie éditoriale ? ». Vu que je sortais de toute façon, le DVD pour Clermont, on s’est dit qu’on allait faire une sorte de numéro zéro pour lancer cette nouvelle collaboration. Par la suite, on sortira quatre DVD par an avec Scope et Repérages en fonction de Clermont-Ferrand, Nemo (festival des Nouvelles Images), Annecy et l’Etrange Festival.

C. : Sur ce DVD anniversaire, y a-t-il un court qui t’ait marqué plus que les autres ?
G.C. : Oui. J’ai eu un vrai coup de foudre pour Hibernation (John Williams, Royaume-Uni, 2005) quand je l’ai vu pour la première fois à Clermont [un petit garçon est atteint d’un cancer. Ses camarades, déguisés en ours, veulent l’aider à guérir]. Je l’aimais bien, ce film, je le trouvais très touchant, très imaginatif et visuellement, très intéressant. A l’époque, j’avais envie de faire quelque chose autour de ce film. Au festival, j’avais laissé un message dans le casier du réalisateur qui ne m’a jamais répondu. Par la suite, j’ai essayé à nouveau de le contacter mais comme je n’avais toujours pas de nouvelles, j’éprouvais une forme de déception. Je suis passé à autre chose et il s’est avéré que finalement, le film est quand même revenu par une autre porte c’est-à-dire le DVD. J’ai enfin pu approcher le réalisateur. En fait, il s’est avéré que je n’avais pas contacté la bonne personne (rires) ! Cela fait partie des belles histoires de Chalet Pointu.

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